Les frères Collon : deux conscrits d'une même famille
La famille Collon constitue l'un des rares exemples hélécinois d'un ménage ayant vu partir deux de ses fils sous les drapeaux de l'Empire. Philippe Collon et Jean Joseph Collon naissent tous deux à Opheylissem, respectivement le 8 novembre 1783 et le 15 octobre 1794.
Ils sont les enfants de la famille Collon établie dans une importante maison villageoise qui subsiste encore aujourd'hui, bien qu'amputée d'une partie de son volume d'origine. Cette demeure correspond à l'actuel n°28 de la rue Olivier Benne à Opheylissem. Philippe est le troisième enfant et troisième fils de la famille, tandis que Jean Joseph est le neuvième enfant sur dix et le cinquième fils.
Parmi leurs frères figure notamment Laurent Collon (1782-1848), futur bourgmestre d'Opheylissem et arrière-grand-père de Charles Collon, plus connu sous le surnom d'« Amon Châle Collon » à Hampteau. Un autre frère, Isidore Collon (1801-1891), deviendra quant à lui responsable de la brasserie d'Hampteau durant une grande partie du XIXe siècle.
Philippe Collon (1783 – disparu en Russie après 1812)
Philipe, Caporal au 27e régiment, 1812, campagne de Russie
Philippe Collon entre au service de l'armée impériale française le 22 thermidor an XIII (10 août 1805), à l'âge de vingt et un ans. Il est incorporé comme fusilier à la 6e compagnie du 3e bataillon du 25e régiment d'infanterie de ligne.
Son signalement militaire décrit un homme mesurant 1,51 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage rond surmonté d'un front bas ainsi que des yeux gris. Ses traits sont caractérisés par un nez moyen, une bouche moyenne et un menton rond. Le registre précise enfin qu'il ne présente aucune marque particulière.
Extrait du registre du 25e régiment
Son incorporation coïncide avec le déclenchement de la campagne de 1805 contre la Troisième Coalition. Au cours des années suivantes, il sert dans les armées impériales engagées en Allemagne et en Pologne, prenant part aux grandes campagnes qui contribuent à asseoir la domination napoléonienne sur l'Europe centrale. Son dossier mentionne également un passage au sein de l'armée d'observation de l'Elbe, force chargée de surveiller les territoires allemands bordant ce fleuve stratégique dans les années précédant la reprise des hostilités contre l'Autriche.
Après plusieurs années de service, Philippe est promu caporal le 1er juillet 1809, distinction qui témoigne de son expérience et de sa bonne conduite. Le 1er décembre 1810, il est transféré au 27e régiment d'infanterie de ligne.
Extrait du registre du 27e régiment.
Avec cette nouvelle unité, il participe à la campagne de Russie de 1812, l'une des plus tragiques de l'histoire de la Grande Armée. Comme des dizaines de milliers de soldats napoléoniens, il disparaît au cours de cette campagne marquée par les combats incessants, les privations, les maladies et le froid extrême. Son dossier militaire le mentionne comme présumé prisonnier en Russie. Il est probable qu'il y ait trouvé la mort à l'âge de vingt-huit ans, sans que les circonstances exactes de son décès aient pu être établies.
Jean Joseph Collon (1794-1884)
Jean Joseph, 19 ans, en 1813 lors des déplacement en Alemagne
Près de huit ans après le départ de son frère aîné, Jean Joseph Collon est à son tour appelé sous les drapeaux. Il est incorporé dans l'armée impériale le 5 avril 1813, à l'âge de dix-neuf ans, bien qu'il soit enregistré comme conscrit de la classe de 1814.
Son signalement militaire décrit un jeune homme mesurant 1,61 mètre. Il possède des cheveux et des sourcils châtains, un visage rond surmonté d'un front bas et des yeux bruns. Ses traits se distinguent par un nez relevé, une bouche moyenne et un menton rond. Comme son frère, il ne présente aucune marque particulière.
Jean Joseph est affecté au 3e bataillon, 4e compagnie de son régiment, au moment où Napoléon s'efforce de reconstituer ses armées après les pertes catastrophiques de la campagne de Russie. Comme de nombreux jeunes conscrits appelés par anticipation, il rejoint une armée engagée dans la lutte contre la Sixième Coalition, alors que les campagnes d'Allemagne de 1813 mobilisent les dernières ressources humaines de l'Empire.
