Jean Joseph DEGREZ (1791 – 1812)
Jean Joseph, 20 ans, pris en embuscade durant la campagne d'Espagne en 1812
Jean Joseph Degrez voit le jour le 24 décembre 1791 à Ardevoor, deuxième enfant d’une fratrie qui en comptera sept. Ses parents sont Jean André Degrez (1762 – 1826), tailleur originaire de Tirlemont, et Anne Marie Wynant (1764 – 1820). La maison familiale où est plus que probablement né Jean Joseph est aujourd’hui disparue et recouvrait les propriétés des actuels n°34 et 36 de la rue d’Ardevoor.
Conscrit le 16 avril 1811 – une précision au jour près, fait relativement rare dans les registres militaires – il rejoint son régiment le 25 avril suivant. Le registre le décrit comme un jeune homme de dix-neuf ans mesurant 1,63 mètre, au visage ovale, au front haut, aux yeux bruns, au nez pointu, à la grande bouche, au menton long, aux cheveux et sourcils blonds, sans aucune marque particulière.
Jean Joseph est incorporé comme fusilier au 94e régiment d’infanterie de ligne, au sein de la 5e compagnie du 5e bataillon. Ce régiment est alors engagé dans la guerre d’Espagne, l'un des conflits les plus longs et les plus éprouvants du Premier Empire. Dès son arrivée, il rejoint l’armée d’Espagne où il participe aux campagnes de 1811 et 1812, comme le précise explicitement son registre matricule. À cette époque, les troupes françaises ne livrent pas uniquement de grandes batailles rangées ; elles sont continuellement sollicitées pour escorter des convois, protéger les communications, occuper les villes et combattre les guérillas espagnoles qui harcèlent sans relâche les forces impériales. Ces opérations, souvent menées dans des régions montagneuses et difficiles d'accès, exposent les soldats à des embuscades meurtrières, à la fatigue, aux maladies et à un climat de guerre permanent.
Au cours de l'année 1812, le 94e régiment prend part aux opérations menées dans le nord de l'Espagne, notamment en Vieille-Castille et dans les provinces basques, où les guérillas demeurent particulièrement actives. Le registre indique que Jean Joseph trouve la mort « au champ d'honneur » le 10 décembre 1812, « dans une affaire contre les insurgés espagnols ». Cette formule désigne généralement un engagement de faible ampleur opposant une colonne française à des combattants irréguliers espagnols. Il est impossible d'identifier avec certitude le lieu exact de cet affrontement, mais il s'inscrit dans le contexte des nombreuses actions menées par le régiment pour tenter de maintenir le contrôle des voies de communication face à une insurrection toujours plus difficile à contenir. Jean Joseph tombe ainsi à l'âge de vingt ans, après près de vingt mois de service, loin de sa famille et de son village natal.
Il décède sans laisser de descendance. En revanche, la postérité de la famille Degrez se poursuit par ses frères et sœurs. Parmi leurs descendants, citons notamment Solange Vandenbergh, épouse de Monsieur Jadoul, instituteur à Neerheylissem, Antoinette Vandenbosch, épouse de Pierre Claes, dit « de La Fosse », ainsi que Colette Claes et ses frères et sœurs.
Jean Michel GILLES (1791-1812)
Jean Michel, 20 ans, durant la retraite d’Espagne en 1812
Jean Michel Gilles naît à Ardevoor le 10 décembre 1791. Il est le deuxième enfant et le premier fils de Pierre Joseph Gilles (1765-1834), originaire de Zétrud-Lumay, et d'Anne Marie Delmelle (1764-1827).
La famille réside alors dans une maison aujourd'hui disparue, qui se situait à l'emplacement de l'actuel n°2A de la rue de la Pistraete.
Jean Michel est incorporé dans l'armée impériale française le 18 septembre 1811, à l'âge de dix-neuf ans, comme conscrit de la classe de 1811.
Son signalement militaire décrit un jeune homme âgé de vingt ans mesurant 1,56 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains ainsi que des yeux bruns. Son visage est rond, avec un front bas, une grande bouche et un grand menton. Son nez est décrit comme ordinaire. Le registre mentionne également comme signe particulier un teint de peau coloré.
Il est affecté comme fusilier au 70e régiment d'infanterie de ligne. À son incorporation, il rejoint la 1ère compagnie du 4e bataillon avant d'être versé, en 1812, à la 2e compagnie du même bataillon. Au cours de cette même année, il est ensuite affecté à la 4e compagnie du 1er bataillon, vraisemblablement dans le cadre des réorganisations rendues nécessaires par les pertes et les mouvements de troupes.
Son registre de contrôle indique qu'il participe à la campagne de 1812 avec l'armée d'Espagne, engagée dans la longue et éprouvante guerre péninsulaire contre les forces britanniques, portugaises et espagnoles. Affecté à l'un des régiments opérant dans le nord de la péninsule Ibérique, Jean Michel connaît une campagne particulièrement difficile, marquée par les marches incessantes, les combats, les privations et les maladies qui frappent durement les armées en campagne.
Durant l'été 1812, le 70e régiment est engagé dans les opérations qui suivent la défaite française des Arapiles, également connue sous le nom de bataille de Salamanque, et la retraite vers le nord de l'Espagne qui s'ensuit. Comme de nombreux soldats de l'armée impériale, Jean Michel doit affronter des conditions de service particulièrement éprouvantes dans une guerre devenue de plus en plus défavorable aux forces françaises.
Il ne survit cependant pas à cette campagne. Jean Michel Gilles décède le 25 décembre 1812 à l'ambulance de son régiment, terme qui désigne alors un hôpital militaire mobile ou de campagne. Les circonstances exactes de son décès ne sont pas connues, mais il est probable qu'il succombe à une maladie ou à des blessures contractées durant les opérations de l'armée d'Espagne.
