Jean Michel GILLES (1791-1812)
Jean Michel, 20 ans, durant la retraite d’Espagne en 1812
Jean Michel Gilles naît à Ardevoor le 10 décembre 1791. Il est le deuxième enfant et le premier fils de Pierre Joseph Gilles (1765-1834), originaire de Zétrud-Lumay, et d'Anne Marie Delmelle (1764-1827).
La famille réside alors dans une maison aujourd'hui disparue, qui se situait à l'emplacement de l'actuel n°2A de la rue de la Pistraete.
Jean Michel est incorporé dans l'armée impériale française le 18 septembre 1811, à l'âge de dix-neuf ans, comme conscrit de la classe de 1811.
Son signalement militaire décrit un jeune homme âgé de vingt ans mesurant 1,56 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains ainsi que des yeux bruns. Son visage est rond, avec un front bas, une grande bouche et un grand menton. Son nez est décrit comme ordinaire. Le registre mentionne également comme signe particulier un teint de peau coloré.
Il est affecté comme fusilier au 70e régiment d'infanterie de ligne. À son incorporation, il rejoint la 1ère compagnie du 4e bataillon avant d'être versé, en 1812, à la 2e compagnie du même bataillon. Au cours de cette même année, il est ensuite affecté à la 4e compagnie du 1er bataillon, vraisemblablement dans le cadre des réorganisations rendues nécessaires par les pertes et les mouvements de troupes.
Son registre de contrôle indique qu'il participe à la campagne de 1812 avec l'armée d'Espagne, engagée dans la longue et éprouvante guerre péninsulaire contre les forces britanniques, portugaises et espagnoles. Affecté à l'un des régiments opérant dans le nord de la péninsule Ibérique, Jean Michel connaît une campagne particulièrement difficile, marquée par les marches incessantes, les combats, les privations et les maladies qui frappent durement les armées en campagne.
Durant l'été 1812, le 70e régiment est engagé dans les opérations qui suivent la défaite française des Arapiles, également connue sous le nom de bataille de Salamanque, et la retraite vers le nord de l'Espagne qui s'ensuit. Comme de nombreux soldats de l'armée impériale, Jean Michel doit affronter des conditions de service particulièrement éprouvantes dans une guerre devenue de plus en plus défavorable aux forces françaises.
Il ne survit cependant pas à cette campagne. Jean Michel Gilles décède le 25 décembre 1812 à l'ambulance de son régiment, terme qui désigne alors un hôpital militaire mobile ou de campagne. Les circonstances exactes de son décès ne sont pas connues, mais il est probable qu'il succombe à une maladie ou à des blessures contractées durant les opérations de l'armée d'Espagne.
Sa disparition survient le jour même de son vingt-et-unième anniversaire. Après un peu plus d'une année de service au sein des armées napoléoniennes, il meurt loin de son village natal et ne laisse aucune descendance connue.
Les HAMELS : Pierre et Walter, deux jumeaux dans les derniers rangs de l’Empire
Pierre (à gauche) et Walter (à droite), 19 ans, en campagne durant l'hiver 1813.
Pierre Hamels et Walter Hamels sont des frères jumeaux nés le 7 mars 1794 dans la maison familiale Hamels à Ardevoor, aujourd'hui sur le territoire d'Ezemaal. Cette demeure existe encore de nos jours et correspond aux actuels n°153 à 157 de l'Ardevoorstraat. Il s'agit d'une ancienne ferme datant de 1627, située sur le côté droit de la rue d'Ardevoor en direction de la chapelle Saint-Job.
Les deux frères sont les cinquième et sixième fils d'une fratrie de sept garçons, dont les deux aînés sont décédés en bas âge. Ils sont les enfants d'Hubert Hamels (1748-1822) et de Pétronille Vanaudenaarde (1756-1811).
Bien qu'ils soient enregistrés comme conscrits de la classe de 1814, Pierre et Walter rejoignent tous deux l'armée impériale le 11 novembre 1813, à l'âge de dix-neuf ans. Ils sont affectés au 21e régiment d'infanterie de ligne, comme plusieurs autres jeunes hommes originaires de l'actuelle commune d'Hélécine.