Sa carrière militaire demeure toutefois brève. Après un peu plus d'une année de service, il est congédié le 21 juin 1814 comme étranger. Cette mesure s'inscrit dans le contexte de la chute de l'Empire et de la Première Restauration. Les soldats originaires des départements annexés, notamment ceux des anciens Pays-Bas autrichiens, cessent alors progressivement d'être considérés comme sujets français. Nombre d'entre eux sont licenciés ou renvoyés dans leur région d'origine. Jean Joseph quitte ainsi l'armée après avoir servi durant les derniers mois du régime napoléonien.
De retour à Opheylissem, il épouse à Pellaines le 21 septembre 1819 Marie Thérèse Latinne (1798-1875). Le couple s'établit d'abord à Pellaines avant de faire construire une ferme à Hélécine, rue de l'Abbaye, correspondant aux actuels nos 67 et 69.
Jean Joseph et son épouse auront cinq enfants. Au moins quatre d'entre eux laisseront une descendance, laquelle est probablement encore représentée aujourd'hui.
Les sources le mentionnent successivement comme meunier à Neerheylissem en 1825, puis comme cabaretier en 1838. Il termine une longue existence à Hélécine, où il s'éteint le 28 juillet 1884, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, dans sa demeure de la rue de l'Abbaye.
Le destin des deux frères illustre les réalités contrastées de la conscription napoléonienne : l'un disparaît dans l'immensité russe au sommet de la puissance impériale, tandis que l'autre survit aux dernières campagnes de l'Empire et retrouve sa terre natale pour y fonder une famille dont la descendance se prolonge vraisemblablement encore aujourd'hui.
Jean Joseph EVRARD (1794 – 1863)
Jean Joseph Evrard naît le 1er juillet 1794 à Noduwez, premier enfant d’une fratrie qui en comptera dix, dont seulement quatre atteindront l’âge adulte. Ses parents sont Jean Laurent Evrard (1767 – 1856), « particulier » de profession, et Marie Barbe Collin (1770 – 1829), membres de deux des plus anciennes et importantes familles de Noduwez, les Evrard et les Collin. De ce fait, l’identification de la maison natale de Jean Joseph s’avère difficile. Les trois autres enfants du couple ayant atteint l’âge adulte quittèrent également le village après leur mariage, ce qui empêche de retracer le domicile parental grâce au cadastre de Popp. Sur la base des filiations de Jean Laurent Evrard, trois habitations peuvent néanmoins être proposées comme lieu de naissance de Jean Joseph et de ses frères et sœurs :
l’actuel n°33 de la rue Émile Landeut ;
l’actuel n°8 de la rue André Mathys ;
l’actuel n°35 de la rue Joseph Boulanger.
La participation de Jean Joseph Evrard aux campagnes napoléoniennes est uniquement attestée par l’obtention de la médaille de Sainte-Hélène, son registre militaire n’ayant malheureusement pas été retrouvé. Compte tenu de son année de naissance, il est très vraisemblable qu’il ait été appelé par anticipation en 1813, comme de nombreux jeunes hommes des départements belges, afin de reconstituer les effectifs décimés lors de la campagne de Russie. Incorporé à dix-neuf ans, il aurait rejoint un régiment d’infanterie de ligne engagé dans la campagne d’Allemagne de 1813, où les nouvelles recrues furent rapidement envoyées renforcer des unités déjà fortement éprouvées. Son service se serait déroulé dans des conditions particulièrement difficiles, marquées par les longues marches, le manque d’équipement, les problèmes de ravitaillement et la succession de combats qui opposèrent les armées françaises aux forces de la Sixième Coalition. Comme beaucoup de conscrits belges incorporés cette année-là, il est probable qu’il ait participé aux opérations qui suivirent les batailles de Lützen, Bautzen, Dresde ou Leipzig, sans qu’il soit possible de déterminer précisément les engagements auxquels il prit part. Après la première abdication de Napoléon, au printemps 1814, Jean Joseph fut très vraisemblablement congédié « comme étranger », à l’instar de nombreux soldats originaires des anciens départements réunis, puis regagna son village natal.