Sa disparition survient le jour même de son vingt-et-unième anniversaire. Après un peu plus d'une année de service au sein des armées napoléoniennes, il meurt loin de son village natal et ne laisse aucune descendance connue.
Les HAMELS : Pierre et Walter, deux jumeaux dans les derniers rangs de l’Empire
Pierre (à gauche) et Walter (à droite), 19 ans, en campagne durant l'hiver 1813.
Pierre Hamels et Walter Hamels sont des frères jumeaux nés le 7 mars 1794 dans la maison familiale Hamels à Ardevoor, aujourd'hui sur le territoire d'Ezemaal. Cette demeure existe encore de nos jours et correspond aux actuels n°153 à 157 de l'Ardevoorstraat. Il s'agit d'une ancienne ferme datant de 1627, située sur le côté droit de la rue d'Ardevoor en direction de la chapelle Saint-Job.
Les deux frères sont les cinquième et sixième fils d'une fratrie de sept garçons, dont les deux aînés sont décédés en bas âge. Ils sont les enfants d'Hubert Hamels (1748-1822) et de Pétronille Vanaudenaarde (1756-1811).
Bien qu'ils soient enregistrés comme conscrits de la classe de 1814, Pierre et Walter rejoignent tous deux l'armée impériale le 11 novembre 1813, à l'âge de dix-neuf ans. Ils sont affectés au 21e régiment d'infanterie de ligne, comme plusieurs autres jeunes hommes originaires de l'actuelle commune d'Hélécine.
Leur incorporation intervient dans un contexte particulièrement difficile. Après les défaites subies en 1813, notamment en Allemagne, l'Empire est contraint de reconstituer en urgence ses effectifs en mobilisant des conscrits appelés par anticipation ainsi que les dépôts de formation. Les deux frères sont affectés au 5e bataillon du régiment, qui correspond vraisemblablement à un bataillon de dépôt ou de marche chargé d'instruire les recrues avant leur envoi vers les unités combattantes.
Malgré leur naissance commune, les registres militaires montrent que les deux frères présentent des caractéristiques physiques distinctes.
Walter Hamels est décrit comme un jeune homme mesurant 1,67 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d'un petit front ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un nez long, une bouche moyenne et un menton fourchu. Le registre mentionne également des traces de petite vérole.
Pierre Hamels mesure quant à lui 1,69 mètre. Il possède également des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale et un petit front, mais ses yeux sont bruns. Ses traits se distinguent par un gros nez, une grande bouche et un menton rond. Aucune marque particulière n'est signalée.
Durant les derniers mois de l'année 1813, le 21e régiment participe au repli général des armées françaises vers le territoire national. Cette période est marquée par une désorganisation croissante, l'épuisement des troupes et des pertes importantes causées aussi bien par les combats que par les marches forcées et les rigueurs de l'hiver.
Dans ce contexte instable, Pierre Hamels, son frère Walter ainsi que deux autres conscrits hélécinois du 21e régiment, Louis Joseph Delibe et Jean-Baptiste Kestens, désertent leur unité le 10 décembre 1813, moins d'un mois après leur incorporation. Ce type de désertion devient alors fréquent parmi les recrues récemment appelées, confrontées à une armée en retraite et à l'effondrement progressif de l'Empire.
Selon toute vraisemblance, les deux frères regagnent alors la ferme familiale d'Ardevoor.
Les sources ne permettent pas de retracer précisément leurs activités entre 1814 et 1819. Il est toutefois possible qu'ils aient travaillé dans une exploitation agricole de Piétrain, où ils rencontrent les sœurs Godichal qu'ils épouseront quelques années plus tard.
Pierre Hamels épouse à Ezemaal, le 15 avril 1819, Marie Françoise Godichal (1798-1879).
Walter Hamels épouse quant à lui à Piétrain, le 9 juin 1819, Marie Josèphe Godichal (1794-1884).
Dans un premier temps, Pierre demeure à Ezemaal, probablement dans la maison familiale de la famille Hamels, où naît son premier enfant. Walter réside alors à Piétrain, vraisemblablement chez les parents Godichal, où naît également son premier enfant.
En 1821, les deux couples effectuent un échange de résidence particulièrement singulier. Pierre et son épouse quittent Ezemaal pour s'installer à Piétrain, où ils demeureront jusqu'à la fin de leur vie. Walter et sa famille prennent au contraire le chemin d'Ezemaal, où ils resteront également jusqu'à leur décès.
Pierre et Marie Françoise Hamels auront douze enfants. Plusieurs de leurs descendants sont encore représentés aujourd'hui. La famille exploite une ferme aujourd'hui disparue qui se situait à l'emplacement de l'actuel n°21 de la rue Sainte-Gertrude à Piétrain. Pierre Hamels y décède en 1858, à l'âge de soixante-quatre ans.
Walter et Marie Josèphe Hamels auront pour leur part dix enfants. Leur descendance subsiste également jusqu'à nos jours. Parmi celle-ci figurent notamment les Hamels de Hampteau, dont René Hamels, qui résidait encore récemment rue de l'Abbaye. À Ezemaal, Walter occupe avec sa famille une partie de l'ancienne ferme familiale, laquelle avait été divisée entre lui et ses frères François et Martin. Son habitation correspond aujourd'hui à une partie de l'actuel n°153 de l'Ardevoorstraat. Walter Hamels s'éteint à Ezemaal en 1856, à l'âge de soixante-deux ans.
Le destin de Pierre et Walter Hamels constitue un cas remarquable dans l'histoire locale. Jumeaux, incorporés le même jour dans le même régiment, déserteurs au même moment puis mariés à deux sœurs quelques mois d'intervalle, leurs parcours demeurent étroitement liés tout au long de leur existence. Malgré une brève expérience militaire durant les derniers mois de l'Empire, ils laisseront tous deux une importante descendance qui perpétue encore aujourd'hui le nom Hamels dans la région.
