Pierre BRIAMONT (1792-1864)
Pierre Briamont voit le jour à Gossoncourt le 26 mai 1792. Il est le fils naturel de Marie Gertrude Briamont (1761-1809) ; le nom de son père n’est pas connu. Les sources actuellement disponibles ne permettent pas de préciser avec certitude dans quel cadre il passe son enfance, mais il appartient manifestement à ce milieu modeste de journaliers et de domestiques agricoles qui forme alors une part importante de la population rurale de la Hesbaye.
La trace de Pierre Briamont dans l’armée impériale n’a pas été retrouvée par son registre matricule ou son contrôle de troupe, mais par l’obtention, en 1858, de la médaille de Sainte-Hélène. Cette distinction, créée l’année précédente par Napoléon III, était réservée aux anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815. Son attribution à Pierre prouve donc qu’il a bien porté les armes sous l’Empire, même si les détails de son parcours militaire nous échappent encore.
Compte tenu de son année de naissance, il est probable qu’il ait été concerné par la conscription des classes 1811 ou 1812, c’est-à-dire au moment où l’Empire mobilise massivement de nouveaux effectifs pour soutenir la guerre d’Espagne et préparer la campagne de Russie. S’il fut incorporé à cette époque, Pierre Briamont aurait rejoint une armée déjà engagée sur plusieurs fronts à la fois, dans un contexte d’usure croissante des effectifs. Comme beaucoup de jeunes conscrits issus des départements belges, il a pu être versé dans un régiment d’infanterie de ligne servant soit dans la péninsule Ibérique, soit dans les garnisons de l’intérieur de l’Empire, soit encore dans les grandes armées appelées à combattre en Allemagne ou en Europe orientale.
L’indication selon laquelle il aurait été démobilisé en l’an 1813 s’accorde assez bien avec cette hypothèse. Plusieurs scénarios sont envisageables. Pierre a pu être renvoyé du service pour raisons de santé, à la suite d’une blessure ou d’une maladie contractée durant la campagne ; il a également pu être affecté à un dépôt ou à un bataillon de marche sans rejoindre durablement le front, avant d’être licencié ou réformé. Enfin, dans le contexte troublé des années 1813-1814, il n’est pas impossible qu’il ait été renvoyé dans ses foyers lors des réorganisations successives qui touchent alors les régiments impériaux. En l’absence de dossier militaire complet, il convient toutefois de rester prudent : la médaille de Sainte-Hélène atteste son service, mais ne permet pas, à elle seule, d’en reconstituer avec certitude les étapes.
Quoi qu’il en soit, Pierre Briamont est de retour dans le Brabant au plus tard en 1815. Cette année-là, il épouse à Neerheylissem Thérèse Renquet (1782-1831). Il est alors domestique de ferme ou journalier, travaillant vraisemblablement dans l’une des grandes censes des environs, peut-être « Amon Bousmane » ou « Amon Bert », où la main-d’œuvre agricole salariée reste nombreuse au début du XIXe siècle.
À partir d’environ 1818, le couple s’établit à Neerheylissem rue Carlé, l’actuelle rue du Pont Neuf, dans une maison aujourd’hui disparue qui se situait approximativement sur la partie droite de la propriété de l’actuel n°34. Trois enfants naissent de cette première union avant le décès de Thérèse en 1831.
Pierre se remarie à Neerheylissem en 1833 avec Marie Jeanne Corthouts (1795-1864). Un fils naît de ce second mariage : Félix Briamont, qui deviendra maçon dans le village et reprendra la maison familiale après la mort de son père.
En 1857, Pierre Briamont reçoit officiellement la médaille de Sainte-Hélène, reconnaissance tardive mais précieuse de son passage sous les drapeaux de l’Empire. Il s’éteint quelques années plus tard, le 9 septembre 1864, à Neerheylissem, à l’âge de septante-deux ans.
