Pierre BRIAMONT (1792-1864)
Pierre Briamont voit le jour à Gossoncourt le 26 mai 1792. Il est le fils naturel de Marie Gertrude Briamont (1761-1809) ; le nom de son père n’est pas connu. Les sources actuellement disponibles ne permettent pas de préciser avec certitude dans quel cadre il passe son enfance, mais il appartient manifestement à ce milieu modeste de journaliers et de domestiques agricoles qui forme alors une part importante de la population rurale de la Hesbaye.
La trace de Pierre Briamont dans l’armée impériale n’a pas été retrouvée par son registre matricule ou son contrôle de troupe, mais par l’obtention, en 1858, de la médaille de Sainte-Hélène. Cette distinction, créée l’année précédente par Napoléon III, était réservée aux anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815. Son attribution à Pierre prouve donc qu’il a bien porté les armes sous l’Empire, même si les détails de son parcours militaire nous échappent encore.
Compte tenu de son année de naissance, il est probable qu’il ait été concerné par la conscription des classes 1811 ou 1812, c’est-à-dire au moment où l’Empire mobilise massivement de nouveaux effectifs pour soutenir la guerre d’Espagne et préparer la campagne de Russie. S’il fut incorporé à cette époque, Pierre Briamont aurait rejoint une armée déjà engagée sur plusieurs fronts à la fois, dans un contexte d’usure croissante des effectifs. Comme beaucoup de jeunes conscrits issus des départements belges, il a pu être versé dans un régiment d’infanterie de ligne servant soit dans la péninsule Ibérique, soit dans les garnisons de l’intérieur de l’Empire, soit encore dans les grandes armées appelées à combattre en Allemagne ou en Europe orientale.
L’indication selon laquelle il aurait été démobilisé en l’an 1813 s’accorde assez bien avec cette hypothèse. Plusieurs scénarios sont envisageables. Pierre a pu être renvoyé du service pour raisons de santé, à la suite d’une blessure ou d’une maladie contractée durant la campagne ; il a également pu être affecté à un dépôt ou à un bataillon de marche sans rejoindre durablement le front, avant d’être licencié ou réformé. Enfin, dans le contexte troublé des années 1813-1814, il n’est pas impossible qu’il ait été renvoyé dans ses foyers lors des réorganisations successives qui touchent alors les régiments impériaux. En l’absence de dossier militaire complet, il convient toutefois de rester prudent : la médaille de Sainte-Hélène atteste son service, mais ne permet pas, à elle seule, d’en reconstituer avec certitude les étapes.
Quoi qu’il en soit, Pierre Briamont est de retour dans le Brabant au plus tard en 1815. Cette année-là, il épouse à Neerheylissem Thérèse Renquet (1782-1831). Il est alors domestique de ferme ou journalier, travaillant vraisemblablement dans l’une des grandes censes des environs, peut-être « Amon Bousmane » ou « Amon Bert », où la main-d’œuvre agricole salariée reste nombreuse au début du XIXe siècle.
À partir d’environ 1818, le couple s’établit à Neerheylissem rue Carlé, l’actuelle rue du Pont Neuf, dans une maison aujourd’hui disparue qui se situait approximativement sur la partie droite de la propriété de l’actuel n°34. Trois enfants naissent de cette première union avant le décès de Thérèse en 1831.
Pierre se remarie à Neerheylissem en 1833 avec Marie Jeanne Corthouts (1795-1864). Un fils naît de ce second mariage : Félix Briamont, qui deviendra maçon dans le village et reprendra la maison familiale après la mort de son père.
Médaille de Sainte-Hélène (exemple)
En 1857, Pierre Briamont reçoit officiellement la médaille de Sainte-Hélène, reconnaissance tardive mais précieuse de son passage sous les drapeaux de l’Empire. Il s’éteint quelques années plus tard, le 9 septembre 1864, à Neerheylissem, à l’âge de septante-deux ans.
La postérité de Pierre Briamont passe essentiellement par les deux filles issues de son premier mariage, Jeanne et Barbe, seules à laisser une descendance. La branche la plus importante est celle de Jeanne Briamont (1818-1876), qui épouse Henri Joseph Theunis (1817-1892). Le couple donne naissance à sept enfants.
Comme bien d’autres familles de la région, Jeanne et Henri Joseph subissent de plein fouet les conséquences de la crise du mildiou et de la misère rurale qui frappe les campagnes belges au milieu du XIXe siècle. En 1856, ils quittent l’Europe pour émigrer aux États-Unis et s’installent dans le Wisconsin. Leurs trois derniers enfants y naissent, et leur descendance s’y est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Au fil du temps, le patronyme Theunis y évolue d’ailleurs en Tennis, sous lequel cette branche familiale est encore connue outre-Atlantique.
Le parcours de Pierre Briamont demeure en partie énigmatique en raison de la disparition de son dossier militaire. Pourtant, sa médaille de Sainte-Hélène, sa modeste vie de journalier à Neerheylissem et la destinée américaine d’une partie de sa descendance suffisent à faire de lui une figure singulière parmi les anciens soldats de l’Empire liés à Hélécine.
Libert CLAES (1789-1810)
Libert, 20 ans, campagne d'Allemagne de 1810
Libert Claes naît à Neerheylissem le 3 septembre 1789. Il est le huitième enfant et le sixième fils de Jean Aymerick Claes (1751-1805) et de Marie Philippine Martinquet (1749-1828).
Malgré l'importance déjà acquise par la famille Claes à Neerheylissem à la fin du XVIIIe siècle, Libert est, à ce jour, le seul membre de cette famille identifié dans les registres des conscrits. Il voit le jour dans la ferme de ses parents, une exploitation relativement importante établie sur une propriété dépendant de la cense de Flône, également appelée cense de Crimont. Aujourd'hui disparue à la suite des nombreuses modifications apportées au tracé de la rue de Flône, cette ferme se situait approximativement en face de l'actuel n°12 de la rue. Bien qu'importante, l'exploitation reste dépendante de la cense de Flône/Crimont, dont le propriétaire est, à partir de 1793, Robert Lowet.
Bien qu'il appartienne à la conscription de l'an 1809, Libert Claes rejoint l'armée impériale avant même d'avoir atteint l'âge de dix-neuf ans. Il est incorporé le 11 juin 1808 au 112e régiment d'infanterie de ligne.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,66 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage rond surmonté d'un front bas et des yeux bruns. Ses traits sont caractérisés par un petit nez, une petite bouche et un menton rond. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
À son incorporation, Libert sert au sein du 3e bataillon, 6e compagnie, du 112e régiment d'infanterie de ligne. À cette époque, son unité participe au vaste effort militaire de l'Empire napoléonien, principalement lié à la guerre d'Espagne, mais également à la mise en place et à la stabilisation des régiments dans les territoires annexés. Comme de nombreux fantassins de ligne, son service est probablement rythmé par les marches, les transferts de bataillons et les périodes de garnison, notamment dans les départements belges et rhénans. Ces unités remplissent alors à la fois des missions militaires, de maintien de l'ordre et de sécurisation des voies de communication stratégiques.
En 1809, Libert Claes est transféré du 3e bataillon, 6e compagnie, au 1er bataillon, 4e compagnie. Ce changement s'inscrit dans les réorganisations fréquentes que connaissent les régiments fortement sollicités par les campagnes militaires. Le parcours du 112e régiment durant cette période se déroule dans un contexte de guerre prolongée, marqué autant par les opérations militaires que par les difficultés logistiques, les longues marches et les problèmes sanitaires qui frappent régulièrement les armées impériales.
En 1810, Libert Claes décède à l'hôpital de Graesz, vraisemblablement un hôpital de dépôt situé dans une région rhénane ou en Allemagne occidentale. Il succombe à une fièvre, cause de mortalité particulièrement fréquente dans les armées napoléoniennes, où les maladies emportent souvent davantage d'hommes que les combats eux-mêmes. Les conditions d'hygiène précaires et les épidémies qui touchent régulièrement les établissements militaires expliquent en grande partie cette surmortalité.
Libert Claes meurt loin de sa famille et ne laisse aucune descendance.
Jacques DEBRY (1792 – 1880)
Jacques en 1812, lors de la progression de l'armée impériale vers Moscou.
Jacques Debry voit le jour le 7 mai 1792 à Neerheylissem. Il est le huitième et dernier enfant d’une fratrie de huit, dont il sera le seul garçon à atteindre l’âge adulte. Ses parents sont Ernest Guillaume Debry (1742-1837), représentant de la deuxième génération de cette famille établie à Neerheylissem, et Jeanne Joséph Libert (1748-1793). Jacques naît très probablement dans la maison familiale de la rue de Léau, qu’il reprendra plus tard.
Conscrit de la classe 1812, Jacques rejoint l’armée impériale le 4 mars 1812, quelques semaines avant son vingtième anniversaire. Dans le registre matricule, où son nom de famille est orthographié de manière erronée, il est décrit comme un jeune homme mesurant 1,68 mètre, au visage ovale, au front haut, aux yeux roux, au gros nez, à la bouche moyenne, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils châtains.
Il est affecté au régiment des fusiliers-chasseurs de la Garde impériale, au sein du 2e bataillon, 3e compagnie. Cette unité appartient à la Jeune Garde, créée par Napoléon afin de renforcer la prestigieuse Garde impériale après les lourdes pertes subies au cours des campagnes précédentes. Les fusiliers-chasseurs constituent une infanterie d'élite, bénéficiant d'un encadrement rigoureux, d'un entraînement particulièrement soigné et d'un équipement supérieur à celui des régiments de ligne. Ils sont fréquemment employés comme troupes de réserve ou engagés dans les secteurs les plus disputés des champs de bataille, où leur discipline et leur solidité sont particulièrement appréciées.
Son incorporation intervient quelques mois avant le déclenchement de la campagne de Russie. Il est donc très vraisemblable que Jacques fasse partie des renforts de la Grande Armée qui franchissent le Niémen en juin 1812. Comme les autres unités de la Jeune Garde, son régiment participe à la longue marche vers Moscou avant d'être entraîné dans la dramatique retraite de l'hiver 1812, au cours de laquelle le froid, la faim, les maladies et les attaques incessantes de l'armée russe déciment les troupes impériales. Les survivants sont ensuite intégrés aux armées reconstituées par Napoléon pour les campagnes d'Allemagne de 1813, au cours desquelles les fusiliers-chasseurs prennent part aux grandes batailles de Lützen, Bautzen, Dresde et Leipzig. Après la défaite de Leipzig, ils couvrent la retraite des forces françaises vers le territoire national et participent probablement à la campagne de France de 1814.
Le registre militaire ne permet malheureusement pas de suivre le détail du parcours individuel de Jacques. Son retour au village est toutefois attesté par l'attribution, en 1857, de la médaille de Sainte-Hélène, réservée aux anciens soldats ayant effectivement servi sous les armées françaises entre 1792 et 1815. Deux hypothèses peuvent expliquer son retour. Il est possible qu'il ait quitté son unité après avoir survécu à la campagne de Russie, avant d'être réaffecté lors des réorganisations successives de la Grande Armée. Il est toutefois plus vraisemblable qu'il soit resté sous les drapeaux jusqu'à la première chute de Napoléon et qu'il ait été licencié en juin 1814 comme « étranger », à l'instar de nombreux soldats originaires des départements belges annexés.