Les frères KESTENS
Gabriel et Jean Baptiste Kestens naissent à Ardevoor, respectivement les 27 août 1784 et 13 septembre 1794. Ils sont les troisième et huitième des onze enfants de Guillaume Kestens (1755 – 1832) et Anne Vollon (1759 – 1830). La maison familiale des Kestens se situait vraisemblablement à l’emplacement de l’actuel n°30 de la rue d’Ardevoor. Avec deux fils appelés sous les drapeaux, les Kestens font partie de ces familles hélécinoises qui ont payé un lourd tribut aux guerres napoléoniennes.
Gabriel KESTENS (1784 - ?)
Gabriel, en décembre 1805 durant la bataille d’Austerlitz
Gabriel Kestens est conscrit de l’an XIII du calendrier républicain et rejoint l’armée impériale le 26 prairial an XIII, soit le 15 juin 1805, alors qu’il est âgé de vingt ans. Le registre le décrit comme un jeune homme mesurant 1,62 mètre, au visage long, au front plat, aux yeux bruns, au nez moyen, à la grande bouche, au menton long, avec les cheveux et sourcils noirs.
Il est incorporé au 7e régiment d’infanterie de ligne, d’abord comme fusilier au 2e bataillon, 2e compagnie, puis comme voltigeur au 1er bataillon, 1re compagnie. Son arrivée dans l’armée intervient au moment où Napoléon rassemble la Grande Armée sur les côtes de la Manche avant de la faire basculer vers l’Europe centrale. Gabriel a donc très probablement connu les grandes marches de la campagne de 1805, qui conduit l’armée française jusqu’en Allemagne et en Autriche. S’il suit effectivement son régiment, il peut avoir participé aux opérations de la campagne d’Allemagne et à la victoire d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, puis aux opérations de 1806 contre la Prusse, notamment aux batailles d’Iéna et d’Auerstaedt et à l’occupation de la Prusse.
Son passage dans les rangs des voltigeurs est également significatif. Ces soldats, intégrés aux bataillons d’infanterie légère, sont sélectionnés parmi les hommes les plus petits et les plus agiles. Leur mission consiste notamment à combattre en avant des bataillons, à harceler l’ennemi, à exploiter les accidents du terrain et à désorganiser les lignes adverses. Avec ses 1,62 mètre, Gabriel correspond parfaitement au profil physique recherché pour cette fonction.
Le 7e de ligne poursuit ensuite ses opérations en Pologne et en Prusse, notamment durant la campagne de 1807 contre les forces prussiennes et russes. Gabriel a ainsi pu connaître plusieurs années particulièrement intenses de service, entre marches forcées, combats et cantonnements successifs. Mais cette carrière prend brutalement fin le 9 octobre 1808, date à laquelle il est porté comme déserteur.
Cette désertion intervient après plus de trois années de service, dans une période où les contraintes imposées aux soldats de l’armée impériale sont particulièrement lourdes. Les longues absences du foyer, les marches incessantes, les conditions de vie difficiles et l’éloignement croissant de la Belgique peuvent constituer autant de facteurs susceptibles d’expliquer son abandon des rangs. Il est également possible qu’il ait profité d'un passage de son unité dans une région où il lui était plus facile de disparaître. Rien ne permet toutefois de déterminer les circonstances précises de sa fuite.
Après le 9 octobre 1808, Gabriel Kestens disparaît complètement des sources actuellement retrouvées. Aucun acte de décès, de mariage ou de retour au village n’a pu être identifié. Plusieurs hypothèses peuvent dès lors être envisagées : il a pu vivre clandestinement sous une autre identité afin d’échapper aux poursuites, être arrêté puis condamné, voire avoir trouvé la mort lors de son arrestation ou dans les années qui ont suivi sa désertion. Il est également possible qu’il ait réussi à refaire sa vie loin de Neerheylissem, sans que son nouveau parcours puisse aujourd’hui être rattaché avec certitude à Gabriel Kestens.
Quoi qu’il en soit, son destin demeure l’un des plus mystérieux parmi les jeunes hommes d’Ardevoor partis servir dans les armées napoléoniennes. Contrairement à plusieurs autres conscrits du village, aucune médaille de Sainte-Hélène ni aucun document postérieur ne permet de connaître le sort de Gabriel après sa disparition des contrôles militaires.
Jean Baptiste KESTENS (1794 - 1847)
Jean Baptiste, en 1813 durant les déplacements de son régiment en Allemagne
Quant à Jean Baptiste Kestens, il est considéré comme conscrit de l’an 1814, mais, comme beaucoup de jeunes hommes de cette classe, il est appelé avant même le début de l’année correspondant à sa classe de recrutement. Il rejoint en effet l’armée impériale le 11 novembre 1813, alors qu’il n’a encore que dix-neuf ans. Le registre le décrit comme un jeune homme mesurant 1,65 mètre, aux cheveux et sourcils châtains, au visage ovale, au menton rond, aux yeux bruns, au front petit, au nez camard et à la bouche moyenne.
Jean Baptiste est incorporé au 21e régiment d’infanterie de ligne, au 5e bataillon. Son arrivée intervient dans l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire de la Grande Armée. Après les désastres de la campagne de Russie et surtout les défaites de 1813, culminant avec la bataille de Leipzig en octobre, Napoléon doit reconstituer dans l’urgence des forces considérablement décimées. Des classes de conscrits de plus en plus jeunes sont appelées, tandis que les dépôts et les bataillons de marche forment rapidement les recrues avant de les acheminer vers les unités engagées.
Le 5e bataillon auquel Jean Baptiste est affecté correspond vraisemblablement à l’un de ces bataillons de dépôt ou de marche destinés à recevoir, instruire et renforcer les nouvelles recrues. Il est donc possible que Jean Baptiste n’ait reçu qu’une formation militaire très sommaire avant d’être confronté aux réalités d’une armée en pleine retraite. À la fin de 1813, le 21e de ligne participe en effet aux opérations de repli de l’armée française vers le Rhin puis vers le territoire national. Les soldats doivent parcourir de longues distances dans des conditions hivernales difficiles, tandis que les effectifs fondent sous l’effet des combats, des maladies, des désertions et de l’épuisement.