La postérité de Pierre Briamont passe essentiellement par les deux filles issues de son premier mariage, Jeanne et Barbe, seules à laisser une descendance. La branche la plus importante est celle de Jeanne Briamont (1818-1876), qui épouse Henri Joseph Theunis (1817-1892). Le couple donne naissance à sept enfants.
Comme bien d’autres familles de la région, Jeanne et Henri Joseph subissent de plein fouet les conséquences de la crise du mildiou et de la misère rurale qui frappe les campagnes belges au milieu du XIXe siècle. En 1856, ils quittent l’Europe pour émigrer aux États-Unis et s’installent dans le Wisconsin. Leurs trois derniers enfants y naissent, et leur descendance s’y est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Au fil du temps, le patronyme Theunis y évolue d’ailleurs en Tennis, sous lequel cette branche familiale est encore connue outre-Atlantique.
Le parcours de Pierre Briamont demeure en partie énigmatique en raison de la disparition de son dossier militaire. Pourtant, sa médaille de Sainte-Hélène, sa modeste vie de journalier à Neerheylissem et la destinée américaine d’une partie de sa descendance suffisent à faire de lui une figure singulière parmi les anciens soldats de l’Empire liés à Hélécine.
Libert CLAES (1789-1810)
Libert, 20 ans, campagne d'Allemagne de 1810
Libert Claes naît à Neerheylissem le 3 septembre 1789. Il est le huitième enfant et le sixième fils de Jean Aymerick Claes (1751-1805) et de Marie Philippine Martinquet (1749-1828).
Malgré l'importance déjà acquise par la famille Claes à Neerheylissem à la fin du XVIIIe siècle, Libert est, à ce jour, le seul membre de cette famille identifié dans les registres des conscrits. Il voit le jour dans la ferme de ses parents, une exploitation relativement importante établie sur une propriété dépendant de la cense de Flône, également appelée cense de Crimont. Aujourd'hui disparue à la suite des nombreuses modifications apportées au tracé de la rue de Flône, cette ferme se situait approximativement en face de l'actuel n°12 de la rue. Bien qu'importante, l'exploitation reste dépendante de la cense de Flône/Crimont, dont le propriétaire est, à partir de 1793, Robert Lowet.
Bien qu'il appartienne à la conscription de l'an 1809, Libert Claes rejoint l'armée impériale avant même d'avoir atteint l'âge de dix-neuf ans. Il est incorporé le 11 juin 1808 au 112e régiment d'infanterie de ligne.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,66 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage rond surmonté d'un front bas et des yeux bruns. Ses traits sont caractérisés par un petit nez, une petite bouche et un menton rond. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
À son incorporation, Libert sert au sein du 3e bataillon, 6e compagnie, du 112e régiment d'infanterie de ligne. À cette époque, son unité participe au vaste effort militaire de l'Empire napoléonien, principalement lié à la guerre d'Espagne, mais également à la mise en place et à la stabilisation des régiments dans les territoires annexés. Comme de nombreux fantassins de ligne, son service est probablement rythmé par les marches, les transferts de bataillons et les périodes de garnison, notamment dans les départements belges et rhénans. Ces unités remplissent alors à la fois des missions militaires, de maintien de l'ordre et de sécurisation des voies de communication stratégiques.
En 1809, Libert Claes est transféré du 3e bataillon, 6e compagnie, au 1er bataillon, 4e compagnie. Ce changement s'inscrit dans les réorganisations fréquentes que connaissent les régiments fortement sollicités par les campagnes militaires. Le parcours du 112e régiment durant cette période se déroule dans un contexte de guerre prolongée, marqué autant par les opérations militaires que par les difficultés logistiques, les longues marches et les problèmes sanitaires qui frappent régulièrement les armées impériales.
En 1810, Libert Claes décède à l'hôpital de Graesz, vraisemblablement un hôpital de dépôt situé dans une région rhénane ou en Allemagne occidentale. Il succombe à une fièvre, cause de mortalité particulièrement fréquente dans les armées napoléoniennes, où les maladies emportent souvent davantage d'hommes que les combats eux-mêmes. Les conditions d'hygiène précaires et les épidémies qui touchent régulièrement les établissements militaires expliquent en grande partie cette surmortalité.
