Les frères Collon : deux conscrits d'une même famille
La famille Collon constitue l'un des rares exemples hélécinois d'un ménage ayant vu partir deux de ses fils sous les drapeaux de l'Empire. Philippe Collon et Jean Joseph Collon naissent tous deux à Opheylissem, respectivement le 8 novembre 1783 et le 15 octobre 1794.
Ils sont les enfants de la famille Collon établie dans une importante maison villageoise qui subsiste encore aujourd'hui, bien qu'amputée d'une partie de son volume d'origine. Cette demeure correspond à l'actuel n°28 de la rue Olivier Benne à Opheylissem. Philippe est le troisième enfant et troisième fils de la famille, tandis que Jean Joseph est le neuvième enfant sur dix et le cinquième fils.
Parmi leurs frères figure notamment Laurent Collon (1782-1848), futur bourgmestre d'Opheylissem et arrière-grand-père de Charles Collon, plus connu sous le surnom d'« Amon Châle Collon » à Hampteau. Un autre frère, Isidore Collon (1801-1891), deviendra quant à lui responsable de la brasserie d'Hampteau durant une grande partie du XIXe siècle.
Philippe Collon (1783 – disparu en Russie après 1812)
Philipe, Caporal au 27e régiment, 1812, campagne de Russie
Philippe Collon entre au service de l'armée impériale française le 22 thermidor an XIII (10 août 1805), à l'âge de vingt et un ans. Il est incorporé comme fusilier à la 6e compagnie du 3e bataillon du 25e régiment d'infanterie de ligne.
Son signalement militaire décrit un homme mesurant 1,51 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage rond surmonté d'un front bas ainsi que des yeux gris. Ses traits sont caractérisés par un nez moyen, une bouche moyenne et un menton rond. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
Extrait du registre du 25e régiment
Son incorporation coïncide avec le déclenchement de la campagne de 1805 contre la Troisième Coalition. Au cours des années suivantes, il sert dans les armées impériales engagées en Allemagne et en Pologne, prenant part aux grandes campagnes qui contribuent à asseoir la domination napoléonienne sur l'Europe centrale. Son dossier mentionne également un passage au sein de l'armée d'observation de l'Elbe, force chargée de surveiller les territoires allemands bordant ce fleuve stratégique dans les années précédant la reprise des hostilités contre l'Autriche.
Après plusieurs années de service, Philippe est promu caporal le 1er juillet 1809, distinction qui témoigne de son expérience et de sa bonne conduite. Le 1er décembre 1810, il est transféré au 27e régiment d'infanterie de ligne.
Extrait du registre du 27e régiment.
Avec cette nouvelle unité, il participe à la campagne de Russie de 1812, l'une des plus tragiques de l'histoire de la Grande Armée. Comme des dizaines de milliers de soldats napoléoniens, il disparaît au cours de cette campagne marquée par les combats incessants, les privations, les maladies et le froid extrême. Son dossier militaire le mentionne comme présumé prisonnier en Russie. Il est probable qu'il y ait trouvé la mort à l'âge de vingt-huit ans, sans que les circonstances exactes de son décès aient pu être établies.
Jean Joseph Collon (1794-1884)
Jean Joseph, 19 ans, en 1813 lors des déplacement en Alemagne
Près de huit ans après le départ de son frère aîné, Jean Joseph Collon est à son tour appelé sous les drapeaux. Il est incorporé dans l'armée impériale le 5 avril 1813, à l'âge de dix-neuf ans, bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,61 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage rond surmonté d'un front bas et des yeux bruns. Ses traits se distinguent par un nez relevé, une bouche moyenne et un menton rond. Comme son frère, il ne présente aucune marque particulière.
Jean Joseph est affecté au 3e bataillon, 4e compagnie de son régiment, au moment où Napoléon s'efforce de reconstituer ses armées après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie. Comme de nombreux jeunes conscrits appelés par anticipation, il rejoint une armée engagée dans la lutte contre la Sixième Coalition, alors que les campagnes d'Allemagne de 1813 mobilisent les dernières ressources humaines de l'Empire.
Sa carrière militaire demeure toutefois brève. Après un peu plus d'une année de service, il est congédié le 21 juin 1814 comme étranger. Cette mesure s'inscrit dans le contexte de la chute de l'Empire et de la Première Restauration. Les soldats originaires des départements annexés, notamment ceux des anciens Pays-Bas autrichiens, cessent alors progressivement d'être considérés comme sujets français. Nombre d'entre eux sont licenciés ou renvoyés dans leur région d'origine. Jean Joseph quitte ainsi l'armée après avoir servi durant les derniers mois du régime napoléonien.
De retour à Opheylissem, il épouse à Pellaines le 21 septembre 1819 Marie Thérèse Latinne (1798-1875). Le couple s'établit d'abord à Pellaines avant de faire construire une ferme à Hélécine, rue de l'Abbaye, correspondant aux actuels nos 67 et 69.
Jean Joseph et son épouse auront cinq enfants. Au moins quatre d'entre eux laisseront une descendance, laquelle est probablement encore représentée aujourd'hui.
Les sources le mentionnent successivement comme meunier à Neerheylissem en 1825, puis comme cabaretier en 1838. Il termine une longue existence à Hélécine, où il s'éteint le 28 juillet 1884, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, dans sa demeure de la rue de l'Abbaye.
Le destin des deux frères illustre les réalités contrastées de la conscription napoléonienne : l'un disparaît dans l'immensité russe au sommet de la puissance impériale, tandis que l'autre survit aux dernières campagnes de l'Empire et retrouve sa terre natale pour y fonder une famille dont la descendance se prolonge vraisemblablement encore aujourd'hui.