Dans ce contexte, Jean Baptiste Kestens et trois autres jeunes hommes originaires de la région — Louis Delibe, Pierre Hamels et Walter Hamels — désertent ensemble le 10 décembre 1813, après moins d’un mois de service. Leur décision n’est pas particulièrement surprenante dans le contexte de la fin de l’Empire. Beaucoup de recrues nouvellement incorporées, insuffisamment formées et jetées dans une armée en pleine retraite, cherchent alors à rejoindre leur famille plutôt qu’à poursuivre une guerre dont l’issue paraît de plus en plus incertaine.
Le fait que Jean Baptiste ait pu rentrer au village après sa désertion est également beaucoup moins surprenant qu’il ne pourrait le sembler. Une désertion en 1813 n’est plus comparable à celle de 1808, comme celle de son frère Gabriel. En 1808, l’Empire est encore à son apogée militaire : l’armée est disciplinée, les contrôles sont rigoureux et la désertion constitue une faute grave susceptible d’entraîner une arrestation et une condamnation sévère. Cinq ans plus tard, la situation est radicalement différente. La France manque d’hommes, les unités sont désorganisées, les routes sont encombrées de soldats isolés et de recrues en transit, tandis que les autorités militaires peinent à contrôler les mouvements de dizaines de milliers d’hommes. La priorité est désormais de reconstituer les armées et de maintenir le front, plutôt que de poursuivre systématiquement chaque déserteur. Pour un jeune homme belge ayant abandonné son unité à proximité de son pays d’origine, se fondre dans la population et regagner son village pouvait donc être relativement facile, surtout dans les derniers mois de l’Empire. L’effondrement politique et militaire de 1814 rendait en outre de moins en moins probable une poursuite effective une fois le soldat revenu dans son foyer.
Jean Baptiste semble ainsi avoir définitivement tourné la page militaire et repris une existence civile. Il s’installe à Racour, où il exerce le métier de journalier, vivant de travaux agricoles effectués au gré des besoins des exploitations locales. Il a un premier enfant avec Françoise Moisse (1798 – 1859) en 1824, avant d’épouser officiellement cette dernière le 28 février 1826. Le couple aura au total huit enfants, dont la descendance de l’aîné s’est perpétuée jusqu’à nos jours.
Après avoir échappé à une carrière militaire qui aurait pu le conduire sur les champs de bataille de la fin de l’Empire, Jean Baptiste Kestens mène finalement une longue existence civile à Racour. Il y décède le 2 juin 1847, à l’âge de 52 ans.
Paul LALMAND (1794-1832)
Paul en 1814, sur le chemin du retour après sa démobilisation.
Paul Lalmand naît à Ardevoor le 1er février 1794. Il est le cinquième enfant d'une fratrie de sept et le deuxième fils de Jean Pierre Lalmand (1761-1834) et de Marie Elisabeth Lefèvre (1762-1828).
La famille réside alors dans une maison située à l'emplacement de l'actuel n°31 de la rue d'Ardevoor.
Bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814, Paul rejoint l'armée impériale dès le 9 avril 1813, à l'âge de dix-neuf ans. Il est incorporé au 44e régiment d'infanterie de ligne et affecté au 3e bataillon, 3e compagnie.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,66 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains clairs, un visage ovale surmonté d'un front bas ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un gros nez, une bouche saillante et un menton rond.
Son incorporation intervient dans le contexte de la reconstitution précipitée des armées françaises après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie de 1812. Comme de nombreux jeunes conscrits appelés par anticipation, Paul rejoint une armée engagée dans la lutte contre la Sixième Coalition, qui rassemble notamment la Russie, la Prusse, l'Autriche et la Suède contre Napoléon.
Au sein du 44e régiment d'infanterie de ligne, il est vraisemblablement envoyé en Allemagne durant la campagne de 1813. Son régiment participe alors aux opérations qui suivent les batailles de Lützen et de Bautzen, avant d'être entraîné dans les combats qui marquent le reflux progressif des armées impériales. Après la défaite de Leipzig, en octobre 1813, les forces françaises se replient vers l'ouest tandis que plusieurs unités du régiment sont engagées dans les opérations de défense des places fortes du nord de l'Allemagne.
Comme de nombreux soldats incorporés durant cette période, Paul connaît donc les derniers mois de l'Empire dans un contexte de guerre quasi permanente, marqué par les marches, les mouvements de troupes et l'incertitude liée à l'évolution rapide de la situation militaire.
La chute de Napoléon met rapidement un terme à son service. Le 21 juin 1814, quelques semaines après la Première Restauration, il est congédié comme étranger. Cette mesure concerne de nombreux soldats originaires des départements annexés de l'Empire, notamment ceux des anciens Pays-Bas autrichiens, qui cessent alors d'être considérés comme sujets français et sont renvoyés dans leur région d'origine.
Il ne semble toutefois pas être resté longtemps à Ardevoor après son retour à la vie civile. En 1822, il épouse à Anvers Catherine Derbaudringhien (1788-1831), originaire de Mouscron. Le couple s'établit dans cette ville, où Paul exerce la profession de plafonneur.
De leur union naissent cinq enfants. Au moins l'un d'entre eux, François Joseph Lalmand (1823-1883), assure la continuité de la lignée familiale. Celui-ci mènera une brillante carrière artistique comme ornemaniste et professeur à l'Académie des beaux-arts d'Anvers.
Veuf en 1831 après le décès de son épouse, Paul Lalmand ne lui survit qu'une année. Il s'éteint à Anvers le 1er décembre 1832, à l'âge de trente-huit ans.
