Jean Baptiste BAUWIN (1789 – 1876)
Jean Baptiste Bauwin voit le jour le 11 août 1789 à Hampteau. Il est le deuxième et dernier enfant de Guillaume (1759 – 1806), maçon originaire de Pellaines, et de Jeanne Josèphe Vandenbroeck (1743 – 1794), native de Jodoigne-Souveraine. Cette dernière s’était installée à Hampteau avec son frère, Antoine Joseph Vandenbroeck. La famille résidait très probablement dans l’une des grandes exploitations agricoles du village, aucune habitation lui appartenant n’ayant pu être identifiée dans les registres. Signalons enfin que cette branche des Bauwin, originaire de Pellaines, n’entretient aucun lien de parenté avec les Bauwin d’Opheylissem, dont les racines se trouvent à Maastricht, aux Pays-Bas.
À la suite du décès de Jeanne Josèphe, en 1794, son veuf Guillaume Bauwin et son beau-frère Antoine Joseph Vandenbroeck, ainsi que les deux enfants quittent Hampteau pour s’établir à Jodoigne-Souveraine, où la famille Vandenbroeck est solidement implantée. Jean Baptiste y grandit jusqu’à sa conscription. Son père y décède en 1806, tandis que sa sœur Françoise s’y marie l’année suivante. Jean Baptiste est appelé sous les drapeaux comme conscrit de la classe 1808, à l’âge de dix-neuf ans.
Il rejoint alors l’armée impériale française en 1808 et est affecté au 7e régiment de chasseurs à cheval. Le registre matricule de cette unité n’ayant malheureusement pas été conservé, aucune description physique de Jean Baptiste n’est connue.
Le 7e régiment de chasseurs à cheval appartient à la cavalerie légère de la Grande Armée. Contrairement aux cuirassiers, destinés aux charges de rupture, les chasseurs à cheval sont employés pour les missions de reconnaissance, d'éclairage, de poursuite des troupes ennemies, de protection des flancs des colonnes et de liaison entre les différentes unités. Rapides et mobiles, ils jouent un rôle essentiel dans les campagnes napoléoniennes, où les renseignements et la maîtrise des mouvements de l'ennemi sont déterminants.
L'incorporation de Jean Baptiste intervient alors que le régiment est engagé dans la guerre d'Espagne. Il est donc probable qu'il rejoigne d'abord la péninsule Ibérique, où les chasseurs à cheval participent aux nombreuses opérations contre les armées britanniques, portugaises et espagnoles. Cette guerre se caractérise par une succession de marches, de combats de cavalerie, d'escarmouches et d'opérations contre les guérillas, dans des conditions particulièrement éprouvantes pour les hommes comme pour les chevaux.
À partir de 1812, le 7e régiment de chasseurs à cheval est appelé à rejoindre les grandes campagnes de la Grande Armée. Selon toute vraisemblance, Jean Baptiste participe alors aux campagnes d'Allemagne de 1813, au cours desquelles le régiment est engagé dans plusieurs affrontements contre la Sixième Coalition, notamment lors des opérations qui suivent les batailles de Lützen, Bautzen, Dresde et Leipzig. Après la défaite de Leipzig, il prend vraisemblablement part à la longue retraite vers la France, puis à la campagne de France de 1814, ultime tentative de Napoléon pour défendre le territoire national face aux armées coalisées.
En l'absence de son registre individuel, il est impossible de préciser les combats auxquels Jean Baptiste prit personnellement part. Il est toutefois très probable qu'il demeura sous les drapeaux jusqu'à la première chute de Napoléon. Comme de nombreux militaires originaires des départements belges annexés, il fut vraisemblablement licencié en juin 1814 comme « étranger », à la suite de la restauration des Bourbons et de la réorganisation des armées françaises.
Jean Baptiste revient alors à Jodoigne-Souveraine, où il épouse, le 3 février 1817, Marie Barbe Vandenbroeck (1791 – 1880). Les premiers registres le qualifient de « particulier », terme qui désigne alors une personne vivant de ses biens ou exerçant une activité indépendante sans profession spécifique déclarée, par opposition aux artisans ou aux journaliers. Il est ensuite mentionné comme cultivateur. Le couple réside dans une grande ferme, toujours existante aujourd'hui, située au n°15 de la rue de la Basse Charlotte à Jodoigne-Souveraine. Six enfants naîtront de cette union, dont au moins trois laisseront une descendance encore présente aujourd'hui.
Médaille de Sainte-Hélène (exemple)
En 1857, Jean Baptiste est décoré par Napoléon III de la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée pour récompenser les anciens soldats ayant servi sous les armées françaises entre 1792 et 1815. Il vivra encore près de vingt années après cette reconnaissance et s'éteindra à Jodoigne-Souveraine le 4 février 1876, à l'âge plus qu'honorable de quatre-vingt-six ans.
Pierre Joseph BRONCKAERT (1791-1867)
Pierre Joseph en 1812 durant la campagne d'Espagne
Pierre Joseph Bronckaert, dont le nom apparaît également dans les sources sous les formes Bronkaert, Bronkarts ou Bronkart, naît à Hampteau le 19 décembre 1791. Il est le deuxième enfant et le premier fils de Jean Joseph Bronckarts (1760-1839) et de Marie Josèphe Delibe (1776-1829).
Originaire d’Avernas-le-Baudouin, son père exerce la profession de maréchal-ferrant. Depuis la fin du XVIIIe siècle, il est attaché à la principale exploitation agricole de Hampteau, la ferme Schoonaerts, qui sera plus tard reprise par la famille Prévinaire, laquelle fera construire en son centre la Villa Prévinaire. La famille réside sur une propriété correspondant aujourd’hui aux numéros 13A et 15 de la rue du Maréchal. Selon la tradition locale, cette rue tirerait son nom de l’atelier de forge qui s’y trouvait. Outre cet atelier, la propriété comprend également un corps de logis où habite la famille et où Pierre Joseph voit très probablement le jour.
Conscrit de la classe de 1811, il rejoint l’armée impériale le 26 septembre 1811, quelques mois avant son vingtième anniversaire. Il est incorporé au 70e régiment d’infanterie de ligne. Son signalement militaire décrit un jeune homme de petite taille, mesurant 1,48 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage plein surmonté d’un front couvert et des yeux gris. Son visage se distingue également par un gros nez, une grande bouche et un menton à fossette. Enfin, le registre précise qu’il présente un teint brun.