Libert Claes meurt loin de sa famille et ne laisse aucune descendance.
Louis ESTIENNE (1794-1814)
Louis, 19 ans, lors du siège d'Hambourg en 1813.
Louis Estienne naît à Neerheylissem, rue de l'Enfer, le 4 octobre 1794. Il est le huitième enfant et le troisième fils de Joseph Estienne (1744-1802), originaire d'Ezemaal, et de Marie Barbe Berwaer (1754-1832). La famille réside alors dans une maison située à l'emplacement de l'actuel n°8 de la rue de la Station.
Bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814, Louis rejoint l'armée impériale dès le 5 avril 1813, à l'âge de dix-huit ans. Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,61 mètre. Il présente un visage ovale surmonté d'un front bas et un menton rond. Ses cheveux et ses sourcils sont châtains clairs, tandis que ses yeux sont gris. Il possède un gros nez et une grande bouche. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
Louis Estienne est affecté au 44e régiment d'infanterie de ligne, au sein de la 4e compagnie du 3e bataillon. Son incorporation intervient dans le contexte de la reconstitution précipitée des armées françaises après les pertes considérables subies lors de la campagne de Russie de 1812. Comme de nombreux jeunes hommes appelés par anticipation, il rejoint une armée engagée dans la lutte contre la Sixième Coalition, qui rassemble notamment la Russie, la Prusse, l'Autriche et la Suède contre Napoléon.
Envoyé en Allemagne avec son régiment, il participe vraisemblablement aux opérations de la campagne de 1813 qui suivent les grandes batailles de Lützen, Bautzen, Dresde et Leipzig. Après la retraite française, une partie du 44e régiment est enfermée dans la place forte de Hambourg, défendue par le maréchal Davout. La garnison y subit un long blocus et doit faire face à des conditions de vie particulièrement éprouvantes durant l'hiver 1813-1814.
C'est dans ce contexte que Louis Estienne décède le 16 février 1814, à l'âge de dix-neuf ans. Son acte militaire indique qu'il meurt « à l'ambulance » de Hambourg, terme qui désigne alors un hôpital militaire de campagne ou de garnison. Comme pour de nombreux soldats de cette époque, il est probable qu'il ait davantage succombé aux privations, à l'épuisement ou à la maladie qu'aux combats eux-mêmes.
Sa disparition survient au cours des derniers mois de l'Empire napoléonien, alors que les armées françaises reculent sur tous les fronts. Louis Estienne ne laisse aucune descendance connue.
Jean Thomas GOYENS (1793-1836)
Jean Thomas, 19ans, lors des déplacements de son régiment en Allemagne, 1813.
Jean Thomas Goyens naît à Neerheylissem le 26 décembre 1793. Il est le sixième fils d'une fratrie de sept enfants, bien que deux de ses frères soient décédés en bas âge. Il est le fils de François Goyens (1749-1829) et de Catherine Logist (1749-1826).
La famille habite alors une maison située rue de l'Enfer. Aujourd'hui disparue, cette habitation se trouvait sur le terrain correspondant à l'actuel n°64 de la rue de la Station.
À l'âge de dix-neuf ans, Jean Thomas est incorporé dans l'armée impériale le 11 novembre 1813 au sein du 21e régiment d'infanterie de ligne, comme plusieurs autres jeunes hommes originaires de l'actuelle commune d'Hélécine appelés au cours des derniers mois de l'Empire.
Son signalement militaire le décrit comme un jeune homme âgé de dix-neuf ans mesurant 1,68 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils bruns, un visage rond surmonté d'un front rond ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un nez aquilin, une bouche de taille moyenne et un menton rond. Le registre précise qu'il ne présente aucune marque particulière.