Son parcours illustre celui de nombreux anciens conscrits des campagnes napoléoniennes qui, après avoir servi durant les dernières années de l'Empire, construisent leur existence loin de leur village natal. De fils de cultivateur d'Ardevoor, Paul Lalmand devient ainsi artisan à Anvers et père d'une lignée qui s'illustrera dans le monde des arts au XIXe siècle.
Pierre PEETERS (1791 – 1871)
Pierre lors du blocus de Bayonne en 1814
Pierre Peeters voit le jour le 12 juin 1791 à Ardevoor, dans une maison aujourd’hui disparue qui se situait entre les actuels n°73 et 73B de la rue d’Ardevoor. Cette habitation est celle de ses parents, Sylvestre Peeters (1755 – 1824), originaire d’Attenhoven, et Marie Josèphe Josse (1754 – 1821), native d’Ardevoor. Pierre est le dixième des quatorze enfants du couple, ancêtre de la grande majorité des familles Peeters établies à Hélécine.
Conscrit de la classe 1811, Pierre rejoint l’armée impériale le 25 avril 1811, à l’âge de dix-neuf ans. Le registre matricule le décrit comme un jeune homme mesurant 1,62 mètre, au visage ovale, au front haut, aux yeux bruns, au nez moyen, à la grande bouche, au menton rond, avec des cheveux et des sourcils blonds.
Il est incorporé comme fusilier au 9e régiment d’infanterie de ligne, d’abord au sein du 5e bataillon, 3e compagnie. Le 1er avril 1813, il est muté au 2e bataillon, 2e compagnie, tout en conservant son grade. Son registre militaire permet de retracer avec précision son parcours. Il indique qu’il « a fait les campagnes des années 1811 et 1812 avec l’armée d’Espagne ; celle de 1813 au même corps d’armée ; celle de 1814 aux Pyrénées et au blocus de Bayonne ».
Pierre passe ainsi plus de trois années en Espagne, où le 9e régiment d’infanterie de ligne participe à la guerre d’Indépendance espagnole. Cette campagne est particulièrement éprouvante : les soldats alternent combats contre les armées britanniques, portugaises et espagnoles, escortes de convois, défense de places fortes et lutte permanente contre les guérillas qui harcèlent les communications françaises. Les marches sont longues, les ravitaillements souvent difficiles et les maladies fréquentes. Comme beaucoup de régiments engagés dans la péninsule Ibérique, le 9e régiment est constamment sollicité et subit une usure considérable.
En 1813, alors que la situation militaire de la France se dégrade, le régiment poursuit les combats au sein de la même armée. Après la défaite de Vitoria, en juin 1813, les forces françaises sont contraintes d'abandonner progressivement l'Espagne et de se replier vers les Pyrénées. Pierre participe vraisemblablement à cette longue retraite, ponctuée de combats d'arrière-garde destinés à ralentir l'avance des troupes alliées commandées par le duc de Wellington.
La campagne de 1814 se déroule entièrement sur le territoire français. Le registre mentionne sa participation aux opérations dans les Pyrénées ainsi qu'au blocus de Bayonne. Après le franchissement de la frontière par les armées alliées, Bayonne demeure l'une des dernières places fortes françaises à résister. Les troupes françaises y tiennent jusqu'après l'abdication de Napoléon, ignorant parfois durant plusieurs jours que la guerre est officiellement terminée. Pierre fait partie des soldats qui participent à cette ultime phase des guerres impériales.
Le 16 juin 1814, il est licencié comme « étranger » et autorisé à regagner son foyer. Cette mesure est prise en application de l'ordre du 24 mai 1814 émis par le duc d'Albufera, titre porté par le maréchal Louis-Gabriel Suchet. L'un des plus brillants commandants de Napoléon, Suchet avait dirigé l'armée d'Aragon durant la guerre d'Espagne et reçut en récompense le titre de duc d'Albufera après la prise de Valence en 1812. Après la première abdication de Napoléon, il fut chargé d'organiser le licenciement des soldats originaires des territoires annexés, dont ceux des anciens départements belges.
De retour à Ardevoor, Pierre retrouve probablement la maison familiale, qu'il quitte peu après son mariage, célébré en 1815 avec Catherine Barbe Smeers (1792 – 1822), veuve de Toussaint Hamels. Le couple s'installe rue Beekborne, dans une vaste maison aujourd'hui disparue qui se situait entre les actuels n°2 et 4 de cette rue. Deux enfants y voient le jour, Pierre et Augustine, avant le décès prématuré de Catherine en 1822. Les registres qualifient alors Pierre de journalier, métier consistant à louer quotidiennement sa force de travail, principalement dans les grandes exploitations agricoles de la région.
En 1830, il épouse en secondes noces Louise Étienne (1783 – 1858), elle-même veuve de Pierre L'Almand. Aucun enfant ne naît de cette seconde union.
En 1857, Pierre reçoit la médaille de Sainte-Hélène, décernée par Napoléon III aux anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815. Il s'éteint dans sa maison d'Ardevoor le 12 mars 1871, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Son acte de décès le qualifie de « rentier », statut qui s'explique vraisemblablement par les biens acquis au fil de ses deux mariages et des héritages qui en découlèrent.
À son décès, la maison familiale est reprise par son fils Pierre, maçon de profession. Celui-ci fera construire l'une des premières auberges d'Ezemaal, près de la gare, bâtiment aujourd'hui réparti entre les actuels n°45 à 49 de la Sint-Jobsstraat. Aucune descendance ne lui est toutefois connue.
Sa fille Augustine, en revanche, s'établit dans la région d'Anvers après son mariage, où sa descendance se poursuit encore aujourd'hui.
Jean Pierre PÉTRÉ (1794 - ?)