Leur incorporation intervient dans un contexte particulièrement difficile. Après les défaites subies en 1813, notamment en Allemagne, l'Empire est contraint de reconstituer en urgence ses effectifs en mobilisant des conscrits appelés par anticipation ainsi que les dépôts de formation. Les deux frères sont affectés au 5e bataillon du régiment, qui correspond vraisemblablement à un bataillon de dépôt ou de marche chargé d'instruire les recrues avant leur envoi vers les unités combattantes.
Malgré leur naissance commune, les registres militaires montrent que les deux frères présentent des caractéristiques physiques distinctes.
Walter Hamels est décrit comme un jeune homme mesurant 1,67 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d'un petit front ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un nez long, une bouche moyenne et un menton fourchu. Le registre mentionne également des traces de petite vérole.
Pierre Hamels mesure quant à lui 1,69 mètre. Il possède également des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale et un petit front, mais ses yeux sont bruns. Ses traits se distinguent par un gros nez, une grande bouche et un menton rond. Aucune marque particulière n'est signalée.
Durant les derniers mois de l'année 1813, le 21e régiment participe au repli général des armées françaises vers le territoire national. Cette période est marquée par une désorganisation croissante, l'épuisement des troupes et des pertes importantes causées aussi bien par les combats que par les marches forcées et les rigueurs de l'hiver.
Dans ce contexte instable, Pierre Hamels, son frère Walter ainsi que deux autres conscrits hélécinois du 21e régiment, Louis Joseph Delibe et Jean-Baptiste Kestens, désertent leur unité le 10 décembre 1813, moins d'un mois après leur incorporation. Ce type de désertion devient alors fréquent parmi les recrues récemment appelées, confrontées à une armée en retraite et à l'effondrement progressif de l'Empire.
Selon toute vraisemblance, les deux frères regagnent alors la ferme familiale d'Ardevoor.
Les sources ne permettent pas de retracer précisément leurs activités entre 1814 et 1819. Il est toutefois possible qu'ils aient travaillé dans une exploitation agricole de Piétrain, où ils rencontrent les sœurs Godichal qu'ils épouseront quelques années plus tard.
Pierre Hamels épouse à Ezemaal, le 15 avril 1819, Marie Françoise Godichal (1798-1879).
Walter Hamels épouse quant à lui à Piétrain, le 9 juin 1819, Marie Josèphe Godichal (1794-1884).
Dans un premier temps, Pierre demeure à Ezemaal, probablement dans la maison familiale de la famille Hamels, où naît son premier enfant. Walter réside alors à Piétrain, vraisemblablement chez les parents Godichal, où naît également son premier enfant.
En 1821, les deux couples effectuent un échange de résidence particulièrement singulier. Pierre et son épouse quittent Ezemaal pour s'installer à Piétrain, où ils demeureront jusqu'à la fin de leur vie. Walter et sa famille prennent au contraire le chemin d'Ezemaal, où ils resteront également jusqu'à leur décès.
Pierre et Marie Françoise Hamels auront douze enfants. Plusieurs de leurs descendants sont encore représentés aujourd'hui. La famille exploite une ferme aujourd'hui disparue qui se situait à l'emplacement de l'actuel n°21 de la rue Sainte-Gertrude à Piétrain. Pierre Hamels y décède en 1858, à l'âge de soixante-quatre ans.
Walter et Marie Josèphe Hamels auront pour leur part dix enfants. Leur descendance subsiste également jusqu'à nos jours. Parmi celle-ci figurent notamment les Hamels de Hampteau, dont René Hamels, qui résidait encore récemment rue de l'Abbaye. À Ezemaal, Walter occupe avec sa famille une partie de l'ancienne ferme familiale, laquelle avait été divisée entre lui et ses frères François et Martin. Son habitation correspond aujourd'hui à une partie de l'actuel n°153 de l'Ardevoorstraat. Walter Hamels s'éteint à Ezemaal en 1856, à l'âge de soixante-deux ans.