Son incorporation intervient alors que l'Empire traverse l'une des périodes les plus critiques de son histoire. À la suite des défaites de 1813, les armées françaises se replient progressivement vers le territoire national dans un contexte de désorganisation croissante, d'épuisement des troupes et de pertes considérables. Le 21e régiment d'infanterie de ligne participe à ce mouvement général de retraite, tandis que les nouvelles recrues sont rapidement intégrées aux unités afin de combler les vides laissés par les campagnes précédentes.
Confronté à cette situation particulièrement difficile, Jean Thomas Goyens déserte son unité le 18 janvier 1814, après seulement quelques mois de service. Comme pour de nombreux conscrits incorporés à la fin de l'Empire, cette décision s'explique probablement par les conditions extrêmement éprouvantes de la campagne, l'incertitude de l'avenir militaire et la volonté de regagner son foyer.
Il est plus que probable qu'il soit alors retourné à Neerheylissem. Deux ans plus tard, en 1816, il épouse à Overwinden Jeanne Christine Laudes (1773-1825) et s'établit dans cette localité. Après le décès de sa première épouse, il contracte un second mariage en 1825, toujours à Overwinden, avec Gertrude Haenen (1782-1872).
Jean Thomas Goyens passe le reste de son existence à Overwinden. Il y décède le 29 août 1836, à l'âge de quarante-deux ans. Aucun enfant issu de ses deux unions n'a pu être identifié et il ne laisse pas de descendance connue.
Joseph GUILLAUME (1786-1866)
Joseph, 19 ans, durant la campagne de Pologne 1806-07
Joseph Guillaume naît à Neerheylissem le 23 juillet 1786. Il est l'aîné d'une famille de dix enfants issue de l'union de Denis Joseph Guillaume (1754-1804), originaire de Jodoigne-Souveraine, et de Barbe Luquin (1759-1812).
L'emplacement exact de la maison familiale n'a pas pu être déterminé avec certitude. Deux hypothèses sont envisageables. La famille aurait pu résider dans une habitation aujourd'hui disparue qui se trouvait à cheval sur les actuels nos 27 et 29 de la rue des Juifs. Il est également possible qu'elle ait été logée comme main-d'œuvre au sein d'une exploitation agricole de la localité.
Joseph Guillaume est incorporé dans l'armée impériale française le 21 octobre 1806 comme conscrit de la classe de 1806. Âgé de vingt ans, il est affecté comme fusilier à la 5e compagnie du 2e bataillon du 58e régiment d'infanterie de ligne.
Son incorporation intervient au début de la campagne menée contre la Quatrième Coalition, qui oppose alors la France napoléonienne à la Prusse, à la Russie et à leurs alliés. Au cours des mois qui suivent, son régiment participe aux opérations militaires en Allemagne puis en Pologne. Comme de nombreux soldats de la Grande Armée, Joseph doit affronter des conditions particulièrement éprouvantes, marquées par de longues marches, le froid, l'humidité et des difficultés chroniques de ravitaillement.
Son signalement militaire décrit un jeune homme âgé de vingt ans mesurant 1,67 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils bruns, un visage ovale surmonté d'un front plat ainsi que des yeux gris. Ses traits sont caractérisés par un gros nez, une grande bouche et un menton relevé. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
Le 26 mars 1807, après seulement cinq mois de service, Joseph Guillaume est admis à l'hôpital militaire pour une affection dont la nature n'est pas précisée dans les registres. Son hospitalisation se prolonge durant plus de six mois, jusqu'à sa radiation des contrôles du régiment le 30 septembre 1807.
Compte tenu de son affectation au 58e régiment d'infanterie de ligne, il est probable qu'il ait participé aux opérations de la campagne de Pologne de l'hiver 1806-1807, notamment aux mouvements qui précédèrent ou suivirent les batailles d'Eylau et de Braunsberg, où son régiment fut engagé. Les conditions climatiques particulièrement rigoureuses de cette campagne provoquèrent d'importantes pertes dues aux maladies, aux gelures et à l'épuisement, souvent supérieures à celles causées directement par les combats. Il est donc plausible que Joseph ait été blessé ou, plus vraisemblablement, qu'il ait contracté une maladie grave durant cette période, expliquant sa longue hospitalisation et son retrait définitif du service actif.