Jean Pierre, lors de sa désertion en Allemagne, 1813
Jean Pierre Pétré voit le jour à Ardevoor le 22 février 1794, dans une maison aujourd'hui disparue qui se situait, pignon sur rue, sur la propriété de l'actuel n°64B de la rue d'Ardevoor. Il s'agissait du domicile familial de ses parents, Jean Martin Pétré (1766 – 1841) et Marie Joseph Rysermans (1765 – 1847), dont Jean Pierre est le deuxième enfant d'une fratrie qui en comptera finalement huit.
Conscrit de l'an 1814, Jean Pierre rejoint effectivement l'armée impériale le 5 avril 1813, à l'âge de dix-neuf ans. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,61 mètre, au visage ovale, au front bas, aux yeux gris, au nez long, à la bouche moyenne, au menton rond, aux cheveux et sourcils châtains.
Il est incorporé au 44e régiment d'infanterie de ligne et affecté au 3e bataillon, 3e compagnie, comme fusilier. Son incorporation intervient dans un contexte particulièrement difficile pour l'Empire. Quelques mois seulement après le désastre de la campagne de Russie, Napoléon reconstitue en toute hâte une nouvelle armée afin d'affronter la Sixième Coalition en Allemagne. Comme de nombreux jeunes conscrits des départements belges annexés, Jean Pierre reçoit une instruction militaire très sommaire avant d'être dirigé vers son régiment, dont les effectifs doivent être rapidement complétés pour reprendre les opérations. Les conditions de service sont alors éprouvantes : longues marches, discipline sévère, ravitaillement souvent insuffisant et intégration dans des unités déjà fortement éprouvées par les campagnes précédentes.
Sa carrière militaire est toutefois extrêmement brève. Le registre indique qu'il déserte le 21 juillet 1813, un peu plus de trois mois après son incorporation. Cette désertion intervient alors que le 44e régiment se prépare à reprendre la campagne d'Allemagne après l'armistice de Pleiswitz, période durant laquelle de nombreuses recrues rejoignent les unités destinées aux grandes batailles de l'été et de l'automne 1813. Les désertions demeurent cependant relativement rares et particulièrement risquées : les hommes repris s'exposent à de lourdes peines, pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement, les travaux forcés, voire la peine de mort selon les circonstances.
À partir de cette date, toute trace certaine de Jean Pierre Pétré disparaît. Aucun document ne permet de savoir s'il fut arrêté, s'il parvint à échapper définitivement aux autorités militaires ou s'il rejoignit sa région d'origine sous une autre identité. Une autre hypothèse, fréquemment observée chez certains déserteurs de cette période, est qu'il se soit établi dans la région où il avait quitté son unité afin d'éviter de retourner dans un village où il aurait été facilement reconnu et recherché. En l'état actuel des recherches, son destin demeure inconnu et constitue l'un des nombreux mystères laissés par les archives des guerres napoléoniennes.
Jean Pierre SIBILLE (1784 – 1860)
Jean Pierre Sibille voit le jour le 7 novembre 1784 à Ardevoor, dans la maison familiale historique de la famille Sibille, dont l’actuel n°60 de la rue d’Ardevoor constitue le dernier vestige. Cette demeure fut bâtie à la fin du XVIIIe siècle par Joseph Sibille (1749 – 1826), premier représentant de cette famille à s’installer à Neerheylissem, originaire d’Hannut. Joseph avait épousé Marie Joseph Praille (1742 – 1812), native de Neerheylissem. Jean Pierre est le sixième et dernier enfant du couple. Fait assez remarquable pour l’époque, les six enfants atteignirent l’âge adulte et fondèrent chacun une famille.
La participation de Jean Pierre Sibille aux campagnes napoléoniennes n’est attestée que par l’obtention de la médaille de Sainte-Hélène, son registre matricule n’ayant malheureusement pas été retrouvé. Compte tenu de son année de naissance et des dates de conscription observées pour les autres jeunes hommes de Neerheylissem appartenant à la même classe d’âge, il est très vraisemblable qu’il ait rejoint l’armée impériale vers septembre 1806, à l’âge de vingt-et-un ans. Son incorporation intervient alors que la Grande Armée, victorieuse à Austerlitz l’année précédente, s’apprête à affronter la Prusse et la Russie. Comme la plupart des conscrits des départements belges, Jean Pierre fut probablement affecté à un régiment d’infanterie de ligne, arme qui fournissait l’essentiel des effectifs de l’armée impériale.
Après une période d’instruction dans un dépôt, il aurait très vraisemblablement rejoint son régiment durant la campagne de Prusse de 1806, avant de participer à celle de Pologne en 1807. Ces campagnes furent marquées par les grandes batailles d’Iéna, d’Auerstaedt, d’Eylau et de Friedland, au terme desquelles Napoléon imposa sa domination sur une grande partie de l’Europe centrale. Selon les besoins de son unité, Jean Pierre put ensuite être envoyé soit en garnison dans les territoires occupés, soit participer à la campagne d’Autriche de 1809, notamment autour d’Essling et de Wagram.
À partir de 1810, plusieurs régiments d’infanterie furent dirigés vers la péninsule Ibérique afin de renforcer les troupes engagées dans la guerre d’Espagne, tandis que d’autres furent intégrés à la Grande Armée qui prépara la campagne de Russie de 1812. Faute de connaître son régiment, il est impossible de déterminer lequel de ces théâtres d’opérations fut le sien. Il est toutefois probable que, comme de nombreux soldats belges incorporés en 1806, Jean Pierre ait connu plusieurs années de campagnes successives, ponctuées de longues marches, de combats, de garnisons et d’épidémies.
Les années 1813 et 1814 correspondent aux derniers combats de l’Empire. Après les lourdes pertes de Russie, les armées françaises livrent une ultime série de batailles en Allemagne puis sur le territoire français. Jean Pierre aurait vraisemblablement servi jusqu’à la première abdication de Napoléon avant d’être congédié en 1814 comme « étranger », à l’instar de nombreux soldats originaires des départements belges annexés. Son retour avant son mariage, célébré en septembre 1815, correspond parfaitement à cette hypothèse. L’attribution de la médaille de Sainte-Hélène en 1857 confirme en tout cas qu’il accomplit effectivement son service sous les drapeaux jusqu’à sa libération, sans avoir été considéré comme déserteur.