De retour à Neerheylissem, Jacques retrouve très probablement la maison familiale. Le 5 janvier 1815, il épouse au village Célestine Claes (1790-1837). Dès cette même année, les registres le mentionnent comme cabaretier. Il est impossible de déterminer si ce débit de boissons fut créé par Jacques lui-même ou si son père l'avait ouvert durant son absence sous les drapeaux. Une chose est cependant certaine : c'est Jacques Debry qui donna à cet établissement la réputation qu'il conserva pendant plus d'un siècle. Son cabaret, connu sous le nom de « Lu r'traite », devint l'un des lieux de rencontre les plus appréciés de la région, notamment grâce à sa salle de danse prolongée d'une terrasse dominant la vallée, offrant un panorama exceptionnel sur le centre du village. Cette auberge faisait également office de maison familiale. La bâtisse, aujourd'hui divisée entre les actuels n°15 et 19 de la rue de Léau, vit naître les six enfants du couple. Seuls deux d'entre eux, Auguste et Maximilien, laissèrent une descendance, devenant les ancêtres de tous les Debry d'Hélécine. Leur fille Amélie épousa quant à elle Thomas Gillet, instituteur et secrétaire communal de Neerheylissem, mais le couple n'eut pas d'enfants. C'est d'ailleurs Maximilien Debry, neveu d'Amélie, qui succédera plus tard à Thomas Gillet dans ses fonctions communales.
Pour en revenir à Jacques, il mena une longue existence au cœur de son cabaret, qui prit plus tard le nom populaire de « Amon Mariye Dèbry », en référence à sa petite-fille Marie, dernière tenancière de l'établissement. En 1857, Napoléon III lui décerna la médaille de Sainte-Hélène en reconnaissance de son service sous les armées impériales. Jacques Debry lui survécut encore plus de vingt années et s'éteignit à Neerheylissem le 11 novembre 1880, à l'âge remarquable de quatre-vingt-huit ans. Il fut le dernier ancien combattant hélécinois des guerres napoléoniennes à disparaître, refermant définitivement le chapitre des vétérans de l'Empire dans l'histoire de la commune.
Louis ESTIENNE (1794-1814)
Louis, 19 ans, lors du siège d'Hambourg en 1813.
Louis Estienne naît à Neerheylissem, rue de l'Enfer, le 4 octobre 1794. Il est le huitième enfant et le troisième fils de Joseph Estienne (1744-1802), originaire d'Ezemaal, et de Marie Barbe Berwaer (1754-1832). La famille réside alors dans une maison située à l'emplacement de l'actuel n°8 de la rue de la Station.
Bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814, Louis rejoint l'armée impériale dès le 5 avril 1813, à l'âge de dix-huit ans. Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,61 mètre. Il présente un visage ovale surmonté d'un front bas et un menton rond. Ses cheveux et ses sourcils sont châtains clairs, tandis que ses yeux sont gris. Il possède un gros nez et une grande bouche. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
Louis Estienne est affecté au 44e régiment d'infanterie de ligne, au sein de la 4e compagnie du 3e bataillon. Son incorporation intervient dans le contexte de la reconstitution précipitée des armées françaises après les pertes considérables subies lors de la campagne de Russie de 1812. Comme de nombreux jeunes hommes appelés par anticipation, il rejoint une armée engagée dans la lutte contre la Sixième Coalition, qui rassemble notamment la Russie, la Prusse, l'Autriche et la Suède contre Napoléon.
Envoyé en Allemagne avec son régiment, il participe vraisemblablement aux opérations de la campagne de 1813 qui suivent les grandes batailles de Lützen, Bautzen, Dresde et Leipzig. Après la retraite française, une partie du 44e régiment est enfermée dans la place forte de Hambourg, défendue par le maréchal Davout. La garnison y subit un long blocus et doit faire face à des conditions de vie particulièrement éprouvantes durant l'hiver 1813-1814.
C'est dans ce contexte que Louis Estienne décède le 16 février 1814, à l'âge de dix-neuf ans. Son acte militaire indique qu'il meurt « à l'ambulance » de Hambourg, terme qui désigne alors un hôpital militaire de campagne ou de garnison. Comme pour de nombreux soldats de cette époque, il est probable qu'il ait davantage succombé aux privations, à l'épuisement ou à la maladie qu'aux combats eux-mêmes.
Sa disparition survient au cours des derniers mois de l'Empire napoléonien, alors que les armées françaises reculent sur tous les fronts. Louis Estienne ne laisse aucune descendance connue.
Alexandre FUMAL (1786 – 1872)
Alexandre Fumal voit le jour le 13 novembre 1786 dans une ferme aujourd’hui disparue qui se situait en face de la ferme de Flône (ou de Crimont), le long de l’ancien tracé de la rue de Flône. À cette époque, la ferme de Flône présentait son pignon sur la voirie et la ferme où naquit Alexandre lui faisait directement face. À la fin du XIXe siècle, la famille Lowet fit déplacer le tracé de la rue vers son emplacement actuel afin de restructurer le domaine. Toutes les habitations bordant l’ancien chemin furent alors démolies, dont la ferme natale d’Alexandre. Celle-ci se trouvait approximativement à l’emplacement du petit bois qui sépare aujourd’hui la rue de Flône du château Lowet (dit aussi de Crimont).
Sur cette carte de Neerheylissem, le tracé actuel de la rue de Flône (en arrière-plan) est identifié d’un trait jaune, alors que la configuration qui perdura jusqu’à la seconde moitié du 19e siècle, est en calque au-dessus de la carte actuelle. On y voit via un trait vert l’ancien tracé de la rue de Crimont (Flône) ainsi que l’ancienne cense de Crimont (croix orange) et l’habitation Stapel où est née Alexandrée entourée en bleu.
À la naissance d’Alexandre, cette maison-ferme était occupée par plusieurs familles :
Jean François Stapel, marguillier de la paroisse, et son épouse Élisabeth Denis, fille de Michel Denis, mayeur de Neerheylissem vers les années 1760 et censier de la ferme du château de Neerheylissem. À cette époque, le marguillier était un laïc chargé de l’administration matérielle de la paroisse. Il gérait les revenus de la fabrique d’église, veillait à l’entretien de l’édifice, du mobilier liturgique et des biens paroissiaux, tout en assistant le curé dans les aspects administratifs et financiers de la vie religieuse.
Leur fille Marie Barbe Stapel (1758 – 1843) et son époux Hubert Fumal (1753 – 1831), censier originaire d’Abolens, parents d’Alexandre. Ils habitaient également cette ferme avec leurs enfants, au nombre de six au total, Alexandre étant le quatrième.
François Wauters, ouvrier agricole, son épouse Anne Stapel — sœur de Jean François Stapel et donc grande-tante d’Alexandre — ainsi que deux de leurs enfants, dont Marie Thérèse Wauters. Cette dernière reprendra plus tard la ferme avec son mari Henri Smeesters. L'exploitation passera ensuite à leur fille Jeanne et à son époux Emmanuel Parfonry, ancêtres des Parfonry de la rue des Charrons.
Cette vaste habitation, composée de deux corps de logis et reprise au cadastre de 1850 avec une superficie de 360 m², abritait ainsi déjà onze personnes au moment de la naissance d’Alexandre.
La participation d’Alexandre Fumal aux campagnes napoléoniennes n’est attestée que par l’attribution de la médaille de Sainte-Hélène, le registre de son régiment n’ayant malheureusement pas été conservé. Plusieurs éléments permettent toutefois de proposer une reconstitution vraisemblable de son parcours militaire.
Tout d’abord, son année de naissance le désignait normalement pour la conscription de la classe 1806. Ensuite, son acte de mariage révèle qu’il reconnut en 1815 un fils né hors mariage en février 1807. La conception de cet enfant remontant au mois de mai 1806, Alexandre était donc encore présent à Neerheylissem à cette époque. Enfin, les autres conscrits de la commune appartenant à la classe 1806 furent incorporés entre septembre et octobre 1806. Il est donc très probable qu’Alexandre rejoignit l’armée impériale au cours de cette période, alors âgé de dix-neuf ans.
Faute de connaître son régiment, il est impossible de retracer précisément son itinéraire militaire. Il est néanmoins vraisemblable qu’il ait été affecté à un régiment d’infanterie de ligne, comme la majorité des jeunes hommes de la région. Son incorporation intervient au moment où la Grande Armée s’apprête à affronter la Quatrième Coalition. Alexandre aurait ainsi pu participer à la campagne de Prusse et de Pologne de 1806-1807, puis aux opérations menées contre l’Autriche en 1809, avant d’être engagé, comme une grande partie des vétérans de son époque, dans les campagnes d’Allemagne ou d’Espagne. Si son service s’est poursuivi jusqu’à la chute de l’Empire, il est également possible qu’il ait participé à la campagne de Russie de 1812, puis aux difficiles campagnes d’Allemagne de 1813, qui virent les armées françaises subir de lourdes pertes face à la Sixième Coalition.
Le fait qu’Alexandre ait reçu la médaille de Sainte-Hélène démontre qu’il accomplit effectivement son service jusqu’à sa libération et qu’il ne déserta pas. Comme la plupart des soldats originaires des départements belges encore sous les drapeaux en 1814, il fut vraisemblablement congédié « comme étranger » après la première abdication de Napoléon et la dissolution progressive des unités composées d'hommes nés hors des frontières de la France restaurée. Cette hypothèse explique également son retour relativement tardif à Neerheylissem, où il ne réapparaît qu'au moment de son mariage en 1815.
De retour à Neerheylissem, Alexandre rejoint vraisemblablement la maison de ses parents avant d’épouser, le 14 avril 1815, Élisabeth Terwagne (1782 – 1846), qui habitait à proximité, rue des Charrons. Lors de cette cérémonie, le couple légitime leur premier fils, né en février 1807 avant le départ d’Alexandre sous les drapeaux. Ils auront ensuite six enfants au total, dont deux mourront à la naissance et deux autres avant l’âge d’un an.
Vers 1830, la famille quitte Neerheylissem pour s’établir à Piétrain, plus précisément au hameau de Piétremeau. Alexandre reprend alors une cense existante dont subsistent aujourd’hui une partie des bâtiments correspondant aux actuels n°1 de la rue Saint-Vincent et n°192 de la rue Longue. Outre le cadastre de 1850, la présence de la famille est attestée sur l’Atlas des chemins vicinaux de 1841, où la mention « Stapel » figure à proximité de la ferme. Aucun habitant de Piétrain ne portant ce patronyme aux XVIIIe et XIXe siècles, cette indication constitue très vraisemblablement une référence à l’ascendance maternelle d’Alexandre, le nom Stapel ayant été conservé comme surnom familial au fil des générations.
C’est dans cette exploitation qu’Alexandre et Élisabeth terminent leur vie. Alexandre y réside encore en 1857 lorsqu’il reçoit, de Napoléon III, la médaille de Sainte-Hélène. À cette époque, il a déjà transmis la gestion de la ferme à son fils aîné. Il s’éteint à Piétremeau le 20 décembre 1872, à l’âge honorable de quatre-vingt-six ans. Sa descendance se poursuit par les deux enfants du couple qui atteignirent l’âge adulte.