Affecté comme fusilier au sein du 70e régiment d’infanterie de ligne, Pierre Joseph participe à la campagne d’Espagne de 1812. Son unité est engagée dans les opérations qui suivent la défaite française de Salamanque, le 22 juillet 1812. Elle prend notamment part à la retraite à travers la Vieille-Castille face aux forces anglo-portugaises commandées par Wellington. Cette phase du conflit est marquée par de difficiles combats de couverture et par le repli progressif de l’armée française dans des conditions particulièrement éprouvantes.
En 1813, Pierre Joseph est affecté au 1er bataillon, 4e compagnie. Il participe à la retraite vers les Pyrénées et prend vraisemblablement part aux combats de Sorauren lors de la tentative infructueuse de dégagement de Pampelune. Son régiment est ensuite engagé dans les combats défensifs menés sur la frontière franco-espagnole. Il combat notamment à la Bidassoa en octobre 1813 puis à la Nivelle en novembre, lors de violents affrontements dans le Pays basque.
Après l’effondrement de l’Empire, il demeure sous les drapeaux jusqu’à l’abdication de Napoléon. Le 18 mai 1814, il quitte toutefois son unité sans autorisation, vraisemblablement dans le but de regagner son foyer après plusieurs années de campagne.
De retour à Hampteau en 1814, Pierre Joseph reprend le métier de maréchal-ferrant aux côtés de son père. En 1822, il épouse à Racour Marie Gertrude Wauters et s’y établit définitivement. Son épouse est alors déjà mère de trois enfants nés hors mariage, lesquels conservent le nom de leur mère. Le couple n’aura pas d’autres enfants.
Pierre Joseph poursuit son activité de maréchal-ferrant à Racour durant de nombreuses années. Il y décède le 11 octobre 1867, à l’âge honorable de 75 ans.
Jean Joseph DELANDE (1786 – 1870)
Jean Joseph Delande voit le jour le 26 octobre 1786 à Noduwez, dans la maison familiale de ses parents, située à l’emplacement des actuelles propriétés des n°13 et 15 de la rue de l’Étoile. Il est le quatrième enfant d’une fratrie qui en comptera dix, même si plusieurs de ses frères et sœurs décéderont en bas âge. Ses parents sont Jean Joseph Delande (1756 – 1837), laboureur de profession, et Anne Marie Decerf (1763 – 1839).
La participation de Jean Joseph aux campagnes napoléoniennes est attestée par l’attribution de la médaille de Sainte-Hélène, reçue en 1857. En revanche, le registre matricule de son régiment n’a pas été retrouvé, ce qui empêche de retracer avec certitude son parcours militaire. Compte tenu de son année de naissance, il est très probable qu’il ait été incorporé entre 1806 et 1808. Certaines sources indiquent qu’il appartenait, en 1809, au 1er bataillon de mineurs, une unité du génie militaire spécialisée dans les travaux de siège et de fortification.
Contrairement aux soldats de l’infanterie de ligne, les mineurs n’étaient pas principalement destinés au combat en formation, mais intervenaient dans les opérations de génie militaire. Leur mission consistait notamment à creuser des tranchées d’approche, aménager des ouvrages défensifs, construire ou détruire des fortifications, préparer des mines destinées à faire sauter les murailles ennemies ou encore participer à l’ouverture des passages lors des sièges. Ces hommes travaillaient souvent sous le feu de l’ennemi et leur spécialité figurait parmi les plus dangereuses de l’armée impériale.
Si cette affectation est bien celle de Jean Joseph Delande, il est vraisemblable qu’il ait pris part aux opérations de la guerre de la Cinquième Coalition en 1809, lorsque les troupes françaises affrontèrent l’armée autrichienne en Allemagne et sur le Danube. Les unités du génie furent alors mobilisées lors des sièges, des franchissements de rivières et des importants travaux de campagne précédant les batailles d'Abensberg, d'Eckmühl, d'Essling ou encore de Wagram. Elles jouèrent également un rôle essentiel dans la construction de ponts, de retranchements et d'ouvrages défensifs nécessaires aux déplacements de la Grande Armée.
Aucune source ne permet toutefois de préciser les circonstances de la fin de son service. Il est néanmoins certain que Jean Joseph ne déserta pas, puisqu'il fut ultérieurement reconnu comme ancien combattant de l'Empire. Son retour à Noduwez intervient au plus tard au début de l'année 1811, puisqu'il se marie dès le mois de juillet. Cette démobilisation relativement précoce laisse penser qu'il fut probablement réformé à la suite d'une blessure ou d'un problème de santé suffisamment important pour le rendre inapte au service actif. Une telle hypothèse est d'autant plus plausible que les soldats du génie, constamment employés sur les lignes de siège ou dans des travaux exécutés sous le feu ennemi, étaient particulièrement exposés aux blessures ainsi qu'à l'épuisement.
De retour à Noduwez, Jean Joseph se met probablement en quête de travail dans les environs et exerce le métier de tisserand au sein de la manufacture textile des frères Tiberghien, installée dans l'enceinte de l'ancienne abbaye d'Heylissem, dont la filature fut active de 1796 à 1821. C'est vraisemblablement dans ce contexte qu'il fait la connaissance de Clémentine Bolly (1790 – 1868), originaire d'Hampteau, qu'il épouse le 16 juillet 1811 à Noduwez.
Le couple s'installe dans la maison familiale des parents de Clémentine, située rue Georges Dupont à Hampteau. Aujourd'hui disparue, cette vaste habitation est mentionnée au cadastre de 1850 avec une superficie de 380 m², probablement répartie sur deux niveaux. Elle occupait une grande partie de l'actuelle propriété du n°13 de la rue et s'étendait jusqu'à l'angle correspondant aujourd'hui à un terrain non bâti. Jean Joseph et Clémentine, qui reprendront cette maison après le décès des parents Bolly, auront sept enfants, dont est issue une abondante descendance. Après la fermeture de la filature d'Opheylissem en 1821, Jean Joseph exerce la profession de journalier, mettant sa force de travail au service des exploitations agricoles et des employeurs de la région selon les besoins saisonniers.
Médaille de Sainte-Hélène (exemple)
En 1857, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène de Napoléon III en reconnaissance de ses services sous le Premier Empire. Il s'éteint à Hampteau le 1er mai 1870, à l'âge honorable de quatre-vingt-quatre ans.