Sa carrière militaire se limite ainsi à moins d'une année, interrompue par les conséquences d'une des campagnes les plus éprouvantes du Premier Empire.
Après son départ de l'armée, il semble être revenu dans sa région natale. Il est probable qu'il ait alors rejoint son frère Libert Guillaume à Ardevoor, où celui-ci habite dans une maison située entre les actuels nos 67 et 69 de la rue d'Ardevoor.
En 1815, Joseph épouse à Laar Ida Vangramberen (1786-1833). De cette union naît un fils unique, Livin Guillaume (1816-1900), dont la descendance est toujours représentée aujourd'hui.
À la suite du décès de sa première épouse, Joseph se remarie en 1834 avec Angéline Boffin (1800-1871). Aucun enfant ne naît de cette seconde union.
Joseph Guillaume passe le reste de son existence à Laar, où il décède en 1866 à l'âge de quatre-vingts ans. Contrairement à de nombreux anciens conscrits dont la vie fut écourtée par les guerres napoléoniennes, il connaît une longue vieillesse et laisse derrière lui une descendance qui perdure encore de nos jours.
Jean François LALLEMAND (1791-1862)
Jean François, 20 ans, lors de la retrait d'Espagne fin 2011
Jean François Lallemand naît à Neerheylissem le 3 février 1791. Il est l'aîné d'une fratrie de six enfants issue de l'union de Jean Martin Lallemand (1762-1845) et de Catherine Mierdoz (1767-1806).
La famille réside alors dans une maison située à l'emplacement de l'actuel n°35 de la rue Saint-Job, propriété qui restera longtemps associée à la famille Lallemand.
Conscrit de la classe de 1811, Jean François rejoint l'armée impériale le 6 mai 1811. Il est affecté au dépôt du 14e régiment d'infanterie de ligne, alors engagé dans la guerre d'Espagne, l'un des conflits les plus longs et les plus éprouvants de l'époque napoléonienne. Le régiment participe alors aux opérations menées en Catalogne et dans le nord-est de la péninsule Ibérique, notamment autour de Tortose et de Tarragone, dans le cadre des campagnes conduites contre les armées espagnoles et britanniques.
Les registres militaires décrivent Jean François comme un jeune homme mesurant 1,54 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d'un front haut ainsi que des yeux bruns. Ses traits sont caractérisés par un nez aquilin, une grande bouche et un menton à fossette.
Son passage par le dépôt du 14e régiment laisse penser qu'il est en cours d'instruction ou destiné à renforcer les bataillons engagés en campagne. À cette époque, les dépôts jouent un rôle essentiel dans la formation des recrues, l'organisation des renforts et le remplacement des pertes subies par les unités combattantes. Les besoins en hommes sont particulièrement importants en Espagne, où les combats, les maladies et les longues marches entraînent une usure constante des effectifs.
Toutefois, sa carrière militaire est de très courte durée. Le 1er décembre 1811, moins de sept mois après son incorporation, Jean François est congédié par réforme. Les documents conservés ne précisent pas le motif exact de cette décision, mais une réforme implique généralement un état de santé ou une incapacité physique jugés incompatibles avec le service militaire.
De retour à Neerheylissem, il retrouve la maison familiale de la rue Saint-Job. En 1816, il épouse Florence Muls (1795-1866). De cette union naîtront quatorze enfants, faisant de Jean François l'un des ancêtres les plus prolifiques de la région.
À la mort de ses parents, le couple reprend la propriété familiale située à l'actuel n°35 de la rue Saint-Job. Les registres le mentionnent comme cultivateur, profession qu'il exerce durant l'essentiel de sa vie.