De retour à Ardevoor, Jean Pierre retrouve vraisemblablement la maison familiale et épouse, le 7 septembre 1815 à Vissenaken, Jeanne Delvaux (1790 – 1846). La maison ancestrale, connue localement sous le nom de « Amon Subile », est reprise quelques années plus tard par son frère aîné Grégoire Sibille qui, à partir de 1826, y tient un cabaret. Dans un village rural comme Neerheylissem, un cabaret ne se limitait pas à un simple débit de boissons : il constituait un véritable lieu de rencontre où habitants, journaliers, cultivateurs et voyageurs venaient partager un verre, conclure des marchés, échanger les nouvelles du village ou encore organiser des fêtes et des réunions.
Vers 1825, Jean Pierre fait construire sa propre maison à quelques dizaines de mètres de là. Cette habitation correspond à l'actuel n°48 de la rue d'Ardevoor, ou du moins à la bâtisse qui en a conservé les fondations. C'est dans cette maison que naissent les cinq enfants du couple entre 1816 et 1829. Jean Pierre exerce toute sa vie le métier de cultivateur, travaillant probablement dans l'une des grandes censes d'Ardevoor.
Médaille de Sainte-Hélène (exemple)
En 1857, Napoléon III lui décerne la médaille de Sainte-Hélène en reconnaissance de ses services sous le Premier Empire. Trois ans plus tard, Jean Pierre s'éteint dans sa maison d'Ardevoor, à l'âge de septante-cinq ans.
Les cinq enfants de Jean Pierre laissèrent une descendance. Parmi celle-ci, on peut notamment citer Arthur Stordeur et ses descendants à Neerheylissem, la famille Sibille établie à Ensival, près de Verviers, ainsi qu'Henri Joseph Destat et ses descendants, installés à Opheylissem et à Neerheylissem.
Jean Pierre TOEBACK (1784 – 1813)
Jean Pierre durant la bataille de Leipzig, en Octobre 1813
Jean Pierre Toeback voit le jour le 10 novembre 1784 à Ardevoor. Il est le quatrième enfant d'une fratrie de cinq, né du mariage de Corneille Toeback (1756 – 1812), première génération de la famille Toeback né dans la commune, et de Gertrude Mangon (1749 – 1828), originaire de Geer. Bien que sa maison natale n'ait pu être identifiée avec certitude, les propriétés possédées plus tard par d'autres membres de la famille permettent de penser qu'il est né dans une habitation aujourd'hui disparue, située à l'emplacement de l'actuel n°52 de la rue d'Ardevoor, connue localement sous le nom de « Amon Chåles ».
Conscrit de l'an XIV – dernière classe de conscription utilisant le calendrier républicain avant le retour définitif au calendrier grégorien le 1er janvier 1806 –, Jean Pierre rejoint l'armée impériale le 16 septembre 1806, à l'âge de vingt-et-un ans. Le registre matricule le décrit comme un jeune homme mesurant 1,70 mètre, au visage ovale, au front haut, aux yeux bruns, au nez pointu, à la bouche moyenne, au menton rond, avec des cheveux et des sourcils châtains. Il est précisé qu'il ne présente aucune marque particulière.
Il est incorporé au 112e régiment d'infanterie de ligne comme fusilier, au sein de la 7e compagnie du 3e bataillon. Quelques mois plus tard, le 21 janvier 1807, il rejoint la 8e compagnie du 1er bataillon, puis passe ensuite à la 3e compagnie du 3e bataillon, tout en conservant son grade de fusilier. Ces changements de bataillon et de compagnie correspondent aux fréquentes réorganisations des régiments de ligne au rythme des campagnes de l'Empire.
Le 112e régiment participe dès 1806 à la campagne de Prusse, puis à celle de Pologne en 1807, au cours desquelles la Grande Armée remporte les victoires d'Iéna, d'Auerstaedt et de Friedland. Après les traités de Tilsit, le régiment demeure plusieurs années en Allemagne et dans les territoires occupés avant d'être engagé dans la campagne d'Autriche de 1809, notamment lors des combats d'Essling et de Wagram. Ces campagnes forgent l'expérience des soldats les plus anciens du régiment.
Le 1er mai 1811, après près de cinq années de service, Jean Pierre est promu grenadier et rejoint la compagnie de grenadiers du 3e bataillon. Cette promotion constitue une véritable marque de confiance. Contrairement à l'image du grenadier du XVIIIe siècle spécialisé dans le lancer de grenades, les grenadiers de l'Empire forment les compagnies d'élite des régiments d'infanterie de ligne. On y sélectionne les soldats les plus expérimentés, les plus disciplinés et, autant que possible, les plus robustes. Ils sont généralement placés aux points les plus difficiles du combat, chargés de soutenir les attaques décisives ou de défendre les positions les plus exposées. Être admis parmi les grenadiers représente donc une distinction particulièrement honorable.
En 1812, le 112e régiment prend part à la campagne de Russie au sein de la Grande Armée. Comme la plupart des unités engagées, il subit des pertes considérables lors de la retraite de Moscou. Les survivants sont ensuite rapidement réorganisés afin de reconstituer une armée capable d'affronter la Sixième Coalition en Allemagne.
Jean Pierre participe ainsi à la campagne d'Allemagne de 1813, qui voit s'enchaîner les grandes batailles de Lützen, Bautzen, Dresde et finalement Leipzig. Du 16 au 19 octobre 1813 se déroule la bataille de Leipzig, dite « bataille des Nations », le plus vaste affrontement des guerres napoléoniennes. Face aux armées coalisées de Russie, de Prusse, d'Autriche et de Suède, les forces françaises sont contraintes à une retraite précipitée. C'est au cours de cette bataille, le 19 octobre 1813, que Jean Pierre est porté comme prisonnier de guerre. Les circonstances exactes de sa disparition demeurent inconnues. Compte tenu de l'absence de toute trace ultérieure dans les archives, il est très probable qu'il soit décédé peu après sa capture, soit des suites de ses blessures, soit au cours de sa captivité dans les mois qui suivirent.