Parmi sa nombreuse descendance, citons notamment :
la famille Van Nunen d'Opheylissem, dont les descendants d'Edmond Lumay et Pétronille Van Nunen, ainsi que ceux de Louis Joseph Dewolf et Clémentine Van Nunen, parmi lesquels Albert Dewolf d'Hampteau ;
les descendants de Julien Thomas et Angélique Thiry à Opheylissem, dont Lina Ovart-Buvé ;
tous les descendants du couple Emmanuel Benne et Marie Louise Thiry, parmi lesquels les Benne d'Opheylissem, Blanche et Yvonne Tossens, les Sevenans de la rue de l'Abbaye ainsi que les Dethiège de Neerheylissem, aujourd'hui établis à Noduwez.
Louis Joseph DELIBE (1794-1871)
Louis Joseph, 19 ans, campagne d'Allemagne de 1813.
Louis Joseph Delibe naît à Hampteau le 2 mars 1794. Il est le sixième enfant et le quatrième fils de Georges Delibe (1742-1805) et de Jeanne Poncelet.
L'habitation familiale correspond vraisemblablement aux importants bâtiments qui occupaient les actuels n° 8, 12 et 14 de la rue Eugène Branckotte. Cette hypothèse repose notamment sur le fait que ces biens sont repris, au milieu du XIXe siècle, par Guillaume Gerondal, originaire de Perwez et époux de Marie Josèphe Delibe, sœur aînée de Louis Joseph. À la même époque, son frère aîné Georges Delibe, négociant de profession, quitte quant à lui la région pour s'établir à Bruxelles.
Bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814, Louis Joseph rejoint l'armée impériale dès le 11 novembre 1813. Il est incorporé au 21e régiment d'infanterie de ligne.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,58 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d'un front découvert ainsi que des yeux gris. Ses traits sont caractérisés par un nez pointu, une bouche de taille moyenne et un menton rond. Le registre précise également qu'il porte les marques laissées par la petite vérole.
À son incorporation, il est affecté au 5e bataillon, 2e compagnie. Son arrivée sous les drapeaux intervient dans un contexte particulièrement difficile pour l'Empire. À la suite des défaites subies en 1813, notamment lors de la campagne d'Allemagne, Napoléon doit reconstituer en urgence ses effectifs en faisant appel à des conscrits anticipés ainsi qu'aux dépôts de formation. Le 5e bataillon auquel appartient Louis Joseph correspond très probablement à un bataillon de dépôt ou de marche, chargé de former les recrues avant leur envoi vers les unités engagées au combat.
Durant les derniers mois de l'année 1813, le 21e régiment d'infanterie de ligne participe au repli général des armées françaises vers le territoire national. Cette période est marquée par une désorganisation croissante, une fatigue extrême des troupes et des pertes importantes causées tant par les combats que par les marches forcées et les rigoureuses conditions hivernales.
C'est dans ce contexte que Louis Joseph Delibe déserte son unité le 10 décembre 1813, après moins d'un mois de service. Il n'est pas seul : trois autres jeunes hommes originaires de l'actuelle commune d'Hélécine et servant également au 21e régiment — Pierre Hamels, Walter Hamels et Jean-Baptiste Kestens — abandonnent les rangs au même moment. Ce type de désertion est fréquent à la fin de l'Empire, lorsque de nombreux conscrits récemment incorporés, peu formés et confrontés à une armée en retraite, cherchent à regagner leur région d'origine ou à échapper aux contraintes d'un service militaire devenu particulièrement éprouvant.
Il est probable qu'après sa désertion, Louis Joseph rejoigne son frère Georges, installé entre Hampteau et Bruxelles, à proximité de l'actuelle rue des Teinturiers. Georges exerce alors la profession de négociant en coton et en textile. En 1812, il a épousé à Bruxelles Jeanne Marie Denis, dont la sœur, Marie Françoise Denis, tient avec elle une librairie.
Louis Joseph entretient une relation avec Marie Françoise Denis et de cette union naît une fille, Palmire. Le couple régularise sa situation en se mariant à Bruxelles en 1820, soit six ans après la naissance de leur enfant. Ils s'établissent alors rue de la Paille.
Au cours de sa vie professionnelle, Louis Joseph exerce la fonction de concierge des Archives du Royaume. Après le décès de Marie Françoise Denis en 1852, il se remarie la même année, à l'âge de cinquante-huit ans, avec Marie Catherine Clarembaux, âgée de trente-sept ans.
Par la suite, il s'installe à Saint-Gilles, chaussée d'Alsemberg n°29. C'est à cette adresse qu'il décède le 8 juillet 1871, à l'âge de soixante-dix-sept ans.
Sa fille Palmire épouse à Bruxelles, en 1838, Jean Christophe Panhanns Salomon. Malgré cette union, aucune descendance ultérieure n'a pu être identifiée à ce jour.
Le parcours de Louis Joseph Delibe illustre celui de nombreux jeunes hommes incorporés dans les derniers mois de l'Empire : appelés alors que la situation militaire se dégrade rapidement, ils ne servent parfois que quelques semaines avant de quitter les rangs. Son existence se poursuit ensuite loin de son village natal, dans la capitale, où il mène une vie discrète au service des Archives du Royaume.
Michel DESSART (1792 – 1873)
Michel Dessart naît à Hampteau le 8 juin 1792. Il est le sixième enfant d’une fratrie de huit issue du couple formé par Pierre Dessart — ou Desard — (1757 – 1831), ouvrier originaire de Pellaines travaillant à l’abbaye d’Heylissem, et Marie Josèphe Desaussois (1760 – 1832). La famille habite dans la maison qui correspond à l’actuel n°11 de la rue Eugène Branckotte, où Michel voit très vraisemblablement le jour.
La participation de Michel Dessart aux guerres napoléoniennes est attestée par l’obtention de la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée en 1857 par Napoléon III pour honorer les anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815. Cette décoration confirme donc sans ambiguïté qu’il a porté les armes sous l’Empire. En revanche, le registre de son régiment semble avoir disparu, car ni sa conscription ni le détail de sa carrière militaire n’ont, à ce jour, pu être retrouvés dans les sources consultées.
Au vu de son année de naissance et du profil de nombreux jeunes hommes de la région, il est probable que Michel ait été incorporé vers 1812, à l’âge de vingt ans. Son service se serait alors inscrit dans l’une des périodes les plus critiques de l’histoire de l’Empire. Après plusieurs années de guerre presque ininterrompue, Napoléon doit en effet alimenter sans cesse ses régiments en hommes, aussi bien pour la guerre d’Espagne que pour la préparation de la campagne de Russie, puis, à partir de 1813, pour reconstituer les armées anéanties au cours de cette dernière.