Jean Thomas GOYENS (1793-1836)
Jean Thomas, 19ans, lors des déplacements de son régiment en Allemagne, 1813.
Jean Thomas Goyens naît à Neerheylissem le 26 décembre 1793. Il est le sixième fils d'une fratrie de sept enfants, bien que deux de ses frères soient décédés en bas âge. Il est le fils de François Goyens (1749-1829) et de Catherine Logist (1749-1826).
La famille habite alors une maison située rue de l'Enfer. Aujourd'hui disparue, cette habitation se trouvait sur le terrain correspondant à l'actuel n°64 de la rue de la Station.
À l'âge de dix-neuf ans, Jean Thomas est incorporé dans l'armée impériale le 11 novembre 1813 au sein du 21e régiment d'infanterie de ligne, comme plusieurs autres jeunes hommes originaires de l'actuelle commune d'Hélécine appelés au cours des derniers mois de l'Empire.
Son signalement militaire le décrit comme un jeune homme âgé de dix-neuf ans mesurant 1,68 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils bruns, un visage rond surmonté d'un front rond ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un nez aquilin, une bouche de taille moyenne et un menton rond. Le registre précise qu'il ne présente aucune marque particulière.
Son incorporation intervient alors que l'Empire traverse l'une des périodes les plus critiques de son histoire. À la suite des défaites de 1813, les armées françaises se replient progressivement vers le territoire national dans un contexte de désorganisation croissante, d'épuisement des troupes et de pertes considérables. Le 21e régiment d'infanterie de ligne participe à ce mouvement général de retraite, tandis que les nouvelles recrues sont rapidement intégrées aux unités afin de combler les vides laissés par les campagnes précédentes.
Confronté à cette situation particulièrement difficile, Jean Thomas Goyens déserte son unité le 18 janvier 1814, après seulement quelques mois de service. Comme pour de nombreux conscrits incorporés à la fin de l'Empire, cette décision s'explique probablement par les conditions extrêmement éprouvantes de la campagne, l'incertitude de l'avenir militaire et la volonté de regagner son foyer.
Il est plus que probable qu'il soit alors retourné à Neerheylissem. Deux ans plus tard, en 1816, il épouse à Overwinden Jeanne Christine Laudes (1773-1825) et s'établit dans cette localité. Après le décès de sa première épouse, il contracte un second mariage en 1825, toujours à Overwinden, avec Gertrude Haenen (1782-1872).
Jean Thomas Goyens passe le reste de son existence à Overwinden. Il y décède le 29 août 1836, à l'âge de quarante-deux ans. Aucun enfant issu de ses deux unions n'a pu être identifié et il ne laisse pas de descendance connue.
Joseph GUILLAUME (1786-1866)
Joseph, 19 ans, durant la campagne de Pologne 1806-07
Joseph Guillaume naît à Neerheylissem le 23 juillet 1786. Il est l'aîné d'une famille de dix enfants issue de l'union de Denis Joseph Guillaume (1754-1804), originaire de Jodoigne-Souveraine, et de Barbe Luquin (1759-1812).
L'emplacement exact de la maison familiale n'a pas pu être déterminé avec certitude. Deux hypothèses sont envisageables. La famille aurait pu résider dans une habitation aujourd'hui disparue qui se trouvait à cheval sur les actuels nos 27 et 29 de la rue des Juifs. Il est également possible qu'elle ait été logée comme main-d'œuvre au sein d'une exploitation agricole de la localité.
Joseph Guillaume est incorporé dans l'armée impériale française le 21 octobre 1806 comme conscrit de la classe de 1806. Âgé de vingt ans, il est affecté comme fusilier à la 5e compagnie du 2e bataillon du 58e régiment d'infanterie de ligne.
Son incorporation intervient au début de la campagne menée contre la Quatrième Coalition, qui oppose alors la France napoléonienne à la Prusse, à la Russie et à leurs alliés. Au cours des mois qui suivent, son régiment participe aux opérations militaires en Allemagne puis en Pologne. Comme de nombreux soldats de la Grande Armée, Joseph doit affronter des conditions particulièrement éprouvantes, marquées par de longues marches, le froid, l'humidité et des difficultés chroniques de ravitaillement.
Son signalement militaire décrit un jeune homme âgé de vingt ans mesurant 1,67 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils bruns, un visage ovale surmonté d'un front plat ainsi que des yeux gris. Ses traits sont caractérisés par un gros nez, une grande bouche et un menton relevé. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
Le 26 mars 1807, après seulement cinq mois de service, Joseph Guillaume est admis à l'hôpital militaire pour une affection dont la nature n'est pas précisée dans les registres. Son hospitalisation se prolonge durant plus de six mois, jusqu'à sa radiation des contrôles du régiment le 30 septembre 1807.
Compte tenu de son affectation au 58e régiment d'infanterie de ligne, il est probable qu'il ait participé aux opérations de la campagne de Pologne de l'hiver 1806-1807, notamment aux mouvements qui précédèrent ou suivirent les batailles d'Eylau et de Braunsberg, où son régiment fut engagé. Les conditions climatiques particulièrement rigoureuses de cette campagne provoquèrent d'importantes pertes dues aux maladies, aux gelures et à l'épuisement, souvent supérieures à celles causées directement par les combats. Il est donc plausible que Joseph ait été blessé ou, plus vraisemblablement, qu'il ait contracté une maladie grave durant cette période, expliquant sa longue hospitalisation et son retrait définitif du service actif.
Sa carrière militaire se limite ainsi à moins d'une année, interrompue par les conséquences d'une des campagnes les plus éprouvantes du Premier Empire.
Après son départ de l'armée, il semble être revenu dans sa région natale. Il est probable qu'il ait alors rejoint son frère Libert Guillaume à Ardevoor, où celui-ci habite dans une maison située entre les actuels nos 67 et 69 de la rue d'Ardevoor.
En 1815, Joseph épouse à Laar Ida Vangramberen (1786-1833). De cette union naît un fils unique, Livin Guillaume (1816-1900), dont la descendance est toujours représentée aujourd'hui.
À la suite du décès de sa première épouse, Joseph se remarie en 1834 avec Angéline Boffin (1800-1871). Aucun enfant ne naît de cette seconde union.
Joseph Guillaume passe le reste de son existence à Laar, où il décède en 1866 à l'âge de quatre-vingts ans. Contrairement à de nombreux anciens conscrits dont la vie fut écourtée par les guerres napoléoniennes, il connaît une longue vieillesse et laisse derrière lui une descendance qui perdure encore de nos jours.
Jean François LALLEMAND (1791-1862)
Jean François, 20 ans, lors de la retrait d'Espagne fin 2011
Jean François Lallemand naît à Neerheylissem le 3 février 1791. Il est l'aîné d'une fratrie de six enfants issue de l'union de Jean Martin Lallemand (1762-1845) et de Catherine Mierdoz (1767-1806).
La famille réside alors dans une maison située à l'emplacement de l'actuel n°35 de la rue Saint-Job, propriété qui restera longtemps associée à la famille Lallemand.
Conscrit de la classe de 1811, Jean François rejoint l'armée impériale le 6 mai 1811. Il est affecté au dépôt du 14e régiment d'infanterie de ligne, alors engagé dans la guerre d'Espagne, l'un des conflits les plus longs et les plus éprouvants de l'époque napoléonienne. Le régiment participe alors aux opérations menées en Catalogne et dans le nord-est de la péninsule Ibérique, notamment autour de Tortose et de Tarragone, dans le cadre des campagnes conduites contre les armées espagnoles et britanniques.
Les registres militaires décrivent Jean François comme un jeune homme mesurant 1,54 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d'un front haut ainsi que des yeux bruns. Ses traits sont caractérisés par un nez aquilin, une grande bouche et un menton à fossette.
Son passage par le dépôt du 14e régiment laisse penser qu'il est en cours d'instruction ou destiné à renforcer les bataillons engagés en campagne. À cette époque, les dépôts jouent un rôle essentiel dans la formation des recrues, l'organisation des renforts et le remplacement des pertes subies par les unités combattantes. Les besoins en hommes sont particulièrement importants en Espagne, où les combats, les maladies et les longues marches entraînent une usure constante des effectifs.
Toutefois, sa carrière militaire est de très courte durée. Le 1er décembre 1811, moins de sept mois après son incorporation, Jean François est congédié par réforme. Les documents conservés ne précisent pas le motif exact de cette décision, mais une réforme implique généralement un état de santé ou une incapacité physique jugés incompatibles avec le service militaire.
De retour à Neerheylissem, il retrouve la maison familiale de la rue Saint-Job. En 1816, il épouse Florence Muls (1795-1866). De cette union naîtront quatorze enfants, faisant de Jean François l'un des ancêtres les plus prolifiques de la région.
À la mort de ses parents, le couple reprend la propriété familiale située à l'actuel n°35 de la rue Saint-Job. Les registres le mentionnent comme cultivateur, profession qu'il exerce durant l'essentiel de sa vie.
Bien que son passage sous les drapeaux ait été particulièrement bref, il reste attaché au souvenir de son service dans les armées napoléoniennes. En 1857, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène, distinction créée par l'empereur Napoléon III pour honorer les anciens soldats ayant servi la France entre 1792 et 1815.
Jean François Lallemand s'éteint à Neerheylissem le 26 août 1862, à l'âge de soixante et un ans.
Par l'intermédiaire de dix de ses quatorze enfants ayant laissé une descendance, sa lignée s'est largement développée au fil des générations. Aujourd'hui encore, de nombreuses familles hélécinoises comptent Jean François Lallemand parmi leurs ancêtres.
Théodore MATHÉ (1792 – 1878)
Théodore Mathé voit le jour le 8 avril 1792, rue de l'Enfer à Neerheylissem, dans la maison familiale de ses parents, Charles Mathé (1751 – 1809) et Barbe Dewaelheyns (1756 – 1853), originaire de Gossoncourt. Cette demeure, déjà représentée sur la carte de Ferraris en 1777, conserve encore aujourd'hui son corps principal de logis : il s'agit de l'actuel n°24 de la rue de la Station. Les dépendances qui complétaient autrefois la propriété ont en revanche disparu. Cette maison prendra plus tard le surnom de « Amon Elie », en référence à l'un des descendants de la famille Mathé qui y habitera.
Théodore est le petit-fils d'Edmond Mathé (1721 – 1793), le célèbre soldat français de Louis XV évoqué dans les Cahiers d'Hélécine, dont la lignée se perpétua principalement par son fils Charles. Il naît avec un frère jumeau, André, qui décède quelques mois plus tard. Ils sont les septième et huitième enfants d'une fratrie qui en comptera douze, mais dont sept mourront en bas âge.
Compte tenu de son année de naissance, Théodore est très vraisemblablement appelé sous les drapeaux à la fin de l'année 1811 ou au début de l'année 1812. Son registre matricule n'a malheureusement pas été retrouvé, mais plusieurs éléments attestent avec certitude sa participation aux campagnes napoléoniennes. Les traditions familiales et les témoignages recueillis dans le village rapportent qu'il prit part à la campagne de Russie de 1812 et qu'il y perdit une phalange du pouce, blessure qui lui valut le surnom de « lu cout pôce » dans le parler local. Une telle mutilation était fréquente lors de cette campagne, où les blessures par armes se mêlaient aux terribles gelures provoquées par l'hiver russe. Il est aujourd'hui impossible de savoir si cette phalange fut emportée par un projectile, un coup de sabre ou dut être amputée à la suite d'une nécrose causée par le froid extrême. Quoi qu'il en soit, cette blessure témoigne de sa présence au cœur de l'une des campagnes les plus éprouvantes de l'histoire napoléonienne.