Bien que son passage sous les drapeaux ait été particulièrement bref, il reste attaché au souvenir de son service dans les armées napoléoniennes. En 1857, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée par l'empereur Napoléon III pour honorer les anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815.
Jean François Lallemand s'éteint à Neerheylissem le 26 août 1862, à l'âge de soixante et un ans.
Par l'intermédiaire de dix de ses quatorze enfants ayant laissé une descendance, sa lignée s'est largement développée au fil des générations. Aujourd'hui encore, de nombreuses familles hélécinoises comptent Jean François Lallemand parmi leurs ancêtres.
Jean François VANDENBOSCH (1794-1851)
Jean François à l'été 1813, durant la bataille de Dresde.
Jean François Vandenbosch voit le jour à Neerheylissem le 16 novembre 1794. Il est le deuxième enfant d’une fratrie de sept, mais en devient l’aîné effectif puisque son frère né avant lui ne survit que trois jours. Ses parents sont Michel Vandenbosch (1761 – 1813) et Henriette Raussens (1763 – 1816).
La famille habite dans une maison située à l’emplacement de l’actuel n°110 de la rue des Charrons. Le bâtiment a bien entendu été remanié depuis, mais la construction actuelle conserve encore quelques éléments remontant à cette époque, notamment le petit bâtiment situé à droite à l’entrée de la propriété. C’est là que grandit Jean François, dans ce noyau ancien du village de Neerheylissem.
Jean François apparaît comme conscrit de l’an 1814, mais c’est en réalité dès le 9 avril 1813, à l’âge de dix-huit ans et demi, qu’il rejoint l’armée impériale, comme plusieurs autres jeunes hommes des villages de l’actuelle commune d’Hélécine appelés de manière anticipée. Il est versé au 44e régiment d’infanterie de ligne, dans le 3e bataillon, 4e compagnie.
Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,61 mètre. Il possède un visage ovale, un front bas, des yeux bleus, un nez aquilin, une bouche moyenne, un menton rond, ainsi que des cheveux et des sourcils châtains.
Son incorporation intervient dans un moment critique de l’histoire de l’Empire. Après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie en 1812, Napoléon doit reconstituer dans l’urgence ses effectifs pour faire face à la Sixième Coalition. Le 44e régiment d’infanterie de ligne est alors engagé dans cette vaste remise sur pied de l’armée française, et les jeunes conscrits de 1813 sont rapidement envoyés vers les dépôts, puis vers les unités appelées à prendre part à la campagne d’Allemagne.
Jean François rejoint ainsi un régiment qui participe vraisemblablement aux opérations de 1813, au cours desquelles l’armée impériale affronte successivement les forces coalisées en Saxe et en Allemagne centrale. Le 44e régiment est engagé dans cette phase décisive de la guerre, marquée par les batailles de Lützen, Bautzen, Dresde puis, à l’automne, par l’effondrement progressif du dispositif napoléonien après Leipzig. Comme beaucoup de jeunes recrues de son âge, Jean François est donc entraîné dans une campagne d’une grande dureté, faite de marches, de transferts incessants, de fatigues et de pertes croissantes.
Après la retraite de l’armée française, une partie du 44e régiment se retrouve enfermée dans la place forte de Hambourg, défendue par le maréchal Davout. La garnison y subit un long blocus durant l’hiver 1813-1814, dans des conditions particulièrement pénibles. Sans qu’il soit possible de suivre au jour le jour le parcours individuel de Jean François au sein du régiment, il est très probable qu’il ait partagé, au moins en partie, le sort de ces soldats du 44e de ligne engagés dans les derniers mois de résistance de l’Empire.
Sa carrière militaire prend fin le 21 juin 1814, date à laquelle il est congédié « comme étranger ». Cette mention est caractéristique du contexte qui suit la première chute de Napoléon et la Première Restauration. Les soldats originaires des départements annexés, notamment ceux nés dans les anciens Pays-Bas autrichiens, cessent alors progressivement d’être considérés comme sujets français. Beaucoup sont licenciés et renvoyés dans leur région d’origine. Pour Jean François Vandenbosch, cette décision met un terme à un service relativement bref, accompli dans les derniers mois de l’Empire.