Faute de connaître son régiment, il est impossible de retracer avec certitude le détail de ses affectations ou des opérations auxquelles il prit part. On peut toutefois esquisser le cadre probable de son service. Comme beaucoup de conscrits des départements belges appelés en 1812, Michel Dessart a pu être versé dans un régiment d’infanterie de ligne, soit dans un bataillon de guerre envoyé vers l’Allemagne ou l’Europe orientale, soit dans un dépôt chargé de former et d’acheminer des renforts vers les unités actives. Il a également pu servir dans un régiment engagé en Espagne, théâtre d’opérations toujours très consommateur en effectifs, ou encore dans une garnison de l’intérieur de l’Empire, en attente d’un départ pour le front.
Si Michel est bien resté sous les drapeaux jusqu’en juin 1814, son parcours l’aurait conduit à travers les dernières années de l’Empire, c’est-à-dire dans un contexte militaire de plus en plus difficile. Les soldats incorporés à partir de 1812 connaissent des conditions de service particulièrement éprouvantes : marches forcées, ravitaillement incertain, cantonnements précaires, maladies fréquentes et intégration parfois hâtive dans des unités saignées à blanc par les campagnes précédentes. Après la catastrophe russe, l’année 1813 voit l’Empire lever de nouveaux contingents dans l’urgence pour tenter de résister à la Sixième Coalition, tandis que 1814 correspond à l’effondrement progressif du système napoléonien et au repli des armées françaises sur leurs frontières.
Il est probable que Michel Dessart ait été démobilisé en juin 1814 comme « étranger », à l’instar de nombreux soldats originaires des départements annexés. Après la première chute de Napoléon et la Première Restauration, les hommes nés dans les anciens Pays-Bas autrichiens cessent progressivement d’être considérés comme sujets français. Beaucoup sont alors licenciés ou renvoyés dans leur région d’origine. Si cette hypothèse est exacte, Michel aurait donc quitté l’armée au moment même où se dissolvaient les derniers cadres administratifs et militaires de l’Empire dans nos régions.
Après sa démobilisation, Michel rentre à Hampteau, dans la maison familiale de la rue Eugène Branckotte. Le 26 décembre 1815, il épouse Marie Anne Theunis (1788 – 1876), sœur de Mathieu Theunis, autre conscrit de Hampteau, mort sous les drapeaux en Espagne quelques années plus tôt. Cette union réunit ainsi deux familles du hameau directement touchées par la conscription impériale.
Le couple vit avec les parents de Michel et reprend la maison du n°11 rue Eugène Branckotte après le décès du père, en 1831. Michel y exerce le métier de tisserand, activité qu’il poursuit durant une grande partie de sa vie. Lui et Marie Anne ont six enfants. Toutefois, une seule de leurs filles, Virginie Dussart (1826 – 1865) — nouvelle forme du patronyme adoptée durant l’occupation hollandaise — laisse une descendance, à la suite de son mariage avec Constant Monette. Ce couple est à l’origine de plusieurs familles hélécinoises, parmi lesquelles les Larock et les Corroy.
En 1857, Michel Dessart reçoit la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée par Napoléon III pour honorer les anciens soldats ayant servi sous les drapeaux français entre 1792 et 1815. Cette décoration vient reconnaître officiellement, plusieurs décennies après les faits, son passage dans les armées impériales.
Michel Dessart termine sa vie à Opheylissem, où il meurt le 18 décembre 1873, à l’âge de quatre-vingt-un ans. Son existence aura été marquée, comme celle de tant d’hommes de sa génération, par un épisode militaire dont les archives ont presque entièrement perdu la trace. La médaille de Sainte-Hélène demeure dès lors le principal témoin de son passage dans les armées napoléoniennes, tandis que sa descendance, réduite à une seule branche, a néanmoins suffi à assurer la postérité de son nom dans plusieurs familles de l’entité.
Ferdinand Joseph DUBOIS (1786-1807)
Ferdinand Joseph, 19 ans, en 1807 durant ses derniers jours en Italie
Ferdinand Joseph Dubois naît à Hampteau le 22 octobre 1786. Il est le cinquième enfant et le deuxième fils d'Égide Dubois (1740-†), sabotier du hameau, et de Margueritte Delhaye (1745-†).
Aucune information n'a pu être retrouvée concernant l'emplacement précis de l'habitation familiale. Le patronyme Dubois semble d'ailleurs avoir rapidement disparu de la commune au cours des générations suivantes.
Conscrit de la classe de 1806, Ferdinand rejoint l'armée impériale le 27 octobre 1806, soit seulement cinq jours après son vingtième anniversaire.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,70 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains. Son visage est de forme ovale, avec un front découvert et un menton rond. Ses yeux sont gris. Il présente un nez de taille moyenne ainsi qu'une grande bouche. Le registre précise enfin qu'il ne porte aucune marque particulière.
Il est incorporé au 112e régiment d'infanterie de ligne et sert initialement comme fusilier à la 3e compagnie du 2e bataillon. Moins d'un mois après son arrivée sous les drapeaux, le 19 novembre 1806, il est admis dans les compagnies d'élite du régiment en qualité de grenadier. Cette promotion précoce témoigne vraisemblablement des qualités physiques et militaires qu'il a démontrées dès le début de son service.
Le 112e régiment participe alors aux campagnes de Prusse et de Pologne menées contre les armées de la Quatrième Coalition durant les années 1806 et 1807. Ces opérations s'inscrivent dans la série de campagnes qui permettent à Napoléon de consolider sa domination sur l'Europe centrale après les victoires de Iéna et d'Auerstaedt.
À la suite des campagnes de 1807, le régiment est envoyé en Italie. C'est durant ce séjour que Ferdinand Dubois contracte une maladie et doit être admis à l'hôpital militaire d'Alessandria, dans le Piémont.
Il y décède le 10 octobre 1807, à quelques jours de son vingt-et-unième anniversaire, des suites d'une fièvre. Comme pour de nombreux soldats de l'époque, la maladie se révèle plus redoutable que les combats eux-mêmes. Sa carrière militaire s'achève ainsi après moins d'une année de service au sein de l'armée impériale.
Ferdinand Joseph Dubois meurt sans avoir fondé de famille et ne laisse aucune descendance connue.