Jean Pierre Toeback ne revint donc jamais dans son village natal. Comme tant d'autres soldats de l'Empire disparus lors des grandes campagnes de 1812 et 1813, il laisse derrière lui une destinée interrompue loin des siens. Célibataire au moment de son départ, il s'éteint sans laisser de descendance.
Michel VAN MELDERT (1788 – 1859)
Michel Van Meldert voit le jour le 30 mai 1788 à Ardevoor, dernier enfant d’une fratrie de six. Il constitue une intéressante exception parmi les conscrits hélécinois, puisqu’il est l’un des rares descendants d’une famille de notables des trois villages à avoir servi dans l’armée impériale.
Ses parents sont Pierre Van Meldert (1746-1802), tonnelier à Ardevoor, et Marie Duchesne (1750-1816). La maison familiale où naît Michel se situait à l’angle de l’actuelle rue des Houilles et de la rue d’Ardevoor. Il s’agissait d’une vaste bâtisse de près de 440 m², composée de deux corps de logis, qui occupait l’espace correspondant aujourd’hui aux actuels n°13, 15 et 17 de la rue d’Ardevoor. La famille Van Meldert comptait parmi les plus aisées de Neerheylissem. Le grand-père de Michel, Dieudonné Van Meldert (1697-1765), administrait notamment la cense Amon Bousmane, l’une des principales exploitations agricoles de la région. Le destin de la famille est marqué par un événement aussi tragique qu’inhabituel : en 1802, Pierre Van Meldert décède à la suite d’un empoisonnement provoqué par la consommation d’omelettes préparées avec de la farine de sarrasin avariée. Michel n’a alors que quatorze ans et il est probable que son frère aîné, Libert Van Meldert, reprenne dès ce moment la tonnellerie familiale.
Michel Van Meldert est incorporé dans l’armée impériale le 30 juin 1807, à l’âge de dix-neuf ans, au 1er régiment de cuirassiers. Son incorporation est enregistrée à Épinal, importante place militaire où étaient regroupés plusieurs dépôts de cavalerie lourde chargés de recevoir, former et équiper les recrues avant leur départ vers les régiments de campagne. Les cuirassiers constituaient alors l'élite de la cavalerie lourde de Napoléon. Montés sur de puissants chevaux et protégés par une cuirasse d'acier ainsi qu'un casque de métal, ils intervenaient principalement lors des grandes charges destinées à rompre les lignes ennemies ou à exploiter une victoire. Leur équipement, particulièrement coûteux, ainsi que la qualité des montures expliquent que ces régiments accueillaient plus volontiers des hommes issus de familles relativement aisées ou capables de subvenir en partie à leur équipement. L'affectation de Michel Van Meldert dans un régiment aussi prestigieux pourrait ainsi s'expliquer par le rang social de sa famille, même si aucun document ne permet d'affirmer avec certitude qu'il se soit engagé volontairement.
Le registre matricule du 1er régiment de cuirassiers n'ayant malheureusement pas été conservé, le détail de sa carrière demeure inconnu. On peut toutefois en esquisser les grandes lignes. En 1807, le régiment appartient à la réserve de cavalerie de la Grande Armée et participe aux campagnes menées contre la Quatrième Coalition. Au cours des années suivantes, il est engagé dans plusieurs des grandes campagnes napoléoniennes, notamment en Espagne à partir de 1808, puis surtout dans la campagne d'Autriche de 1809, où il prend part aux batailles d'Essling et de Wagram.
En 1812, le régiment participe également à la campagne de Russie, avant d'être engagé en Allemagne durant la campagne de 1813 et enfin en France en 1814. Faute de connaître la durée exacte du service de Michel, il est impossible de déterminer lesquelles de ces campagnes il a effectivement vécues. Il est toutefois probable qu'il ait servi plusieurs années au sein du régiment avant d'être libéré à la suite d'une réforme, d'une fin de service ou, plus vraisemblablement, en juin 1814, lorsque de nombreux soldats originaires des départements belges furent licenciés comme « étrangers » après la première chute de Napoléon.
De retour à Ardevoor, Michel rejoint vraisemblablement la maison familiale afin de travailler auprès de son frère au sein de la tonnellerie. Il épouse, à Neerheylissem, le 16 juillet 1817, Henriette Petitjean (1797-1879). Le jeune couple s'installe probablement à Waasmont, où naît leur première fille en 1818. Dès 1822, les registres attestent toutefois leur retour à Ardevoor. Bien qu'aucun document ne le confirme formellement, il est vraisemblable que Libert Van Meldert soit décédé vers 1820 et que Michel ait alors repris la direction de la tonnellerie familiale.
Carte d'Ardevoor vers 1850 - le sentier Michel Van Meldert reliait le pont au dessu de la Gette (entourée en orange) à la tonnelerie Van meldert (trait bleu)
Michel Van Meldert et Henriette Petitjean auront neuf enfants, dont au moins cinq laisseront une descendance encore présente aujourd'hui. Michel marquera durablement son quartier puisqu'au XIXe siècle, le sentier reliant le pont franchissant la Gette, du côté de l'actuelle rue du Pont-Neuf, à la rue d'Ardevoor, portait le nom de « sentier Michel Van Meldert », en référence à la tonnellerie et à son propriétaire. Comme d’autres anciens de l’armée impériale, il est décoré en 1857 par Napoléon III de la médaille de Sainte-Hélène. Il décède 2 ans plus tard, le 20 octobre 1859, à l’âge de 71 ans.