Comme la plupart des jeunes conscrits incorporés en 1812, Théodore fut probablement versé dans un régiment d'infanterie de ligne engagé au sein de la Grande Armée. Après les longues marches à travers la Pologne et la Russie, il dut connaître les combats, les privations et surtout la retraite catastrophique de l'hiver 1812, au cours de laquelle les pertes furent immenses. Sa survie constitue déjà en soi un fait remarquable. Il est très probable que la blessure permanente dont il conserva les séquelles ait conduit les autorités militaires à le réformer ou à le déclarer inapte au service actif au cours de l'année 1813. Cette hypothèse est renforcée par le fait qu'il est déjà de retour à Neerheylissem lorsqu'il se marie en octobre 1813, plusieurs mois avant la première abdication de Napoléon.
Le 8 octobre 1813, Théodore épouse à Neerheylissem Albertine Rosalie Claes (1787 – 1865), dont la sœur Célestine épousera, deux ans plus tard, un autre ancien soldat de l'armée impériale, Jacques Debry. Le couple Mathé-Claes aura sept enfants, dont au moins quatre laisseront une descendance. Tous naissent dans la ferme familiale qui était située à l'emplacement des actuels n°13 et 15 de la rue Neerdael. Cette propriété passera ensuite à son beau-fils Jean-Baptiste Maes et à sa fille Monique. C'est de cette famille que le lieu prendra le surnom de « Amon Mas », qui deviendra, par la suite, le berceau de la fanfare « La Renaissance », notamment par l'intermédiaire de leur descendant Victor Maes et beau-fils Alphonse Sevenans.
La maison familiale Mathé de la rue de l'Enfer revient probablement à Théodore après le décès de son frère aîné Guillaume en 1835. Cette hypothèse est confortée par le fait que l'actuel n°24 de la rue de la Station passe ensuite à Louis Joseph Claes, beau-fils de Théodore par son mariage avec sa fille Victoire. Celui-ci y ouvre un cabaret connu sous le nom de « Amon l'Botroule », repris plus tard par son propre beau-fils, Elie Lallemand, à l'origine du surnom actuel de la maison, « Amon Elie ».
Théodore reçoit la médaille de Sainte-Hélène en 1857. Il profite encore de plus de vingt années de retraite avant de s'éteindre, le 24 juillet 1878, dans sa maison de la rue Neerdael, à l'âge remarquable de quatre-vingt-six ans.
Sa descendance est particulièrement abondante. Parmi les nombreuses branches qui en sont issues, on peut notamment citer :
les enfants de sa fille Victoire et de Louis Joseph Claes, à l'origine d'une grande partie de la famille Lamproye de Neerheylissem, des descendants d'Henri Van Meldert, de ceux d'Elie Lallemand – dont Yvonne « Amon l'gros » –, ainsi que de François Xavier Claes (1851 – 1919), ancien secrétaire communal, dont descendent notamment Marthe Claes (épouse d’Edmond Thomas (1879 – 1940), René Jadoul, Fernande Sevenans, Robert Vanorlé et leurs familles ;
la descendance française de son fils Auguste Mathé, marie et installé à Paris où il exerçait le métier de loueur de voitures. Au XIXᵉ siècle, cette profession consistait à mettre à la disposition des particuliers des voitures hippomobiles – fiacres, calèches ou voitures de remise – avec ou sans cocher. Ces véhicules étaient loués pour les déplacements urbains, les voyages ou les cérémonies, constituant un secteur particulièrement actif dans une capitale en pleine expansion ;
la descendance de sa fille Monique et de Jean-Baptiste Maes, parmi laquelle figurent notamment Jean Sevenans et Victor Maes ;
ainsi que la famille Verbiest de Neerheylissem et ses nombreux descendants.
Le lourd tribut de la famille MONETTE
Parlons maintenant de la famille Hélécinoise qui donna le plus de soldats à l’Empire : les Monette. Pour bien comprendre la suite, nous partons du premier Monette à s’être installé en terres hélécinoises : Dieudonné Monette (1725 – 1770), originaire de Wezeren, où le nom était « Manet ». Celui-ci rencontre Anne Martinquet (1720 – 1781) de Neerheylissem. Ils ont un premier enfant hors mariage, qui naît à Opheylissem et se marient en 1751 à Neerheylissem. Ils s’installent (ou font construire) à l’actuel N°3 de la rue St Sulpice. Ils auront quatre autres enfants qui naitront là, donc Libert et Jean Charles.
Quatre petits enfants de Dieudonné Monette seront conscrits dans l’arme impériale : Un fils de Charles (voir section d'Opheylissem), un de Libert et deux de Jean Charles.
Libert MONETTE (1794 – 1846)
Libert en 1813, en convalescence dans un hôpital militaire de Bruxelles.
Libert Monette naît à Neerheylissem le 17 octobre 1794. Il est le sixième enfant d’une fratrie de neuf, né du mariage de Libert Monette (1755 – 1829) et de Marie Josèphe Dupont (1760 – 1830). La maison familiale où il voit le jour se trouvait à gauche de ce qui fut plus tard l’ancienne pharmacie de Neerheylissem, soit une dizaine de mètres en retrait de l’actuel n°86 de la rue des Charrons.
Conscrit de la classe 1814, Libert entre en réalité dans l’armée impériale le 9 avril 1813, comme de nombreux autres jeunes hommes hélécinois de sa génération appelés par anticipation. Dans le registre militaire, il est décrit comme un jeune homme mesurant 1,61 mètre, au visage plein, au front bas, aux yeux bleus, au nez aquilin, à la bouche moyenne, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils châtains. Il est affecté au 44e régiment d’infanterie de ligne, d’abord au 8e bataillon, 4e compagnie, puis au 4e bataillon, 3e compagnie, ce qui traduit vraisemblablement une réorganisation interne du régiment ou un transfert vers une unité de dépôt ou de renfort au fil des besoins de l’armée
Son incorporation intervient dans un contexte d’urgence militaire. Après les pertes considérables de la campagne de Russie de 1812, Napoléon doit reconstituer ses armées à marche forcée pour affronter la Sixième Coalition. Comme les autres conscrits de la levée du printemps 1813, Libert rejoint une armée en reconstruction, où les recrues sont rapidement réparties entre les bataillons de guerre et les unités de dépôt destinées à fournir des renforts. Le 44e régiment d’infanterie de ligne est alors engagé dans la campagne d’Allemagne, qui conduit les armées impériales des batailles de Lützen et Bautzen jusqu’aux grandes opérations de l’été 1813. Il n’est toutefois pas certain que Libert ait atteint le front actif, car sa carrière militaire est interrompue très tôt par une hospitalisation.
Le 26 août 1813, il est admis à l’hôpital de Bruxelles, et cette hospitalisation marque le début d’une absence prolongée qui entraîne finalement sa radiation des contrôles du régiment le 31 décembre 1813. Les registres ne précisent pas la nature de son mal, mais plusieurs explications sont possibles. Il peut s’agir d’une maladie contractée dans les mois qui suivent l’incorporation — fièvre, affection pulmonaire, dysenterie ou épuisement —, pathologies particulièrement fréquentes chez les jeunes soldats entassés dans les dépôts, casernes et convois militaires de l’époque. Il est également envisageable qu’il ait été jugé trop faible ou malade pour être envoyé au front, puis dirigé vers Bruxelles, grande ville de garnison et centre administratif important des départements belges, où se trouvaient plusieurs établissements militaires capables d’accueillir les malades et convalescents. L’hospitalisation à Bruxelles ne signifie donc pas nécessairement qu’il ait été blessé au combat : elle correspond plus probablement à un séjour dans un hôpital de l’arrière, destiné à soigner les soldats malades ou inaptes avant un éventuel retour au service. Sa radiation pour « absence de longue durée » suggère que son état ne lui permit pas de rejoindre son corps avant la fin de l’année 1813, ou qu’il quitta définitivement le service sans régularisation administrative complète.
Après sa sortie de l’hôpital militaire de Bruxelles, sans doute dans le courant de la première moitié de 1814, la trace de Libert se perd pendant plusieurs années. Il est possible qu’il soit alors revenu à Neerheylissem, auprès de sa famille, mais aucune source ne permet pour l’instant de l’affirmer avec certitude. On le retrouve seulement en 1827, lors de son mariage à Tourinnes-la-Grosse avec Marie Barbe Freson (1797 – 1875), originaire de ce village. Le couple vient alors s’installer à Neerheylissem, dans la maison des parents de Libert, qui deviendra la leur après le décès de ceux-ci. C’est là que naissent leurs quatre enfants. Trois d’entre eux donneront des petits-enfants au couple, et leur descendance semble s’être poursuivie jusqu’à aujourd’hui. Libert Monette meurt à Neerheylissem le 20 septembre 1846, à l’âge de cinquante-et-un ans.
Martin et Charles MONETTE
Martin et Charles Monette sont les deuxième et troisième enfants d’une fratrie de onze, nés du mariage de Jean Charles Monette (1759 – 1829) et de Marie Josèphe Lebrun (1756 – 1847), originaire de Pellaines. La famille habite une maison qui correspond à l’actuel n°3 de la rue Saint-Sulpice à Neerheylissem, ou du moins en constitue le noyau ancien. C’est là que voient le jour Martin, le 11 novembre 1783, puis Charles, le 5 janvier 1787.
Martin (1783 – 1837)
Martin à 28 ans, lors de la campagne d'Espagne de 1811
Martin Monette est conscrit de l’an XIII du calendrier républicain et rejoint l’armée impériale le 16 prairial an XIII, soit le 5 juin 1805, à l’âge de vingt-et-un ans. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,56 mètre, au visage rond, au front bas, aux yeux bleus, au petit nez, à la bouche ordinaire, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils châtains. Il est incorporé comme fusilier au 7e régiment d’infanterie de ligne.
Son entrée sous les drapeaux coïncide avec l’une des grandes phases d’expansion de la Grande Armée. Le 7e régiment d’infanterie de ligne prend part à la campagne de 1805 contre la Troisième Coalition, qui se conclut par la victoire d’Austerlitz. Martin sert ensuite dans un régiment engagé dans les campagnes d’Allemagne et de Pologne de 1806 et 1807, au cours desquelles l’armée impériale affronte successivement la Prusse puis la Russie. Comme beaucoup de fantassins de ligne, il connaît alors les longues marches, les bivouacs, les cantonnements et les combats d’une guerre menée à un rythme soutenu sur plusieurs fronts. Son parcours au sein du régiment est marqué par de nombreux changements d’affectation entre bataillons — 2e, 1er, de nouveau 2e, puis 3e et enfin 5e bataillon — ce qui traduit à la fois les réorganisations fréquentes de l’armée impériale et la nécessité de combler les pertes au gré des campagnes.