De retour à Neerheylissem, il regagne la maison familiale de la rue des Charrons. En 1817, il y épouse Marie Anne Vandiest (1798 – 1876), sœur cadette de Jean Stéphane Vandiest, un autre conscrit hélécinois qui, lui, n’eut pas la chance de revenir au pays suite à son décès sous les drapeaux en 1813.
Le couple Vandenbosch-Vandiest aura dix enfants. Tous naîtront dans la maison familiale de la rue des Charrons, reprise par Jean François et son épouse après le décès des parents de celui-ci. Cette demeure devient ainsi le centre d’une importante lignée locale au cours de la première moitié du XIXe siècle.
Jean François travaille toute sa vie comme cultivateur. Après le bref épisode militaire imposé par la conscription impériale, il reprend donc une existence enracinée dans le terroir de Neerheylissem, au rythme du travail agricole et de la vie familiale.
Il décède le 23 août 1851, à l’âge de cinquante-six ans. Sa descendance s’est largement perpétuée : six de ses enfants ont eux-mêmes laissé postérité, donnant naissance à plusieurs branches familiales, dont l’une ira s’établir à Anvers. Par son mariage avec Marie Anne Vandiest, Jean François Vandenbosch relie en outre deux familles de Neerheylissem marquées, chacune à sa manière, par l’épisode de la conscription impériale.
Jean Stéphane VANDIEST (1794-1813)
Jean Stéphane, 1813, à l'hôpital de l'Hôtel Dieu de Valenciennes
Jean Stéphane Vandiest naît à Neerheylissem le 26 décembre 1794. Il est très probablement venu au monde dans l’une des grandes censes situées aux abords de l’actuelle rue des Charrons ou de la rue de Flône, où travaillent et résident ses parents, Jean Baptiste Vandiest (1763 – v. 1799) et Marie Thérèse Gilson (1769 – 1844).
La famille est de petite taille, fait relativement peu courant pour l’époque. La fratrie se limite en effet à Jean Stéphane et à sa sœur Marie Anne Vandiest (1798 – 1876), qui épousera plus tard un autre ancien soldat de l’armée impériale, Jean François Vandenbosch.
Jean Stéphane Vandiest est incorporé dans l’armée impériale française le 9 avril 1813. Bien qu’il soit enregistré comme conscrit de la classe 1814, il rejoint les rangs à l’âge de dix-neuf ans dans le cadre des levées anticipées décidées après les pertes considérables de la campagne de Russie. Cette date du 9 avril 1813 correspond d’ailleurs, pour les villages de l’actuelle commune d’Hélécine, à l’un des plus importants départs collectifs de jeunes hommes vers l’armée impériale.
Dans le registre militaire, Jean Stéphane est décrit comme un jeune homme de dix-neuf ans mesurant 1,64 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains clairs, un visage plein surmonté d’un front bas ainsi que des yeux gris. Ses traits se caractérisent par un gros nez, une bouche moyenne et un menton rond. Aucune marque particulière n’est signalée.
Il est affecté au 44e régiment d’infanterie de ligne, au sein de la 4e compagnie du 3e bataillon. Son incorporation intervient à un moment où Napoléon s’efforce de reconstituer dans l’urgence ses armées après l’effondrement de la Grande Armée en Russie. Comme beaucoup de jeunes conscrits appelés par anticipation, Jean Stéphane rejoint donc une armée en pleine préparation pour la campagne d’Allemagne de 1813, au cours de laquelle l’Empire tente de reprendre l’initiative face à la Sixième Coalition.
Son service militaire est toutefois d’une extrême brièveté. Au cours des premières semaines qui suivent son incorporation, il contracte une affection qui évolue en péripneumonie, terme médical employé à l’époque pour désigner une inflammation grave des poumons, souvent apparentée à une pneumonie sévère. Les maladies infectieuses font alors des ravages dans les armées napoléoniennes, favorisées par la promiscuité des casernements, les marches, l’épuisement et la faiblesse des conditions d’hygiène.