Jean François LESAGE (1787 – 1880)
Jean François à la bataille de Thann en 1809
Jean François Lesage voit le jour le 28 septembre 1787 à Libertange, dans une maison aujourd'hui disparue qui se situait légèrement en amont de l'actuel n°4 de la rue de Maret, à l'entrée du hameau. Il est le deuxième des quatre enfants de François Lesage (1737 – 1827) et de Marie Thérèse Bourguignon (1757 – †).
Conscrit de l'an 1807, Jean François rejoint l'armée impériale le 1er septembre 1808. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme de vingt et un ans, mesurant 1,67 mètre, au visage ovale, au front couvert, aux yeux bleus, au nez moyen, à la petite bouche, au menton rond et aux cheveux et sourcils bruns.
Il est incorporé dans la 57e demi-brigade d'infanterie, devenue peu après le 57e régiment d'infanterie de ligne, où il est successivement affecté au 4e bataillon, 4e compagnie, puis au 2e bataillon, 1re compagnie en février 1809, avant de rejoindre le 5e bataillon, 1re compagnie, en juin de la même année. Son unité prend part à la campagne d'Allemagne de 1809 contre la Cinquième Coalition.
Après avoir franchi le Rhin, le régiment participe aux opérations menées en Bavière contre les troupes autrichiennes. Le registre précise que Jean François « a fait la campagne du 15 février au 10 juillet 1809 » et qu'il est blessé d'un coup de feu au pouce de la main droite le 19 avril 1809, à la bataille de Thann. Cette blessure survient lors des combats qui opposent les forces françaises aux Autrichiens dans la région de la vallée de l'Iller, au début de la campagne. Si elle ne met pas sa vie en danger, elle entraîne vraisemblablement une diminution durable de la mobilité de sa main, ce qui conduit la commission médicale à le réformer le 26 juillet 1809, mettant ainsi un terme définitif à sa carrière militaire après moins d'une année de service.
Le registre précise également que Jean François « renonce à la vétérance ». La vétérance constituait un statut honorifique accordé aux militaires ayant accompli de longues années de service ou ayant été réformés dans certaines circonstances. Elle ouvrait droit à différents avantages, notamment une modeste pension ou certaines priorités administratives. Dans son cas, cette renonciation est vraisemblablement liée au fait que sa durée de service était trop courte pour justifier pleinement ces avantages ou qu'il préféra renoncer aux démarches administratives nécessaires afin de regagner rapidement son foyer.
De retour à Libertange, Jean François reprend une vie civile. Il épouse en 1813, à Orp-le-Grand, Marie Françoise Disconchil (1795 – 1865). Le couple s'installe probablement dans l'entourage des parents de cette dernière et donne naissance à huit enfants, dont six atteindront l'âge adulte.
Jean François exerce d'abord la profession de journalier, travaillant selon les saisons dans les exploitations agricoles de la région, avant de devenir tisserand vers 1830, activité particulièrement répandue dans les campagnes brabançonnes où de nombreux ménages complétaient ainsi leurs revenus. Vers 1850, la famille s'établit à Saint-Remy-Geest, où Jean François reprend la fonction de meunier au moulin de Genville. Le couple habite une petite maison correspondant à l'actuel n°79 du Chemin des Carriers, profondément transformée depuis, tandis que le moulin se trouvait à l'emplacement de l'actuel n°15 de la rue du Moulin de Genville.
En 1857, Jean François reçoit la médaille de Sainte-Hélène, décernée par Napoléon III aux anciens combattants des guerres de la Révolution et de l'Empire. Il s'éteint à Saint-Remy-Geest le 23 août 1880, à l'âge remarquable de nonante deux ans.
La descendance de ses enfants est toujours représentée aujourd'hui, tant en Belgique qu'en Allemagne. Il est également le grand-oncle de François Joseph Lesage (1883 – 1970), ancêtre des Lesage de Hampteau.
Grégoire MINSART (1792 – 1866)
Grégoire en 1813, lors de la retraite de l'armée impériale après la défaite de Leipzig
Grégoire Minsart voit le jour à Hampteau le 14 juillet 1792, dans la maison familiale de ses parents, située à l’emplacement de l’actuel n°7 de la rue Eugène Branckotte. Il est le deuxième enfant d’une fratrie qui en comptera quatre, né du mariage de Grégoire Joseph Minsart (1732 – 1815), charpentier originaire de Mont-Saint-André, hameau de Ramillies, et de Catherine Noëlle Lonneux (1756 – 1835), originaire de Marilles. Il faut souligner que cette branche de la famille Minsart est la seule établie à Hélécine qui ne soit pas apparentée à celle enracinée à Linsmeau.
La date exacte de sa conscription n’est pas connue, mais il est certain que Grégoire rejoint l’armée impériale le 4 mars 1813, à l’âge de vingt ans. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,71 mètre, au visage plein, au front saillant, aux yeux gris, à la bouche saillante, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils châtains.
Grégoire est affecté au régiment des fusiliers-chasseurs de la Garde impériale, au sein du 2e bataillon, 4e compagnie. Cette unité appartient à la Jeune Garde, créée par Napoléon pour renforcer la prestigieuse Garde impériale après les pertes considérables subies lors de la campagne de Russie.
Les fusiliers-chasseurs constituaient une infanterie d'élite, intermédiaire entre les régiments de ligne et les unités les plus prestigieuses de la Vieille Garde. Leurs soldats étaient généralement sélectionnés parmi les meilleurs conscrits ou parmi des militaires ayant déjà démontré de bonnes aptitudes, et bénéficiaient d'un entraînement, d'un équipement et d'un encadrement supérieurs à ceux de l'infanterie ordinaire.
L'incorporation de Grégoire intervient au moment où Napoléon reconstitue dans l'urgence ses forces pour affronter la Sixième Coalition. Après plusieurs semaines d'instruction, il est vraisemblablement envoyé en Allemagne avec les renforts destinés à la Grande Armée. Son régiment participe à la campagne de Saxe de 1813 et prend part aux principales opérations qui jalonnent cette année décisive, notamment les batailles de Lützen, Bautzen, Dresde et Leipzig. Les fusiliers-chasseurs de la Jeune Garde sont fréquemment engagés pour soutenir les secteurs les plus menacés du champ de bataille, où leur discipline et leur endurance sont particulièrement appréciées. À l'issue de la défaite de Leipzig, l'armée française entame sa retraite vers le territoire national, dans des conditions de plus en plus difficiles, marquées par les marches forcées, les pénuries et les pertes croissantes.