Sa longévité sous les drapeaux, relativement exceptionnelle pour un conscrit originaire de nos villages, se reflète dans son avancement. Martin Monette est promu caporal le 26 décembre 1809, puis sergent le 29 mars 1811, signe d’une certaine ancienneté, mais aussi d’une conduite ou d’une expérience jugées satisfaisantes par sa hiérarchie. Entre-temps, le 7e régiment participe à la guerre d’Espagne, où une partie de l’infanterie de ligne française est engagée dans une lutte longue et éprouvante contre les armées britanniques, portugaises et espagnoles. C’est très probablement dans ce contexte que se déroule la fin de sa carrière. Le registre indique en effet qu’il est « resté en arrière, rayé des contrôles pour longue absence ». Une telle annotation renvoie généralement à un homme absent de son corps pendant une durée prolongée, à la suite d’une hospitalisation, d’une maladie, d’un retard au retour, d’une convalescence ou parfois d’une disparition administrative dans les mouvements de troupes. Au vu de sa présence encore attestée comme sergent en 1811, il est probable que Martin quitte le service dans le courant de 1812 ou de 1813, après près de sept années passées dans les armées impériales — une durée considérable pour un soldat issu des campagnes brabançonnes.
De retour à Neerheylissem, il réintègre la maison familiale de la rue Saint-Sulpice. Le 31 mai 1815, il épouse Marie Josèphe Debauge (1779 – 1852). Martin reprend la maison au décès de ses parents et exerce la profession de journalier. Dans un village fortement tourné vers l’agriculture comme Neerheylissem, ce terme désigne un homme vivant de travaux rémunérés à la journée, généralement au service des grandes exploitations de la région. Il peut s’agir de travaux des champs, de manutention, de soins aux bêtes, de transport, de battage ou de divers ouvrages saisonniers selon les besoins des fermes et le rythme de l’année agricole.
Le couple a quatre enfants. Les deux aînés atteignent l’âge adulte et laissent une descendance qui se poursuit encore aujourd’hui. Parmi leurs descendants figure notamment Henri Monette, qui reprit la grande forge Jadoul — aujourd’hui disparue — au carrefour de la rue de l’Abbaye et de la rue de Flône (lieu qui fut appelé « Amon Monette »), à la suite de son mariage avec Eugénie Jadoul. De cette branche descendent entre autres Robert Theunis, mais aussi Jean et Émile Parfonry. Martin Monette meurt à Neerheylissem le 29 juillet 1837, à l’âge de cinquante-trois ans.
Charles (1787 – 1812)
Charles, durant la retraite de l'armée impériale en Russie, 1812
Son frère Charles Monette est, quant à lui, conscrit de la classe 1807 et rejoint l’armée impériale le 1er septembre 1807. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme de 1,56 mètre, au visage ovale, au front couvert, aux yeux bleus, au nez pointu, à la bouche moyenne, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils blonds.
Il est incorporé au 57e régiment d’infanterie de ligne — encore parfois désigné par habitude comme « semi-brigade » dans certains registres ou récits — et affecté d’abord au 4e bataillon, 2e compagnie. Le 18 mars 1809, il passe au 2e bataillon, toujours dans la 2e compagnie, avant d’être versé chez les voltigeurs du 2e bataillon à partir du 6 juin 1809. Ce transfert vers une compagnie de voltigeurs n’est pas anodin : ces compagnies d’élite regroupent en principe des hommes jugés plus vifs, plus aguerris ou plus aptes aux missions de tirailleurs et de couverture. Même si Charles est de petite taille, ce qui n’est pas exceptionnel dans l’armée impériale, son passage chez les voltigeurs indique qu’il a su faire ses preuves dans les premiers temps de son service.
Le 57e régiment d’infanterie de ligne est alors engagé dans les grandes campagnes de l’Empire. Charles sert très probablement dans la guerre contre l’Autriche en 1809, campagne marquée par les batailles d’Abensberg, d’Eckmühl, d’Essling et surtout de Wagram. Dans les années qui suivent, son régiment continue de servir au sein des armées impériales et finit par être entraîné dans la campagne de Russie de 1812. Cette expédition, la plus désastreuse de l’épopée napoléonienne, emporte avec elle une part immense de la Grande Armée. Les soldats y sont décimés autant par les combats que par les marches interminables, la faim, les maladies, l’épuisement et le froid extrême qui ravage les colonnes françaises lors de la retraite.
C’est dans ce contexte que Charles Monette disparaît des sources. Il est signalé comme prisonnier en Russie en 1812. Cette mention signifie qu’il a survécu, au moins un temps, aux premières phases de la campagne ou à la retraite, avant de tomber aux mains des Russes. Pour nombre de soldats impériaux, la captivité en Russie équivaut cependant à une condamnation différée : éloignement, dénuement, maladie, malnutrition et conditions climatiques effroyables y provoquent une mortalité très élevée. En l’absence de toute trace ultérieure, il est donc plus que probable que Charles Monette soit mort en captivité, loin des siens, sans être revenu dans son village natal. Il n’a laissé aucune descendance.
Augustin MOYENS-MOAERTS (1789 – 1869)
Augustin pendant la retraite de la campagne de Russie en 1812
Augustin Moyens (né Moaerts, parfois orthographié Moyaerts) voit le jour le 20 août 1789 à Laar, dans la maison familiale de ses parents, qui devait se situer à l'emplacement de l'actuel n°24 de la Wangestraat. Cette bâtisse, aujourd'hui disparue, était implantée directement en bord de rue. Il est le sixième enfant d'une fratrie de dix, né du mariage d'Antoine (parfois prénommé Athanase) Moaerts (1755 – 1816) et de Marie Barbe Wauters (1758 – 1830), originaire de Neerheylissem.
Conscrit de l'an 1809, Augustin ne rejoint finalement l'armée impériale que le 13 janvier 1811, à l'âge de vingt et un ans, après avoir été déclaré réfractaire. Sous le Premier Empire, un conscrit réfractaire était un homme appelé sous les drapeaux qui ne s'était pas présenté au moment fixé pour son incorporation. Recherché par la gendarmerie, il pouvait être arrêté plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard, avant d'être incorporé de force dans un régiment. Dans le cas d'Augustin Moyens, cette mention indique donc qu'il s'était soustrait à son appel initial avant d'être finalement retrouvé et envoyé à l'armée.
Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,70 mètre, au visage ovale, au front ordinaire, aux yeux bleus, au nez pointu, à la bouche moyenne, au menton à fossette, aux cheveux et sourcils châtains, sans signe particulier.
Il est affecté au dépôt du 32e régiment d'infanterie de ligne. Ce régiment, engagé depuis plusieurs années dans la guerre d'Espagne, reçoit alors un important contingent de jeunes recrues destinées à remplacer les lourdes pertes subies sur ce théâtre d'opérations. Le dépôt est chargé d'assurer leur instruction avant leur envoi vers les bataillons de campagne. Augustin n'y reste cependant que peu de temps. Le 3 avril 1811, moins de trois mois après son incorporation, il déserte en compagnie d'un autre conscrit réfractaire originaire de Laar, Lambert Lecocq, incorporé dans le même régiment. Tous deux sont jugés par contumace et condamnés, le 12 juin 1811, à cinq années de travaux publics ainsi qu'à une amende de 1 500 francs, une peine particulièrement sévère destinée à décourager les désertions.
Les registres militaires s'arrêtent ensuite brutalement. Pourtant, plusieurs éléments démontrent qu'Augustin reprit ultérieurement du service. Il recevra en effet, en 1857, la médaille de Sainte-Hélène, distinction réservée aux anciens militaires ayant effectivement servi sous les armées françaises entre 1792 et 1815. Par ailleurs, les récits transmis dans le village rapportent sa participation à la campagne de Russie de 1812. L'hypothèse la plus vraisemblable est qu'après sa condamnation, il fut arrêté ou se présenta volontairement afin de bénéficier d'une mesure de clémence. Les déserteurs repris étaient fréquemment réintégrés dans les armées, parfois dans un autre régiment que celui dont ils s'étaient échappés. Si tel fut son cas, Augustin aurait rejoint les immenses renforts levés pour la campagne de Russie, participant à l'une des plus terribles expéditions de l'époque. Comme tant d'autres soldats, il aurait connu les longues marches, les privations, les combats et la retraite catastrophique de l'hiver 1812. Il est ensuite possible qu'il ait poursuivi son service durant les campagnes d'Allemagne en 1813 avant d'être finalement renvoyé dans ses foyers en 1814, comme de nombreux soldats originaires des anciens départements belges, licenciés en qualité d'« étrangers » après la première abdication de Napoléon.
Ce qui est certain, c'est qu'il est de retour dans la région au début de l'année 1814. Son premier enfant, né hors mariage, voit en effet le jour le 12 janvier 1815 à Neerheylissem et sera légitimé par la suite. Sa compagne est Marie Anne Theunis (1790 – 1870), qu'il épouse à Neerheylissem le 19 avril 1816.
Installé à Ardevoor, Augustin exerce la profession de journalier. Dans un village essentiellement agricole, ce métier consistait à louer quotidiennement sa force de travail auprès des grandes exploitations de la région, en participant aux labours, aux semailles, aux moissons, à l'entretien des cultures ou à d'autres travaux saisonniers, selon les besoins des propriétaires. Le jeune ménage habite probablement d'abord dans une maison appartenant à la famille Theunis, située à gauche de « Amon Subile », ou plus vraisemblablement dans l'une des grandes fermes d'Ardevoor où Augustin trouvait du travail. Entre 1830 et 1840, le couple devient propriétaire d'une partie d'une vaste habitation déjà représentée sur les cartes de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La partie occupée par la famille Moyens correspond aujourd'hui aux actuels n°86 à 90 de la rue d'Ardevoor.
En 1857, Augustin reçoit officiellement la médaille de Sainte-Hélène des mains de Napoléon III, reconnaissance définitive de son service dans les armées impériales, malgré un parcours militaire mouvementé marqué par la réfractarité et la désertion. Il s'éteint dans sa maison d'Ardevoor le 23 août 1869, à l'âge de quatre-vingts ans.
Il laisse une abondante descendance, six de ses sept enfants ayant eux-mêmes fondé une famille. Parmi ses descendants figurent notamment :
ceux de son fils Maximilien Moyens (1818 – 1906), responsable de la « Barrière » de la rue Saint-Job, à l'origine de la branche surnommée « les Badou ». On y retrouve notamment Jean Delande, Joseph Désiré Thomas (époux de Rosa Terwagne) et leurs descendants, les Moyens de « chez Païen », René Van Nunen, les descendants de Célestin Ovart de Neerheylissem, Simone Dethiège et de nombreuses autres familles ;
ceux de son fils Guillaume Moaerts (1815 – 1885), parmi lesquels Jean-Paul et Arnaud Goyens ;
ceux de son fils Augustin (1824 – †), dont Jean-Claude et David Goyens ;
ainsi que de nombreuses autres branches familiales encore présentes aujourd'hui dans la région.
Henry POELMANS (1791 – 1859)
Henry Poelmans voit le jour le 25 mai 1791, rue du Couvent à Neerheylissem, dans une maison correspondant à l'actuel n°51 de la rue de l'Abbaye, ou dont la construction actuelle constitue l'évolution de la bâtisse d'origine. Il est le troisième et dernier enfant de Gérard Poelmans (1740 – 1794), originaire d'Hasselbroek, et d'Anne Josèphe Delmel (1757 – 1835). Son enfance est rapidement marquée par le décès de son père, alors qu'il n'a que trois ans. Sa mère élève seule ses enfants jusqu'en 1810, année où sa fille aînée épouse Louis Gurny, qui vient s'installer au foyer familial.