Le destin de Pierre et Walter Hamels constitue un cas remarquable dans l'histoire locale. Jumeaux, incorporés le même jour dans le même régiment, déserteurs au même moment puis mariés à deux sœurs quelques mois d'intervalle, leurs parcours demeurent étroitement liés tout au long de leur existence. Malgré une brève expérience militaire durant les derniers mois de l'Empire, ils laisseront tous deux une importante descendance qui perpétue encore aujourd'hui le nom Hamels dans la région.
Famille Kestens
Paul LALMAND (1794-1832)
Paul en 1814, sur le chemin du retour après sa démobilisation.
Paul Lalmand naît à Ardevoor le 1er février 1794. Il est le cinquième enfant d'une fratrie de sept et le deuxième fils de Jean Pierre Lalmand (1761-1834) et de Marie Elisabeth Lefèvre (1762-1828).
La famille réside alors dans une maison située à l'emplacement de l'actuel n°31 de la rue d'Ardevoor.
Bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814, Paul rejoint l'armée impériale dès le 9 avril 1813, à l'âge de dix-neuf ans. Il est incorporé au 44e régiment d'infanterie de ligne et affecté au 3e bataillon, 3e compagnie.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,66 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains clairs, un visage ovale surmonté d'un front bas ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un gros nez, une bouche saillante et un menton rond.
Son incorporation intervient dans le contexte de la reconstitution précipitée des armées françaises après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie de 1812. Comme de nombreux jeunes conscrits appelés par anticipation, Paul rejoint une armée engagée dans la lutte contre la Sixième Coalition, qui rassemble notamment la Russie, la Prusse, l'Autriche et la Suède contre Napoléon.
Au sein du 44e régiment d'infanterie de ligne, il est vraisemblablement envoyé en Allemagne durant la campagne de 1813. Son régiment participe alors aux opérations qui suivent les batailles de Lützen et de Bautzen, avant d'être entraîné dans les combats qui marquent le reflux progressif des armées impériales. Après la défaite de Leipzig, en octobre 1813, les forces françaises se replient vers l'ouest tandis que plusieurs unités du régiment sont engagées dans les opérations de défense des places fortes du nord de l'Allemagne.
Comme de nombreux soldats incorporés durant cette période, Paul connaît donc les derniers mois de l'Empire dans un contexte de guerre quasi permanente, marqué par les marches, les mouvements de troupes et l'incertitude liée à l'évolution rapide de la situation militaire.
La chute de Napoléon met rapidement un terme à son service. Le 21 juin 1814, quelques semaines après la Première Restauration, il est congédié comme étranger. Cette mesure concerne de nombreux soldats originaires des départements annexés de l'Empire, notamment ceux des anciens Pays-Bas autrichiens, qui cessent alors d'être considérés comme sujets français et sont renvoyés dans leur région d'origine.
Il ne semble toutefois pas être resté longtemps à Ardevoor après son retour à la vie civile. En 1822, il épouse à Anvers Catherine Derbaudringhien (1788-1831), originaire de Mouscron. Le couple s'établit dans cette ville, où Paul exerce la profession de plafonneur.
De leur union naissent cinq enfants. Au moins l'un d'entre eux, François Joseph Lalmand (1823-1883), assure la continuité de la lignée familiale. Celui-ci mènera une brillante carrière artistique comme ornemaniste et professeur à l'Académie des beaux-arts d'Anvers.
Veuf en 1831 après le décès de son épouse, Paul Lalmand ne lui survit qu'une année. Il s'éteint à Anvers le 1er décembre 1832, à l'âge de trente-huit ans.
Son parcours illustre celui de nombreux anciens conscrits des campagnes napoléoniennes qui, après avoir servi durant les dernières années de l'Empire, construisent leur existence loin de leur village natal. De fils de cultivateur d'Ardevoor, Paul Lalmand devient ainsi artisan à Anvers et père d'une lignée qui s'illustrera dans le monde des arts au XIXe siècle.