Faute de registre détaillant son parcours individuel, il est impossible de préciser les opérations auxquelles Grégoire participa personnellement. Il est toutefois très probable qu'il demeura sous les drapeaux jusqu'à la première chute de Napoléon. Comme de nombreux soldats originaires des départements belges annexés, il fut vraisemblablement licencié en juin 1814 en qualité d'« étranger », les habitants des anciens Pays-Bas cessant alors d'être considérés comme sujets français après la restauration des Bourbons.
Après sa démobilisation, Grégoire rentre plus que probablement à Hampteau, mais quitte rapidement le foyer familial puisqu’il épouse, dès le 1er décembre 1814 à Linsmeau, Marie Barbe Renson (1792-1864), originaire de ce village. Le couple mène ensuite une existence relativement mobile. Il réside d’abord à Linsmeau de 1814 à 1821, probablement dans l’entourage familial de l’épouse, puis à Opheylissem de 1822 à 1827 — avec la possibilité d’un passage ou d’un retour par Hampteau dans la maison familiale — avant de s’établir définitivement à Jodoigne à partir de 1827. Ils habitent dans ce qui correspond aujourd’hui au n°12 de la rue de Piétrain, où Grégoire est mentionné dans les registres tantôt comme menuisier, tantôt comme cabaretier. Le couple a sept enfants, et la descendance de six d’entre eux semble s’être perpétuée jusqu’à nos jours.
En 1857, Grégoire est décoré par Napoléon III de la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée pour honorer les anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815. Grégoire Minsart s’éteint à Jodoigne le 6 août 1866, à l’âge de septante-quatre ans.
Pierre Joseph MOTTE (1794 – 1814)
Pierre Joseph en 1814, au siège d'Hambourg
Pierre Joseph Motte voit le jour à Hampteau le 14 août 1794. Il est le quatrième enfant d’une fratrie qui en comptera neuf, né du mariage de Nicolas Isidore Motte (1756 – 1808), originaire de Mons, et de Marie Josèphe Martinquet (1769 – 1854). La famille est d’abord établie à Opheylissem, dans une maison qui se trouvait — ou se trouve peut-être encore — à l’emplacement de l’actuel n°21 de la rue Olivier Benne. Il s’agissait de la maison des parents d’Élisabeth Martinquet. C’est là que naissent les deux premiers enfants du couple Motte-Martinquet, dont Marie-Thérèse Motte (1791 – 1877), future épouse d’un autre ancien soldat de l’armée impériale, Jean Joseph Renquin. À partir de la naissance du troisième enfant, la famille s’installe à Hampteau. Leur domicile exact n’a pas pu être identifié, mais il est possible que Nicolas Isidore Motte, journalier de profession, ait été logé avec sa famille dans l’une des grandes exploitations agricoles du hameau.
Conscrit de la classe 1814, Pierre Joseph Motte entre en réalité dans l’armée impériale dès le 5 août 1813, à peine âgé de dix-neuf ans. Dans le registre militaire, il est décrit comme un jeune homme mesurant 1,66 mètre, au visage ovale, au front bas, aux yeux gris, au nez court, à la bouche moyenne, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils bruns.
Il est incorporé au 44e régiment d’infanterie de ligne et affecté au 3e bataillon, 4e compagnie, comme plusieurs autres jeunes hommes de l’actuelle commune d’Hélécine appelés par anticipation dans les derniers temps de l’Empire.
Son incorporation intervient dans un contexte de crise militaire majeure. Après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie de 1812, Napoléon reconstitue dans l’urgence ses armées afin de faire face à la Sixième Coalition. Comme beaucoup de jeunes conscrits de la classe 1814 appelés avant terme, Pierre Joseph rejoint une armée déjà engagée dans la campagne d’Allemagne de 1813. Le 44e régiment d’infanterie de ligne prend alors part aux opérations menées en Saxe et dans le nord de l’Allemagne, au sein d’une armée française qui tente de contenir l’avance des forces coalisées après les batailles de Lützen et de Bautzen, puis dans la phase décisive qui conduit à la défaite de Leipzig en octobre 1813.
À la suite du reflux général des troupes françaises, une partie du 44e régiment est enfermée dans la place forte de Hambourg, commandée par le maréchal Davout. La ville, transformée en vaste camp retranché, subit un long siège de la part des armées alliées. Les soldats de la garnison doivent y affronter un hiver particulièrement dur, marqué par le manque de vivres, l’humidité, le froid, la promiscuité et la propagation des maladies. Comme un autre conscrit hélécinois du même régiment, Louis Estienne, Pierre Joseph Motte ne survit pas à cette épreuve. Il meurt à l’hôpital de Hambourg le 22 mars 1814, emporté par la fièvre, à l’âge de dix-neuf ans. Son décès survient dans les derniers mois de l’Empire, au cours de l’un des sièges les plus éprouvants de la fin des guerres napoléoniennes. Il disparaît loin des siens, sans avoir eu le temps de revenir dans son village natal ni de fonder une famille.
La famille RENQUIN : deux frères sous les drapeaux de l’Empire
À la fin du XVIIIe siècle, la famille Renquin est déjà solidement implantée dans les villages de l’actuelle commune d’Hélécine. Pourtant, malgré l’importance numérique de cette famille, un seul ménage semble avoir été directement touché par la conscription napoléonienne — si l’on fait abstraction de la branche orthographiée *Renquet*.
Antoine Walter Renquin (1749-1823) et son épouse Anne Josèphe Cassart (1753-1828), originaire de Folx-les-Caves, résident à Hampteau dans une maison qui n’est autre que l’actuel n°14 de la rue Georges Dupont, alors connue sous le nom de « Chemin de devant la ferme Schoonaerts ».
Fait relativement inhabituel pour l’époque, le couple n’a que deux enfants : Charles et Jean Joseph. Tous deux seront appelés à servir dans l’armée impériale française.
Charles Renquin (1783-1836)
Charles, 26 ans, en 1809 à la bataille d’Abensberg en Alemagne
Charles Renquin naît à Hampteau le 3 juillet 1783 dans la maison familiale.
Il est incorporé dans l’armée impériale le 10 pluviôse an XII (31 janvier 1804), à l’âge de dix-neuf ans, comme conscrit de la classe de l’an XII. Affecté à la 25e demi-brigade d’infanterie de ligne, son premier passage sous les drapeaux est cependant extrêmement bref : il déserte trois jours seulement après son incorporation.