C'est très probablement au printemps 1811, aux alentours du mois d'avril, qu'Henry est incorporé dans l'armée impériale. Son registre matricule n'a malheureusement pas été retrouvé et sa participation aux campagnes napoléoniennes n'est connue que grâce à l'attribution de la médaille de Sainte-Hélène en 1857. Son année de naissance correspond toutefois parfaitement à la classe des conscrits appelés en 1811, comme plusieurs autres jeunes hommes de Neerheylissem.
Faute de connaître son régiment, il est impossible de retracer précisément son parcours militaire. Il est néanmoins probable qu'il ait été versé dans un régiment d'infanterie de ligne destiné à renforcer les armées engagées en Espagne ou les unités qui se préparaient aux grandes campagnes de l'Empire. Les jeunes recrues de cette période connaissent un service particulièrement éprouvant, alternant longues marches, entraînement intensif, maladies et déplacements constants entre les dépôts et les corps de campagne.
Un élément permet cependant de mieux cerner son parcours : Henry est de retour à Neerheylissem au début de l'année 1813 puisqu'il s'y marie dès le mois de mai. Il est dès lors très peu probable qu'il ait participé à la campagne de Russie de 1812 ou aux opérations d'Allemagne qui suivent. Son retour anticipé laisse plutôt penser qu'il fut réformé ou libéré avant terme à la suite d'une blessure, d'une maladie grave ou d'une incapacité physique constatée par une commission militaire. De nombreux soldats furent ainsi renvoyés dans leurs foyers après avoir été jugés définitivement inaptes au service. Le fait qu'il ait néanmoins reçu la médaille de Sainte-Hélène confirme qu'il avait bien accompli un temps de service effectif sous les drapeaux de l'Empire.
De retour dans son village, Henry épouse le 17 mai 1813, à Neerheylissem, Marie Sibille (1781 – 1861), sœur de Jean Pierre Sibille, lui aussi ancien soldat de l'armée impériale. Le couple aura trois enfants, dont deux laisseront une descendance toujours présente en Belgique.
Vers 1845-1850, Henry fait construire une nouvelle maison à Ardevoor, correspondant à l'actuel n°85 de la rue d'Ardevoor. C'est dans cette demeure qu'il passe la fin de sa vie. En 1857, Napoléon III lui remet la médaille de Sainte-Hélène, reconnaissance officielle de ses services sous le Premier Empire. Henry Poelmans s'éteint dans sa maison le 7 mars 1859, à l'âge de soixante-sept ans, deux ans après avoir reçu cette distinction.
Toussaint RENQUET (1791 – 1812)
Toussaint à l’hôpital d’Amboise (France), en 1812.
Toussaint Renquet voit le jour le 11 octobre 1791 à Neerheylissem, dans la maison familiale Renquet, déjà présente sur les cartes de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Cette habitation constitue le noyau de la maison qui évoluera au fil du temps et des propriétaires pour devenir la célèbre maison « Amon Anne », successivement du 19e au 21e siècles charronnerie, magasin de textile, épicerie, puis restaurant encore aujourd’hui. Correspondant aujourd'hui à l'actuel n°32 de la rue de la Station, elle se trouvait alors à l'un des rares carrefours bâtis du quartier, à l'intersection de la rue Carlé (future rue du Pont-Neuf) et de la rue de l'Enfer (actuelle rue de la Station).
Toussaint est le deuxième enfant d'une fratrie qui comptera onze enfants issus des deux mariages de son père, Libert (également prénommé Lambert ou Hubert) Renquet (1765 – 1823), maçon de profession. Celui-ci eut cinq enfants avec sa première épouse, Marie Joseph Drooghmans (1768 – 1802), dont Toussaint, puis six autres avec Catherine Ausloos (1773 – 1854), originaire de Meer (Gossoncourt).
Conscrit le 16 avril 1811, Toussaint rejoint l'armée impériale le 25 avril suivant. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme de dix-neuf ans mesurant 1,61 mètre, au visage ovale, au front couvert, aux yeux bruns, au nez pointu, à la bouche moyenne, au menton rond, aux cheveux et sourcils bruns, sans marque particulière.
Il est affecté au 94e régiment d'infanterie de ligne, au sein du 5e bataillon, 3e compagnie, en qualité de fusilier. À cette époque, le régiment est engagé dans la guerre d'Espagne, où les combats alternent avec de longues marches, des cantonnements précaires et des conditions sanitaires particulièrement éprouvantes. Avant même de rejoindre définitivement son unité de campagne, les recrues transitent par plusieurs dépôts et hôpitaux militaires répartis sur le territoire français.
Le 11 septembre 1811, moins de cinq mois après son incorporation, Toussaint est admis à l'hôpital militaire d'Amboise. Le registre ne précise malheureusement pas la cause de cette hospitalisation. Il est toutefois vraisemblable qu'il ait été atteint d'une maladie plutôt que blessé au combat. Les fièvres, dysenteries, affections pulmonaires et autres maladies contagieuses faisaient alors davantage de victimes que les combats eux-mêmes parmi les jeunes recrues. L'hôpital d'Amboise accueillait notamment des soldats malades ou convalescents provenant des dépôts de l'ouest et du sud-ouest de la France avant leur départ vers la péninsule Ibérique.
Son état de santé semble ne jamais s'être suffisamment amélioré pour lui permettre de reprendre son service. Le 30 septembre 1812, près d'un an après son admission, il est officiellement « rayé des contrôles pour trop longue absence », mention administrative utilisée lorsque l'absence prolongée d'un militaire ne permet plus de le maintenir sur les effectifs de son régiment. Aucune autre trace de Toussaint Renquet n'a ensuite été retrouvée, ni dans les registres militaires, ni dans les archives civiles de Belgique. En l'absence d'un acte de décès formel, il est donc très probable qu'il soit décédé à l'hôpital militaire d'Amboise ou peu après, des suites de la maladie qui avait motivé son hospitalisation. Comme plusieurs autres jeunes hommes d'Hélécine emportés par les campagnes napoléoniennes, il disparaît ainsi loin de son village natal, à l'âge d'à peine vingt ans, sans laisser de descendance.
Emmanuel SEVENANS (1791 – 1812)
Emmanuel en manoeuvre avec son régiment d'artillerie durant la campagne de Russie à l’hiver 1812.
Emmanuel Sevenans naît à Neerheylissem le 17 novembre 1791, dans la maison familiale Sevenans de la rue Saint-Job. Aujourd’hui disparue, celle-ci se situait approximativement en face de la fontaine Sevenans, entre les actuels n°12 et 12A de la rue. Il appartient à l’une des familles les plus enracinées du village : il est le second fils de Charles Sevenans (1762 – 1844), ancêtre de tous les Sevenans d’Hélécine, lui-même fils de Guillaume Sevenans, premier représentant de la lignée à s’être installé à Neerheylissem. Charles Sevenans et son épouse Marie Catherine Billen (1764 – 1832) eurent dix enfants, Emmanuel étant le deuxième né.
Emmanuel est conscrit de la classe 1811 et entre dans l’armée impériale le 18 mai 1811, à l’âge de dix-neuf ans. Il est d’abord affecté au 76e régiment d’infanterie de ligne, au 5e bataillon, 2e compagnie. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,72 mètre, au visage plein, au front haut, aux yeux bruns, au gros nez, à la bouche moyenne et au menton rond. Ses cheveux et ses sourcils sont noirs, et son teint est dit « coloré ».
Son incorporation intervient à une période où l’Empire napoléonien semble encore à son apogée, mais où l’effort militaire demeure considérable. En 1811, de nombreux régiments d’infanterie de ligne sont employés à la fois à la guerre d’Espagne, à la surveillance des côtes, aux garnisons intérieures et à la préparation des grandes opérations à venir. Le 5e bataillon auquel Emmanuel est d’abord rattaché correspond très vraisemblablement à un bataillon de dépôt ou de formation, chargé de recevoir les conscrits, de les instruire et de fournir des renforts aux bataillons de guerre. Son passage dans ce bataillon laisse penser qu’il n’est pas immédiatement envoyé au front, mais qu’il commence son service dans l’environnement plus administratif et formatif du dépôt régimentaire.
Cette première affectation ne dure toutefois que quelques mois. Le 15 octobre 1811, Emmanuel Sevenans est transféré au 5e régiment d’artillerie. Ce changement d’arme n’est pas exceptionnel dans l’armée impériale : des hommes jugés aptes physiquement, disponibles ou utiles à la réorganisation des corps peuvent être versés de l’infanterie vers l’artillerie, arme hautement sollicitée à la veille de la campagne de Russie. Le 5e régiment d’artillerie fait alors partie du IIe Corps du maréchal Oudinot, l’un des grands corps engagés dans l’expédition de 1812.
Ce transfert est capital pour comprendre le destin probable d’Emmanuel. Le IIe Corps d’Oudinot participe en effet à la campagne de Russie de 1812, l’une des plus vastes et des plus meurtrières de l’histoire napoléonienne. Chargé d’opérer sur l’aile nord de la Grande Armée, ce corps franchit le Niémen avec les forces françaises et alliées au début de l’été 1812. Il combat dans la région de Polotsk, sur la ligne de la Dvina, dans un secteur stratégique destiné à couvrir la route de Saint-Pétersbourg et à protéger le flanc de l’armée principale.
Si Emmanuel suit bien son nouveau corps jusqu’en Russie — ce qui est l’hypothèse la plus vraisemblable — il a alors pris part à une campagne d’une brutalité extrême. Le IIe Corps est engagé dans les combats de Polotsk en août puis en octobre 1812, face aux forces russes de Wittgenstein. Ces affrontements, menés dans des conditions de plus en plus éprouvantes, s’inscrivent dans un contexte général de fatigue, de pénurie et de désorganisation croissante. Les artilleurs, comme les fantassins, sont soumis à des marches épuisantes, à la difficulté de déplacer les pièces, au manque de fourrage pour les chevaux, à l’insuffisance des vivres et, à partir de l’automne, à la dégradation rapide des conditions climatiques.
Après l’évacuation de Moscou et le début de la retraite générale de la Grande Armée, les unités du IIe Corps sont elles aussi entraînées dans l’effondrement progressif du dispositif français. Les pertes deviennent immenses, dues aux combats, au froid, à la faim, à l’épuisement, aux maladies, à la désorganisation des convois et à la destruction d’une grande partie du matériel d’artillerie. Pour beaucoup de soldats, et plus encore pour les hommes des régiments dont les archives ont disparu ou sont lacunaires, la campagne de Russie marque une disparition pure et simple des sources.
C’est précisément ce qui semble s’être produit pour Emmanuel Sevenans. Après son transfert au 5e régiment d’artillerie, sa trace se perd. Le registre de ce régiment n’a pas été retrouvé, ce qui empêche de suivre avec certitude son parcours après octobre 1811 et de connaître officiellement les circonstances de sa disparition. En l’état actuel des sources, tout porte néanmoins à croire qu’il a disparu au cours de la campagne de Russie, probablement en 1812, comme tant d’autres soldats de la Grande Armée dont aucun acte de décès n’est venu consigner la fin.