Transporté à l’Hôtel-Dieu de Valenciennes, l’un des grands hôpitaux militaires de la région, Jean Stéphane Vandiest y meurt le 8 juillet 1813, moins de trois mois après son incorporation. Il n’a pas encore atteint l’âge de vingt ans.
Son destin illustre avec force la réalité de la conscription sous l’Empire : celle de jeunes hommes parfois emportés par la maladie avant même d’avoir pu participer pleinement aux campagnes pour lesquelles ils avaient été mobilisés. Pour Jean Stéphane, l’armée impériale ne fut qu’un très bref épisode, interrompu presque aussitôt qu’il avait commencé, loin de son village natal et de sa famille.
Joseph VRANCKEN (1782 – ?)
Joseph, 22 ans, représentation hypothétique de sa désertion en 1804.
Joseph Vrancken naît à Neerheylissem le 6 octobre 1782. Il est le quatrième fils d’Henry Vrancken (1739 – 1799), originaire de Berloz, et le troisième enfant issu du second mariage de ce dernier avec Anne Barbe Mathé (1756 – 1797). La maison familiale dans laquelle il voit le jour n’a pas pu être identifiée avec certitude. Tout porte toutefois à croire qu’elle se situait dans le premier segment de la rue de l’Enfer — l’actuelle rue de la Station — où l’on retrouve encore au XIXe siècle deux des frères de Joseph.
Joseph Vrancken est incorporé dans l’armée impériale française le 10 pluviôse an XII, soit le 31 janvier 1804, à l’âge de vingt-deux ans. Le registre militaire lui attribue une année de naissance erronée, mais les sources civiles permettent de rétablir son âge exact au moment de son entrée sous les drapeaux.
Il est affecté à la 25e demi-brigade d’infanterie de ligne, au sein de la 8e compagnie du 3e bataillon, comme simple soldat. Son incorporation intervient à un moment où la France napoléonienne poursuit la mise en place de son système militaire dans les départements annexés, alors que la conscription suscite encore de nombreuses résistances dans les anciennes provinces des Pays-Bas autrichiens.
Dans le registre de l’armée, Joseph Vrancken est décrit comme un jeune homme mesurant 1,66 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d’un front haut ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un gros nez, une bouche moyenne et un menton rond. Le registre précise enfin qu’il ne porte aucune marque particulière.
Sa carrière militaire est toutefois d’une brièveté exceptionnelle. Deux jours seulement après son incorporation, Joseph Vrancken est porté comme déserteur et quitte son unité. À partir de ce moment, sa trace se perd entièrement.
Une telle désertion, en 1804, n’a rien d’anodin. Contrairement aux désertions de la fin de l’Empire, lorsque l’effondrement progressif du régime rend les poursuites plus difficiles et les contrôles moins rigoureux, abandonner les rangs à cette date expose encore à de graves conséquences. Les autorités militaires recherchent activement les déserteurs, qui risquent l’arrestation, l’emprisonnement et de lourdes sanctions en cas de capture.
Il paraît dès lors peu probable que Joseph soit simplement revenu vivre au grand jour dans sa commune natale. Il a plus vraisemblablement dû se cacher, quitter la région, changer de cadre de vie ou mener une existence discrète afin d’échapper aux recherches des autorités impériales.
Malgré les recherches menées dans les registres civils et militaires, aucune trace certaine de Joseph Vrancken n’a, à ce jour, été retrouvée après sa désertion. Ni mariage, ni décès, ni retour explicite dans les archives locales ne permettent de prolonger son parcours avec certitude.
Son histoire demeure ainsi l’une des plus énigmatiques parmi celles des conscrits liés à Hélécine : celle d’un jeune homme disparu des sources presque aussitôt après son entrée dans l’armée impériale, laissant derrière lui un véritable mystère familial et local.