Dans une armée où la désertion est sévèrement punie, Charles disparaît ensuite des registres pendant plusieurs années. Tout porte à croire qu’il vit alors dans la clandestinité afin d’échapper aux autorités militaires.
Il réapparaît le 31 août 1808 lorsqu’il rejoint le 26e régiment d’infanterie de ligne. Son registre porte alors une mention particulièrement intéressante : il arrive « des ateliers de Napoléonville, gracié ».
Cette indication suggère qu’après plusieurs années de fuite, il fut soit arrêté, soit amené à se présenter volontairement aux autorités militaires, avant de bénéficier d’une mesure de grâce lui permettant de reprendre du service. Les ateliers de Napoléonville, établis dans la ville bretonne de Pontivy rebaptisée par Napoléon, accueillaient notamment des déserteurs repris, des réfractaires régularisés ou des militaires bénéficiant d’une mesure de clémence administrative avant leur réaffectation dans les corps de troupe.
Charles est d’abord affecté à la 1re compagnie du 9e bataillon, puis à la 4e compagnie du 7e bataillon. Il rejoint ainsi un régiment engagé au cœur des grandes campagnes napoléoniennes.
Durant l’année 1809, le 26e régiment participe à la campagne d’Allemagne contre l’Autriche. Charles prend vraisemblablement part aux opérations qui conduisent aux batailles d’Abensberg, d’Eckmühl, d’Essling et de Wagram. Sans qu’il soit possible d’affirmer sa présence lors de chacun de ces affrontements, il est certain qu’il sert dans un régiment fortement engagé durant cette campagne décisive.
Le 9 juillet 1809, il est transféré au 122e régiment d’infanterie de ligne. Quelques mois plus tard, son dossier mentionne une longue hospitalisation qui conduit à sa radiation des contrôles le 1er avril 1810.
Les circonstances exactes de cette hospitalisation demeurent inconnues. Elle pourrait être liée aux combats de la campagne de 1809, particulièrement meurtriers, ou à une maladie contractée au cours des marches et des opérations militaires. Quoi qu’il en soit, son état de santé paraît suffisamment sérieux pour l’éloigner durablement du service et mettre un terme définitif à sa carrière militaire.
Son parcours demeure ainsi l’un des plus singuliers parmi les conscrits hélécinois : déserteur en 1804, gracié et réintégré quatre ans plus tard, il sert ensuite dans les armées impériales avant qu’une longue hospitalisation ne l’écarte définitivement des rangs.
Dans les registres militaires, Charles est décrit comme un jeune homme de vingt-quatre ans mesurant 1,64 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils bruns, un visage ovale surmonté d’un front haut ainsi que des yeux gris. Ses traits sont caractérisés par un nez court, une bouche moyenne et un menton rond.
Extrait du registre de la 25e demi-brigade
Extrait du registre du 26e régiment
Extrait du registre du 122e régiment
De retour en Hesbaye brabançonne, il rejoint probablement le foyer parental avant d’épouser à Noduwez, le 15 février 1811, Marie Jacobine Belleau (1783-1843). Le couple s’installe d’abord à Oplinter entre 1811 et 1814, où naissent leurs deux premiers enfants. La famille réside ensuite à Opheylissem de 1815 à 1818, où viennent au monde deux autres fils, avant de s’établir définitivement à Kerkom. C’est là que naissent leurs quatre derniers enfants et que le couple termine son existence.
Charles Renquin décède à Kerkom le 22 septembre 1836, à l’âge de cinquante-six ans.
Sa descendance est toujours représentée aujourd’hui. Une branche familiale s’est même établie aux États-Unis à la suite de l’émigration en Californie de son avant-dernier fils, Pierre Louis Renquin (*Petrus Ludovicus Reinquin*, 1823-1897), à la fin des années 1850, dans le contexte de famine qui frapp alors la Belgique suite à la crise de la pomme de terre.
Jean Joseph Renquin (1787-1875)
Jean Joseph, 21 ans, blessé à la bataille d’Essling en Allemagne , 1809
Jean Joseph Renquin naît à Hampteau le 13 octobre 1787 dans la même maison familiale.
Il est incorporé dans l’armée impériale le 18 février 1807, à l’âge de dix-neuf ans, comme conscrit de la classe 1807. Affecté comme fusilier à la 6e compagnie du 3e bataillon du 8e régiment d’infanterie de ligne, il rejoint la Grande Armée alors que celle-ci termine la campagne de Pologne contre les forces russes et prussiennes.
Au cours des années suivantes, il sert dans un régiment engagé dans plusieurs campagnes majeures de l’Empire, notamment lors de la guerre de la Cinquième Coalition contre l’Autriche en 1809.
Son registre militaire mentionne qu’il est blessé à l’épaule droite lors de l’« affaire d’Hesling » le 2 mai 1809. Cette dénomination correspond très probablement à l’une des grandes batailles de la campagne d’Autriche. Il pourrait s’agir d’une déformation du nom d’Ebersberg, mais l’hypothèse la plus vraisemblable demeure la bataille d’Essling des 21 et 22 mai 1809, dont le nom apparaît fréquemment sous des orthographes approximatives dans les documents militaires de l’époque.
Essling constitue l’un des affrontements les plus sanglants de la campagne. Les troupes françaises y subissent de lourdes pertes lors de leur tentative de franchissement du Danube face à l’armée de l’archiduc Charles.
La blessure reçue par Jean Joseph semble avoir été suffisamment grave pour compromettre durablement son aptitude au service. Le 30 septembre 1809, quelques mois seulement après les combats, il est mis à la retraite.
Sa carrière militaire, relativement courte, l’a néanmoins conduit au cœur de l’une des grandes campagnes du règne de Napoléon.
Les registres le décrivent comme un jeune homme de vingt-et-un ans mesurant 1,64 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d’un front plat ainsi que des yeux gris. Ses traits se distinguent par un nez moyen, une grande bouche et un menton rond. Aucune marque particulière n’est signalée.
De retour à Hampteau, Jean Joseph reprend progressivement la maison familiale, dont il hérite après le décès de ses parents. Le 11 septembre 1811, il épouse à Opheylissem Marie Thérèse Motte.
Son habitation devient par la suite un cabaret, activité fréquemment exercée en complément de l’agriculture dans les villages de la région.