Faute de document plus précis, il n’est pas possible d’affirmer s’il mourut au combat, de maladie, d’épuisement ou durant la retraite. Il est tout aussi impossible de dire s’il fut porté disparu, fait prisonnier ou simplement rayé des contrôles sans autre précision. Mais le silence des archives après son transfert dans un corps engagé en Russie constitue un indice fort : Emmanuel Sevenans compte très probablement parmi ces jeunes conscrits de Neerheylissem qui ne revinrent jamais de la grande catastrophe de 1812.
Il ne laissa aucune descendance. Son destin, comme celui de nombreux soldats issus des villages de l’ancienne commune d’Hélécine, demeure partiellement enseveli dans les lacunes documentaires de l’épopée impériale. Il n’en reste pas moins un représentant marquant de la lignée Sevenans, emporté dans la tourmente des guerres napoléoniennes alors qu’il n’avait guère plus de vingt ans.
Libert VAN HOEBROECK (1786 – 1812)
Libert en 1811, patrouillant sur les côtes hollandaises.
Libert Van Hoebroeck (ou Vanhoebroeck) voit le jour le 14 janvier 1786 à Neerheylissem, dans la maison familiale Van Hoebroeck, aujourd’hui disparue. Cette bâtisse se situait au centre du village, à cheval sur les propriétés des actuels n°27 et 29 de la rue des Charrons. Les Van Hoebroeck formaient une ancienne famille de Neerheylissem, aujourd’hui disparue de la localité, qui exerçait notamment des activités de brassage et de boulangerie. Signalons également que le grand-père de Libert, Libert (Van) Hoebroeck (1709-1769), occupa la fonction de mayeur (praetor) de Neerheylissem au milieu du XVIIIe siècle.
Libert est le troisième enfant d’une fratrie de dix, né de Libert Van Hoebroeck (1756-1847), cultivateur, et de Marie Louise Wéry (1758-1840).
En raison de son année de naissance, Libert aurait normalement dû être appelé lors des levées des classes 1805 ou 1806. Aucune trace de cette première convocation n’a cependant été retrouvée. Lorsqu’il apparaît finalement dans les registres militaires, en 1811, il est qualifié de « conscrit réfractaire ». Cette mention indique qu’il ne s’était pas présenté lors de son appel initial sous les drapeaux et qu’il avait ainsi échappé pendant plusieurs années à la conscription. Recherché par les autorités impériales, il finit par être arrêté ou par se présenter volontairement, avant d’être incorporé dans l’armée. La qualification de « conscrit réfractaire » ne désigne donc pas sa classe de conscription, mais bien sa situation administrative au moment de son incorporation.
Libert rejoint finalement l’armée impériale le 5 avril 1811, à l’âge de vingt-cinq ans, au sein du régiment de l’Île de Walcheren. Cette unité avait été créée après l'expédition britannique de Walcheren de 1809. Elle regroupait principalement des bataillons provisoires destinés à assurer la défense des côtes hollandaises et zélandaises, particulièrement vulnérables après cette tentative de débarquement anglais. Composé essentiellement d’infanterie de ligne, ce régiment était chargé de la surveillance des côtes, de la garde des places fortes et de la formation des recrues avant leur éventuelle affectation dans des régiments de campagne.
Dans les registres militaires de ses deux régiments, Libert est décrit comme un homme de vingt-cinq ans mesurant 1,64 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage allongé, un front moyen, des yeux gris, un nez bien fait, un menton long et ne présente aucune marque particulière.
Extrait du registre du Régiment de l’île de Walcheren.
Extrait du registre du 21e Régiment d'Infanterie de Ligne
Affecté comme fusilier, il sert d’abord au 4e bataillon avant d’être versé, le 1er août 1811, à la 2e compagnie du 3e bataillon du régiment de l’Île de Walcheren. Quelques semaines plus tard, le 8 septembre 1811, il est transféré au 21e régiment d’infanterie de ligne, où il rejoint la 4e compagnie du 6e bataillon. Ce régiment fait alors partie des nombreuses unités que Napoléon prépare en vue de la gigantesque campagne contre la Russie. Au cours du premier semestre de 1812, le 21e régiment est intégré à la Grande Armée et participe à l’invasion de l’Empire russe. Comme des centaines de milliers de soldats français et alliés, Libert prend vraisemblablement part à la longue marche vers Moscou, ponctuée de combats, d’immenses difficultés logistiques, de maladies et d’un épuisement croissant. Après l’abandon de Moscou en octobre 1812, le régiment est entraîné dans la retraite catastrophique qui décime la Grande Armée sous l’effet du froid, de la faim, des attaques russes et des maladies.
Son registre matricule porte la mention « perdu en Russie pendant la campagne de 1812 ». Cette formule était employée lorsque l’administration militaire perdait définitivement la trace d’un soldat, sans pouvoir établir avec certitude les circonstances exactes de sa disparition. Dans la très grande majorité des cas, elle correspond au décès du militaire au cours de la retraite de Russie, son corps n’ayant jamais été retrouvé ni identifié. Libert Van Hoebroeck figure ainsi parmi les nombreuses victimes anonymes de cette campagne, l’une des plus dramatiques de toute l’épopée napoléonienne. Il mourut sans s’être marié et ne laissa aucune descendance.
Ferdinand VAN HOOF (1791 – 1865)
Ferdinand en 1812 contre les forces de résistance espagnoles.
Ferdinand voit le jour le 23 janvier 1791 dans une maison aujourd’hui disparue, située dans l’unique habitation de la « ruelle du Garde Champêtre », une petite voie qui reliait autrefois la rue des Charrons à la place du village et, par une bifurcation appelée le « Misbempt », à la rue des Juifs. Cette ruelle débutait à hauteur de l’actuel n°118 de la rue des Charrons, à proximité de la maison du garde champêtre, elle aussi disparue. Elle traversait ensuite l’îlot compris entre la rue des Charrons et la rue des Juifs pour déboucher sur l’ancienne place du village, entre les actuels n°88 de la rue des Charrons et n°1 de la rue des Juifs. De l’autre côté, le Misbempt — terme flamand désignant une « parcelle de bonne qualité » — rejoignait la rue des Juifs à hauteur de l’actuel n°27. La maison de la famille Van Hoof, dont le nom est également orthographié Vanhove ou Vanhoven dans les archives et encore actuellement, se trouvait au croisement de ces deux ruelles, à l’emplacement correspondant aujourd’hui au fond des jardins des actuels n°24 et 26 de la rue de Flône.
Conscrit de la classe 1811, Ferdinand rejoint l’armée impériale le 16 avril 1811, à l’âge de vingt ans. Le registre matricule le décrit comme un jeune homme mesurant 1,68 mètre, au visage ovale, au front haut, aux yeux bruns, au gros nez, à la grande bouche, au menton long, avec des cheveux et des sourcils châtains. Une cicatrice à la lèvre est mentionnée comme signe particulier.
Il est incorporé comme fusilier au 94e régiment d’infanterie de ligne, au sein du 5e bataillon, 3e compagnie. Ce régiment est alors engagé dans la guerre d’Espagne, l’un des conflits les plus longs et les plus éprouvants de l’Empire. Les registres indiquent que Ferdinand participe aux campagnes de 1811 et de 1812 au sein de l’armée d’Espagne. Durant cette période, le 94e régiment prend part aux nombreuses opérations de contre-insurrection menées contre les guérillas espagnoles ainsi qu’aux combats opposant les forces françaises aux armées britanniques, portugaises et espagnoles. Comme beaucoup de soldats engagés dans la péninsule Ibérique, Ferdinand alterne marches, escortes de convois, défense de places fortes et affrontements souvent violents dans un terrain difficile.
Le 15 octobre 1812, il est promu caporal, preuve qu’il s’est distingué par son ancienneté, sa discipline ou ses qualités militaires. Cette promotion intervient à un moment où les pertes subies en Espagne ouvrent des possibilités d’avancement aux soldats expérimentés.
Le registre mentionne ensuite sa participation à la campagne de 1813 « au même corps, 7e armée ». Cette indication fait très probablement référence à l'Armée d'Espagne, réorganisée en plusieurs corps d’armée durant la poursuite des opérations après la défaite française de Vitoria, en juin 1813. Le 94e régiment participe alors à la difficile retraite vers les Pyrénées, avant de combattre sur le territoire français lors des offensives alliées de la fin de l’année.
La mention « campagne de 1814 en France » signifie que Ferdinand prend part à la défense du territoire national durant les derniers mois du Premier Empire. Après le franchissement des Pyrénées par les troupes anglo-hispano-portugaises commandées par Wellington, le 94e régiment est engagé dans les combats du sud-ouest de la France, notamment autour de Bayonne, d'Orthez ou de Toulouse, où les armées françaises tentent de ralentir l'invasion alliée jusqu'à la première abdication de Napoléon.
Le registre précise enfin qu’il est « au dépôt » à partir de janvier 1814. Cette affectation laisse penser qu’il est retiré des unités combattantes, soit pour convalescence après une maladie ou une blessure, soit afin de participer à l’encadrement et à l’instruction des recrues. Le 21 mai 1814, il est porté comme « mort ou déserteur », une formule administrative relativement fréquente dans les derniers mois de l’Empire lorsque les communications étaient rompues et que de nombreux soldats quittaient les dépôts ou rejoignaient leur région d’origine sans que leur situation puisse être immédiatement régularisée. Le fait qu’il soit rentré vivant à Neerheylissem, qu’il ait ensuite reçu la médaille de Sainte-Hélène et qu’aucune poursuite ne semble avoir été engagée contre lui laisse penser qu’il quitta probablement le dépôt dans le contexte de la dissolution progressive de l’armée après la chute de Napoléon, avant que sa situation ne soit officiellement régularisée.
De retour à Neerheylissem, Ferdinand retrouve la maison familiale et épouse, le 30 décembre 1815, Caroline Ovart (1793 – 1846). Dans les registres de population, il est successivement mentionné comme journalier, puis cultivateur. À la mort de ses parents, il reprend la maison où il est né.
Après le décès de Caroline, il se remarie en 1847 avec Marie Thérèse Staes (1805 – 1848), originaire de Saint-Jean-Geest, qui décède à son tour prématurément. Il épouse ensuite, en troisièmes noces, Marie Thérèse Lheureux (1801 – 1871), originaire de Crehen, en 1850. Aucun de ces trois mariages ne donnera naissance à des enfants.
En 1857, Ferdinand reçoit la médaille de Sainte-Hélène, décernée par Napoléon III aux anciens soldats ayant servi entre 1792 et 1815. Cette distinction est d’autant plus remarquable que son registre militaire le mentionnait comme « mort ou déserteur » en mai 1814. L’attribution de cette médaille confirme néanmoins que son service fut reconnu officiellement, ce qui tend à démontrer que sa situation fut finalement régularisée à l’issue de la dissolution des armées impériales.
Ferdinand s’éteint dans sa maison de Neerheylissem le 15 novembre 1865, à l’âge de septante-quatre ans. N’ayant laissé aucune descendance, son souvenir demeure aujourd’hui principalement à travers les archives militaires et civiles qui permettent de retracer le parcours de l’un des derniers témoins locaux des campagnes napoléoniennes.