De retour à Noduwez, Jean Joseph exerce le métier de tisserand, profession largement répandue parmi les habitants du village qui ne vivaient pas directement de l’agriculture. Il épouse à Noduwez, en 1820, Anne Josèphe Libert (1796 – 1834). Leur premier enfant naît dans ce village en 1821, mais dès 1823, la famille s’établit à Opheylissem où naîtront les six autres enfants du couple. Jean Joseph y fait probablement construire sa propre maison, située rue Saint-Martin, en face de l’actuel n°6. Cette habitation est aujourd’hui disparue, même s’il n’est pas impossible qu’elle constitue la base de la construction actuelle implantée sur ce terrain.
À partir de 1833, les registres le mentionnent comme « boutiquier ». Dans un village rural comme Opheylissem, cette profession désigne un petit commerçant tenant une boutique où les habitants pouvaient se procurer les produits de première nécessité : denrées alimentaires, épicerie, savon, huile, sel, tabac, tissus, mercerie ou encore divers objets d’usage quotidien. Sa boutique était vraisemblablement installée dans sa propre habitation de la rue Saint-Martin.
Anne Josèphe Libert décède prématurément en 1834, à l’âge de trente-sept ans. La même année, Jean Joseph épouse en secondes noces Florence Delande (1789 – 1860), originaire de Neerheylissem. Cette seconde union restera sans enfant.
Entre 1842 et 1850, Jean Joseph fait construire une nouvelle maison au grand carrefour d’Opheylissem. Cette bâtisse, aujourd’hui disparue, était mitoyenne du café « La Barrière » et apparaît encore sur plusieurs anciennes cartes postales. Il est très probable qu’il y transfère alors sa boutique, profitant d’un emplacement beaucoup plus fréquenté que la discrète rue Saint-Martin.
À la même époque, son frère cadet Alexandre Joseph, qui l’avait rejoint à Opheylissem, décède chez lui à l’âge de vingt-six ans. Un autre frère, Ferdinand Joseph Evrard, s’installe également dans le village vers 1845-1850, soit au presbytère, soit dans une des maisons appartenant à Jean Joseph. Il devient clerc et sacristain de la paroisse, fonction qu’il exercera avant qu’elle ne soit reprise par ses fils jusqu’en 1910.
Médaille de Sainte-Hélène (exemple)
En 1857, Jean Joseph reçoit la médaille de Sainte-Hélène de la part de Napoléon III en reconnaissance de son service sous le Premier Empire. Il s’éteint à Opheylissem le 24 août 1863, à l’âge de soixante-neuf ans.
Sur les sept enfants issus de son premier mariage, quatre atteignent l’âge adulte et fondent une famille dont la descendance se perpétue encore aujourd’hui. Parmi eux figure notamment Virginie Evrard, épouse de Charles Collon, fils d’un autre ancien soldat des guerres napoléoniennes, qui fit construire le moulin connu sous le nom de « Amon Châle Collon » à Hampteau.
Henri Joseph GERONDAL (1791 – 1829)
HenriJoseph au contrôle médical qui mènera à sa réformation, 1812
Henri Joseph Gerondal voit le jour le 10 octobre 1791 à Piétrain, dans la ferme de ses parents, Servais Gerondal (1759 – 1833) et Gertrude Thonet (1759 – 1837), dont il est le cinquième des six enfants. Cette importante exploitation agricole, qui affichait une superficie de près de 760 m² au cadastre de 1850, n'existe aujourd'hui plus que partiellement. Une partie des bâtiments subsiste et correspond à l'actuel n°184 de la rue Longue, tandis que l'aile droite, aujourd'hui disparue, occupait les terrains des actuels n°186 et 186A.
Conscrit à Jodoigne en l'an 1811, Henri Joseph rejoint l'armée impériale le 28 avril 1811, à l'âge de dix-neuf ans. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme de 1,67 mètre, au visage plein, au front bas, aux yeux bruns, au nez court, à la bouche moyenne, au menton rond, aux cheveux et sourcils châtains, portant pour signe particulier les marques de la petite vérole.