Le couple donne naissance à six enfants. Leur descendance est particulièrement importante et se retrouve dans de nombreuses familles d’Opheylissem. Parmi celles-ci figurent notamment les habitants de la maison connue sous le nom d’« Amon Tournemenne », ainsi qu’Anathalie Renquin, épouse d’Auguste Minsart, fondateur du garage du même nom.
Comme de nombreux anciens soldats de l’Empire encore en vie sous le Second Empire, Jean Joseph reçoit en 1857 la médaille de Sainte-Hélène créée par Napoléon III pour honorer les vétérans des campagnes napoléoniennes.
Il s’éteint à Opheylissem (Hampteau) le 22 février 1875, à l’âge remarquable de quatre-vingt-sept ans.
Ainsi, alors que les deux frères Renquin connurent des destins militaires très différents — l’un marqué par la désertion puis la grâce impériale, l’autre par une blessure reçue au combat — tous deux survécurent aux guerres napoléoniennes et laissèrent une descendance qui demeure aujourd’hui bien présente dans la région.
Mathieu THEUNIS (1783-1810)
Mathieu lors de la guerre d'Espage en 1809
Mathieu Theunis naît à Hampteau le 2 novembre 1783. Il est le cinquième enfant d’une fratrie de six issue du couple formé par René — ou Régner — Theunis (1742 – 1818), menuisier, et Marie Anne Delibe (1739 – 1814). La localisation exacte de la maison familiale n’a pas pu être établie avec certitude. Plusieurs indices invitent toutefois à la situer dans le quartier correspondant à la jonction des actuelles rues Georges Dupont et du Maréchal. René Theunis est en effet originaire de Neerheylissem, tandis que la famille Delibe possède plusieurs terrains dans ce secteur. Une autre hypothèse mérite également d’être envisagée : celle d’un lien professionnel avec la ferme Schoonaerts, principale exploitation de Hampteau, où René aurait pu exercer comme menuisier attitré et résider avec sa famille. En l’état actuel des sources, aucune de ces pistes ne peut cependant être définitivement privilégiée.
Mathieu est conscrit de l’an XIII et entre dans l’armée impériale le 26 prairial an XIII, soit le 15 juin 1805, à l’âge de vingt-et-un ans. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,66 mètre, au visage ovale, au front haut, aux yeux bruns, au nez retroussé, à la grande bouche, au menton rond, avec des cheveux et sourcils châtains.
Il est incorporé au 7e régiment d’infanterie de ligne. Il sert d’abord au 2e bataillon, 1re compagnie, puis est ensuite versé, au sein du même bataillon, à la 4e compagnie. Son entrée sous les drapeaux intervient au moment où la Grande Armée se prépare à affronter la Troisième Coalition, formée contre Napoléon par l’Autriche, la Russie, la Grande-Bretagne et plusieurs autres puissances européennes.
Le 7e régiment d’infanterie de ligne participe alors aux grandes campagnes qui portent l’Empire à son apogée. Au moment de l’incorporation de Mathieu, le régiment prend part à la campagne de 1805 en Allemagne et en Autriche, celle qui conduit à la capitulation de l’armée autrichienne à Ulm puis à la victoire décisive d’Austerlitz le 2 décembre 1805. Sans qu’il soit toujours possible de suivre au jour près le parcours individuel de chaque soldat, il est certain que Mathieu sert alors dans un régiment engagé au cœur de cette vaste offensive qui assure à Napoléon la domination sur l’Europe centrale.
Les années suivantes prolongent cet engagement dans les principales guerres de l’Empire. En 1806 et 1807, le 7e de ligne est entraîné dans les campagnes de Prusse et de Pologne contre les armées de la Quatrième Coalition. Comme l’ensemble de la Grande Armée, il connaît alors les longues marches à travers l’Allemagne puis les conditions particulièrement éprouvantes de la campagne d’hiver en Pologne : boue, froid, fatigue, difficultés de ravitaillement et multiplication des maladies. Le régiment prend part aux opérations qui jalonnent cette période, dans un contexte de guerre presque continue où les soldats de ligne alternent combats, marches, bivouacs et séjours dans les garnisons ou les dépôts.
Après ces campagnes d’Europe centrale, le 7e régiment d’infanterie de ligne est envoyé dans la péninsule Ibérique, théâtre d’un conflit d’une tout autre nature. À partir de 1808, la guerre d’Espagne devient l’un des principaux gouffres humains de l’Empire. Les régiments français y sont confrontés non seulement aux armées régulières espagnoles et britanniques, mais aussi à une guérilla diffuse, à un terrain difficile, à des déplacements incessants et à des conditions sanitaires souvent désastreuses. C’est dans ce cadre que s’inscrit la dernière phase de la carrière militaire de Mathieu Theunis.
En 1809 et au début de 1810, le nord-est de la Catalogne constitue l’un des secteurs actifs de la guerre. Figueres, ville stratégique proche de la frontière française, joue alors un rôle important dans le dispositif militaire impérial. C’est là, ou du moins dans son hôpital militaire si l’identification du lieu est correcte, que Mathieu termine son parcours. Après près de cinq années passées sous les drapeaux, il meurt le 28 février 1810 à l’hôpital de Figueres, en Espagne des suites d’une fièvre.
Cette mention de fièvre rappelle combien, dans les armées napoléoniennes, les maladies tuent souvent autant sinon davantage que les combats. Les longues marches, l’épuisement, l’insalubrité des cantonnements, la mauvaise alimentation, la promiscuité et les conditions climatiques favorisent la propagation d’affections parfois mortelles, en particulier dans le contexte espagnol. Pour Mathieu Theunis, comme pour tant d’autres soldats du rang, la carrière impériale ne s’achève donc pas sur un champ de bataille, mais dans un hôpital militaire, loin de son village natal.
Il disparaît ainsi à vingt-six ans, après presque cinq années de service au sein de l’armée impériale. Son destin illustre le parcours de ces jeunes hommes d’Hélécine emportés dans les grandes campagnes napoléoniennes, dont les vies se trouvent happées par un conflit continental qui les mène, en quelques années, des villages de la Hesbaye aux champs de bataille d’Europe centrale puis jusqu’aux hôpitaux de la péninsule Ibérique. Sans laisser de descendance, Mathieu Theunis ne transmit pas lui-même la lignée des Theunis de Hampteau. Celle-ci se poursuivit toutefois par ses frères et sœurs, notamment par sa sœur cadette Marie Anne Theunis, qui épousa un autre ancien soldat de l’armée impériale, Michel Dessart.