Jean François VANDENBOSCH (1794-1851)
Jean François à l'été 1813, durant la bataille de Dresde.
Jean François Vandenbosch voit le jour à Neerheylissem le 16 novembre 1794. Il est le deuxième enfant d’une fratrie de sept, mais en devient l’aîné effectif puisque son frère né avant lui ne survit que trois jours. Ses parents sont Michel Vandenbosch (1761 – 1813) et Henriette Raussens (1763 – 1816).
La famille habite dans une maison située à l’emplacement de l’actuel n°110 de la rue des Charrons. Le bâtiment a bien entendu été remanié depuis, mais la construction actuelle conserve encore quelques éléments remontant à cette époque, notamment le petit bâtiment situé à droite à l’entrée de la propriété. C’est là que grandit Jean François, dans ce noyau ancien du village de Neerheylissem.
Jean François apparaît comme conscrit de l’an 1814, mais c’est en réalité dès le 9 avril 1813, à l’âge de dix-huit ans et demi, qu’il rejoint l’armée impériale, comme plusieurs autres jeunes hommes des villages de l’actuelle commune d’Hélécine appelés de manière anticipée. Il est versé au 44e régiment d’infanterie de ligne, dans le 3e bataillon, 4e compagnie.
Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,61 mètre. Il possède un visage ovale, un front bas, des yeux bleus, un nez aquilin, une bouche moyenne, un menton rond, ainsi que des cheveux et des sourcils châtains.
Son incorporation intervient dans un moment critique de l’histoire de l’Empire. Après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie en 1812, Napoléon doit reconstituer dans l’urgence ses effectifs pour faire face à la Sixième Coalition. Le 44e régiment d’infanterie de ligne est alors engagé dans cette vaste remise sur pied de l’armée française, et les jeunes conscrits de 1813 sont rapidement envoyés vers les dépôts, puis vers les unités appelées à prendre part à la campagne d’Allemagne.
Jean François rejoint ainsi un régiment qui participe vraisemblablement aux opérations de 1813, au cours desquelles l’armée impériale affronte successivement les forces coalisées en Saxe et en Allemagne centrale. Le 44e régiment est engagé dans cette phase décisive de la guerre, marquée par les batailles de Lützen, Bautzen, Dresde puis, à l’automne, par l’effondrement progressif du dispositif napoléonien après Leipzig. Comme beaucoup de jeunes recrues de son âge, Jean François est donc entraîné dans une campagne d’une grande dureté, faite de marches, de transferts incessants, de fatigues et de pertes croissantes.
Après la retraite de l’armée française, une partie du 44e régiment se retrouve enfermée dans la place forte de Hambourg, défendue par le maréchal Davout. La garnison y subit un long blocus durant l’hiver 1813-1814, dans des conditions particulièrement pénibles. Sans qu’il soit possible de suivre au jour le jour le parcours individuel de Jean François au sein du régiment, il est très probable qu’il ait partagé, au moins en partie, le sort de ces soldats du 44e de ligne engagés dans les derniers mois de résistance de l’Empire.
Sa carrière militaire prend fin le 21 juin 1814, date à laquelle il est congédié « comme étranger ». Cette mention est caractéristique du contexte qui suit la première chute de Napoléon et la Première Restauration. Les soldats originaires des départements annexés, notamment ceux nés dans les anciens Pays-Bas autrichiens, cessent alors progressivement d’être considérés comme sujets français. Beaucoup sont licenciés et renvoyés dans leur région d’origine. Pour Jean François Vandenbosch, cette décision met un terme à un service relativement bref, accompli dans les derniers mois de l’Empire.
De retour à Neerheylissem, il regagne la maison familiale de la rue des Charrons. En 1817, il y épouse Marie Anne Vandiest (1798 – 1876), sœur cadette de Jean Stéphane Vandiest, un autre conscrit hélécinois qui, lui, n’eut pas la chance de revenir au pays suite à son décès sous les drapeaux en 1813.
Le couple Vandenbosch-Vandiest aura dix enfants. Tous naîtront dans la maison familiale de la rue des Charrons, reprise par Jean François et son épouse après le décès des parents de celui-ci. Cette demeure devient ainsi le centre d’une importante lignée locale au cours de la première moitié du XIXe siècle.
Jean François travaille toute sa vie comme cultivateur. Après le bref épisode militaire imposé par la conscription impériale, il reprend donc une existence enracinée dans le terroir de Neerheylissem, au rythme du travail agricole et de la vie familiale.
Il décède le 23 août 1851, à l’âge de cinquante-six ans. Sa descendance s’est largement perpétuée : six de ses enfants ont eux-mêmes laissé postérité, donnant naissance à plusieurs branches familiales, dont l’une ira s’établir à Anvers. Par son mariage avec Marie Anne Vandiest, Jean François Vandenbosch relie en outre deux familles de Neerheylissem marquées, chacune à sa manière, par l’épisode de la conscription impériale.
Jean Stéphane VANDIEST (1794-1813)
Jean Stéphane, 1813, à l'hôpital de l'Hôtel Dieu de Valenciennes
Jean Stéphane Vandiest naît à Neerheylissem le 26 décembre 1794. Il est très probablement venu au monde dans l’une des grandes censes situées aux abords de l’actuelle rue des Charrons ou de la rue de Flône, où travaillent et résident ses parents, Jean Baptiste Vandiest (1763 – v. 1799) et Marie Thérèse Gilson (1769 – 1844).
La famille est de petite taille, fait relativement peu courant pour l’époque. La fratrie se limite en effet à Jean Stéphane et à sa sœur Marie Anne Vandiest (1798 – 1876), qui épousera plus tard un autre ancien soldat de l’armée impériale, Jean François Vandenbosch.
Jean Stéphane Vandiest est incorporé dans l’armée impériale française le 9 avril 1813. Bien qu’il soit enregistré comme conscrit de la classe 1814, il rejoint les rangs à l’âge de dix-neuf ans dans le cadre des levées anticipées décidées après les pertes considérables de la campagne de Russie. Cette date du 9 avril 1813 correspond d’ailleurs, pour les villages de l’actuelle commune d’Hélécine, à l’un des plus importants départs collectifs de jeunes hommes vers l’armée impériale.
Dans le registre militaire, Jean Stéphane est décrit comme un jeune homme de dix-neuf ans mesurant 1,64 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains clairs, un visage plein surmonté d’un front bas ainsi que des yeux gris. Ses traits se caractérisent par un gros nez, une bouche moyenne et un menton rond. Aucune marque particulière n’est signalée.
Il est affecté au 44e régiment d’infanterie de ligne, au sein de la 4e compagnie du 3e bataillon. Son incorporation intervient à un moment où Napoléon s’efforce de reconstituer dans l’urgence ses armées après l’effondrement de la Grande Armée en Russie. Comme beaucoup de jeunes conscrits appelés par anticipation, Jean Stéphane rejoint donc une armée en pleine préparation pour la campagne d’Allemagne de 1813, au cours de laquelle l’Empire tente de reprendre l’initiative face à la Sixième Coalition.
Son service militaire est toutefois d’une extrême brièveté. Au cours des premières semaines qui suivent son incorporation, il contracte une affection qui évolue en péripneumonie, terme médical employé à l’époque pour désigner une inflammation grave des poumons, souvent apparentée à une pneumonie sévère. Les maladies infectieuses font alors des ravages dans les armées napoléoniennes, favorisées par la promiscuité des casernements, les marches, l’épuisement et la faiblesse des conditions d’hygiène.
Transporté à l’Hôtel-Dieu de Valenciennes, l’un des grands hôpitaux militaires de la région, Jean Stéphane Vandiest y meurt le 8 juillet 1813, moins de trois mois après son incorporation. Il n’a pas encore atteint l’âge de vingt ans.
Son destin illustre avec force la réalité de la conscription sous l’Empire : celle de jeunes hommes parfois emportés par la maladie avant même d’avoir pu participer pleinement aux campagnes pour lesquelles ils avaient été mobilisés. Pour Jean Stéphane, l’armée impériale ne fut qu’un très bref épisode, interrompu presque aussitôt qu’il avait commencé, loin de son village natal et de sa famille.
Joseph VRANCKEN (1782 – ?)
Joseph, 22 ans, représentation hypothétique de sa désertion en 1804.
Joseph Vrancken naît à Neerheylissem le 6 octobre 1782. Il est le quatrième fils d’Henry Vrancken (1739 – 1799), originaire de Berloz, et le troisième enfant issu du second mariage de ce dernier avec Anne Barbe Mathé (1756 – 1797). La maison familiale dans laquelle il voit le jour n’a pas pu être identifiée avec certitude. Tout porte toutefois à croire qu’elle se situait dans le premier segment de la rue de l’Enfer — l’actuelle rue de la Station — où l’on retrouve encore au XIXe siècle deux des frères de Joseph.
Joseph Vrancken est incorporé dans l’armée impériale française le 10 pluviôse an XII, soit le 31 janvier 1804, à l’âge de vingt-deux ans. Le registre militaire lui attribue une année de naissance erronée, mais les sources civiles permettent de rétablir son âge exact au moment de son entrée sous les drapeaux.
Il est affecté à la 25e demi-brigade d’infanterie de ligne, au sein de la 8e compagnie du 3e bataillon, comme simple soldat. Son incorporation intervient à un moment où la France napoléonienne poursuit la mise en place de son système militaire dans les départements annexés, alors que la conscription suscite encore de nombreuses résistances dans les anciennes provinces des Pays-Bas autrichiens.
Dans le registre de l’armée, Joseph Vrancken est décrit comme un jeune homme mesurant 1,66 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage ovale surmonté d’un front haut ainsi que des yeux bleus. Ses traits sont caractérisés par un gros nez, une bouche moyenne et un menton rond. Le registre précise enfin qu’il ne porte aucune marque particulière.
Sa carrière militaire est toutefois d’une brièveté exceptionnelle. Deux jours seulement après son incorporation, Joseph Vrancken est porté comme déserteur et quitte son unité. À partir de ce moment, sa trace se perd entièrement.
Une telle désertion, en 1804, n’a rien d’anodin. Contrairement aux désertions de la fin de l’Empire, lorsque l’effondrement progressif du régime rend les poursuites plus difficiles et les contrôles moins rigoureux, abandonner les rangs à cette date expose encore à de graves conséquences. Les autorités militaires recherchent activement les déserteurs, qui risquent l’arrestation, l’emprisonnement et de lourdes sanctions en cas de capture.
Il paraît dès lors peu probable que Joseph soit simplement revenu vivre au grand jour dans sa commune natale. Il a plus vraisemblablement dû se cacher, quitter la région, changer de cadre de vie ou mener une existence discrète afin d’échapper aux recherches des autorités impériales.
Malgré les recherches menées dans les registres civils et militaires, aucune trace certaine de Joseph Vrancken n’a, à ce jour, été retrouvée après sa désertion. Ni mariage, ni décès, ni retour explicite dans les archives locales ne permettent de prolonger son parcours avec certitude.
Son histoire demeure ainsi l’une des plus énigmatiques parmi celles des conscrits liés à Hélécine : celle d’un jeune homme disparu des sources presque aussitôt après son entrée dans l’armée impériale, laissant derrière lui un véritable mystère familial et local.