Henri Joseph est incorporé au 14e régiment d'infanterie de ligne, mais demeure au dépôt du régiment. Les dépôts avaient pour mission d'instruire les nouvelles recrues, d'assurer leur équipement et de fournir des renforts aux bataillons engagés sur les différents théâtres d'opérations, notamment en Espagne ou dans la préparation de la campagne de Russie. Il est toutefois congédié par réforme le 3 avril 1812. Sous le Premier Empire, une réforme correspondait à une libération définitive du service militaire prononcée par une commission médicale lorsque le soldat était jugé physiquement inapte à poursuivre sa carrière. Cette décision pouvait résulter d'une maladie, d'une infirmité, d'une faiblesse constitutionnelle ou des séquelles d'un accident survenu durant l'instruction. La brièveté de son service laisse penser qu'Henri Joseph ne quitta probablement jamais le dépôt et ne participa à aucune campagne, sa réforme étant intervenue quelques semaines avant le départ des grands renforts destinés à la campagne de Russie.
De retour dans la ferme familiale de Piétrain, Henri Joseph reprend vraisemblablement les travaux agricoles aux côtés de ses parents. Il épouse le 21 janvier 1827 Marie Thérèse Pellegrin (1802 – 1885), arrière-grand-tante d'Armand Pellegrin. Seuls deux enfants naissent de cette union, Henri Joseph s'éteignant prématurément à Piétrain le 27 novembre 1829, à l'âge de trente-huit ans.
Sa présence dans ces recherches se justifie principalement par la descendance qu'il laisse à Hélécine. Parmi celle-ci, citons notamment :
les descendants de son fils Henri Dieudonné, parmi lesquels la famille Thilot d'Opheylissem, puis les descendants de Valentin Lumay et de Sophie Thilot ;
les descendants de sa fille Marie Thérèse, dont Hubert Volant d'Opheylissem et sa très nombreuse descendance.
François MARCHAL (1780 – 1804)
François à l’hôpital Val-de-Grâce de Paris, 1804.
François Marchal voit le jour à Opheylissem le 29 septembre 1780, troisième enfant d’une famille qui comptera au moins six enfants. Ses parents sont Jean François Marchal (v. 1745 – v. 1792), originaire d’Opheylissem, et Jeanne Tilmon (1745 – †), native d’Hévillers. Malgré les origines locales de son père, les lacunes des registres paroissiaux d’Opheylissem n’ont pas permis d’établir un lien de parenté entre cette famille et les autres familles ayant vécu dans la commune.
L’année exacte de sa conscription n’est pas mentionnée dans le registre de son régiment. Compte tenu de son année de naissance et de la mise en place progressive de la conscription dans les départements belges annexés à la France, il est toutefois très probable que François fasse partie des tout premiers jeunes hommes de la région appelés sous les drapeaux, vraisemblablement entre 1799 et 1801, alors qu’il est âgé d’une vingtaine d’années.
Le registre le décrit comme un jeune homme mesurant 1,67 mètre, au visage long, au front couvert, aux yeux gris, au nez épaté, à la bouche moyenne, au menton court, avec les cheveux et sourcils châtains.
Il est affecté au 96e régiment d’infanterie de ligne, au sein du 5e bataillon, 3e compagnie, en qualité de fusilier. Ce régiment fait alors partie des unités engagées dans les grandes campagnes de la République puis du Consulat. Durant ces années, il participe notamment aux opérations menées contre la Deuxième Coalition en Allemagne et en Italie, avant d’être employé dans les garnisons et les mouvements préparatoires à la création de la Grande Armée. La vie quotidienne du fantassin est alors faite de longues marches, d’exercices incessants, de cantonnements précaires et d’une exposition permanente aux maladies, qui provoquent souvent davantage de pertes que les combats eux-mêmes.
Après plusieurs années de service, François ne tombe d’ailleurs pas sur le champ de bataille. Le registre précise qu’il est « Mort à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce (Paris) le 5 pluviôse an XII, par suite de fièvre ; avis reçu le 22 ventôse suivant », soit le 26 janvier 1804, tandis que la notification officielle de son décès parvient à son régiment le 13 mars 1804. Il succombe donc à seulement vingt-trois ans, victime d'une maladie contractée au cours de son service, probablement une fièvre infectieuse, particulièrement fréquente dans les hôpitaux militaires de l'époque. Fait relativement rare, son décès est également retranscrit dans les registres de l’état civil d’Opheylissem, permettant à sa famille d’être officiellement informée de sa disparition.
François Marchal meurt célibataire et sans descendance. Sa famille ne demeure d’ailleurs pas durablement à Opheylissem. Le seul de ses frères encore attesté au XIXe siècle, Arnold Marchal (1784 – 1855), quitte le village à la suite de son mariage en 1810 pour s’établir à Orp-le-Grand, mettant ainsi un terme à la présence de cette branche familiale dans la commune.
Jean Grégoire MONETTE (1787 – 1867)
Jean Grégoire au contrôle médical du 8e régiment d’infanterie de ligne en avril 1807.
Jean Grégoire Monette naît à Opheylissem le 7 février 1787. Il est le dernier des huit enfants de Charles Monette (1746 – 1791) et le cinquième de ceux que celui-ci eut avec sa seconde épouse, Marie Barbe Vollon (1739 – 1807). La famille habite alors une maison aujourd’hui disparue, située à l’emplacement de l’actuel n°2 de la ruelle Saint-Martin à Opheylissem. Pour plus de détails sur la contribution des Monette aux conflits napoléoniens, voir Neerheylissem.
Conscrit de la classe 1807, Jean Grégoire entre dans l’armée impériale le 18 février 1807, à l’âge de vingt ans. Le registre militaire le décrit comme un jeune homme mesurant 1,61 mètre, au visage ovale, au front plat, aux yeux bleus, au nez pointu, à la bouche moyenne, au menton rond, avec les cheveux et les sourcils blonds. Il est incorporé au 8e régiment d’infanterie de ligne et affecté au 3e bataillon, 5e compagnie, au moment où la Grande Armée poursuit les opérations de la campagne de Pologne contre les forces russes et prussiennes.
Sa carrière militaire est toutefois extrêmement brève, puisqu’il est réformé dès le 1er mai 1807, soit à peine un peu plus de deux mois après son incorporation. Les registres consultés ne précisent pas le motif de cette réforme, mais plusieurs hypothèses plausibles peuvent être avancées. Dans l’armée impériale, une réforme aussi rapide intervenait le plus souvent lorsqu’un conscrit se révélait inapte au service à la suite d’un examen médical plus approfondi que celui pratiqué lors de l’incorporation, ou lorsqu’une faiblesse physique, une affection préexistante ou une maladie contractée dans les premières semaines de service rendait impossible sa poursuite sous les drapeaux. Il est également possible qu’il ait souffert d’une affection aggravée par les conditions de casernement, de marche ou de rassemblement, dans une armée alors soumise à de fortes contraintes logistiques et sanitaires. En l’absence d’indication plus précise, il faut donc se contenter de constater que Jean Grégoire fut jugé impropre au service actif avant même d’avoir pu prendre part à une campagne d’envergure.
De retour à Opheylissem, il rentre plus que probablement dans son milieu familial et exerce le métier de tisserand, vraisemblablement au sein de la manufacture textile des frères Tiberghien installée dans l’enceinte de l’ancienne abbaye d’Heylissem, qui emploie alors de nombreux habitants des villages voisins. Le 26 novembre 1822, il épouse à Opheylissem Anne Marie Vedrin (1796 – 1837), originaire de Hampteau. Le couple s’installe dans une maison qui constitue probablement le noyau de l’actuel n°29 de la rue Georges Dupont, et qu’il a peut-être lui-même fait construire. Six enfants naissent de cette union, mais seul l’aîné, Louis Joseph Monette (1823 – 1868), atteint l’âge adulte. Par lui se prolonge la lignée, puisqu’il est l’ancêtre de la famille Miewis d’Opheylissem, dont la descendance court toujours aujourd’hui.
Jean Grégoire Monette s’éteint à Opheylissem le 24 septembre 1867, à l’âge de quatre-vingts ans, après une vie qui, malgré la brièveté de son passage sous les drapeaux, s’inscrit elle aussi dans l’histoire locale des conscrits de l’Empire.
Jean Joseph ORVAL (1799 – 1858)
Jean Joseph avec son régiment en 1805, lors de la bataille d’Austerlitz.
Jean Joseph Orval voit le jour à Liège, à proximité de l'actuelle place Saint-Lambert, le 11 février 1779. Il est le deuxième des trois enfants de Léonard Joseph Orval (1735 – †) et d'Anne Marie Grave (1743 – †).
Sa conscription remonte vraisemblablement à l'an VIII du calendrier républicain, soit entre septembre 1799 et septembre 1800, ce qui correspond parfaitement à son année de naissance. Le premier régiment auquel il est affecté n'a toutefois pas pu être identifié.
Le 9 germinal an XI (30 mars 1803), à l'âge de vingt-quatre ans, Jean Joseph est transféré au 96e régiment d'infanterie de ligne. Bien que sa date de naissance y soit erronée, l'identité de ses parents, mentionnée dans le registre et recoupée avec les registres paroissiaux liégeois, permet d'établir avec certitude qu'il s'agit bien de lui. Il y est décrit comme un homme de 1,67 mètre, au visage ovale, au front couvert, aux yeux gris, au nez gros, à la bouche moyenne, au menton rond, aux cheveux et sourcils châtains. Il est affecté au 5e bataillon, 1ère compagnie.
Jean Joseph accomplit ensuite une carrière militaire exceptionnellement longue pour un soldat originaire des départements belges. Incorporé dès les premières années du Consulat, il sert durant toute la période des guerres napoléoniennes et demeure sous les drapeaux pendant près de quinze années.
Le 96e régiment d'infanterie de ligne participe successivement aux grandes campagnes de l'Empire : les camps de Boulogne avant 1805, la campagne d'Allemagne qui conduit à Austerlitz, puis les campagnes de Prusse et de Pologne en 1806-1807, marquées notamment par Iéna, Eylau et Friedland. Le régiment est ensuite engagé en Espagne à partir de 1808, où il prend part à la longue et éprouvante guerre péninsulaire contre les armées britanniques, portugaises et les guérillas espagnoles. Après plusieurs années passées dans la péninsule Ibérique, il est rappelé en 1813 pour participer aux ultimes campagnes de l'Empire, avant de combattre en France durant les premiers mois de 1814. Comme de nombreux soldats originaires des départements belges annexés, Jean Joseph est finalement congédié comme étranger le 1er juin 1814, à la suite de la première abdication de Napoléon. Les habitants des anciens Pays-Bas autrichiens cessent alors d'être considérés comme des sujets français et sont progressivement renvoyés dans leurs foyers.
Après près de quinze années de service, Jean Joseph revient donc dans les anciens départements belges à l'âge de trente-cinq ans. Peu après son retour, il devient garde champêtre à Opheylissem. Aucun document n'explique comment un Liégeois ancien militaire obtint cette fonction dans un village du Brabant, mais plusieurs hypothèses sont plausibles. Les anciens soldats de l'Empire étaient particulièrement recherchés pour exercer les fonctions de garde champêtre en raison de leur discipline, de leur expérience des armes, de leur capacité à faire respecter l'ordre et de leur aptitude à rédiger ou transmettre les rapports administratifs.
Il apparaît déjà avec le titre de garde champêtre lorsqu'il épouse, le 15 octobre 1814 à Opheylissem, Jeanne Haté (1793 – 1852), originaire d'Hampteau. Le couple s'installe chez les parents de cette dernière, dans une vaste maison qui existe toujours aujourd'hui au n°16 de la rue Georges Dupont. Une dépendance, aujourd'hui disparue, leur est réservée sur le côté droit de la propriété, le long de l'actuelle rue du Maréchal. Cinq enfants naissent de cette union, les deux dernières filles occupant par la suite cette dépendance familiale.
En 1858, Jean Joseph reçoit la médaille de Sainte-Hélène des mains de Napoléon III, récompensant les anciens combattants ayant servi entre 1792 et 1815. Il s'éteint quelques mois plus tard, le 11 septembre 1858, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Parmi tous les anciens soldats ayant un lien avec Hélécine recensés dans cette étude, il est à la fois le plus âgé et celui dont la carrière militaire fut la plus longue.
Jean Joseph Orval laisse une nombreuse descendance, notamment par son fils Pierre Orval, ancêtre des familles Orval d'Opheylissem et de Neerheylissem. Parmi les descendants de cette branche figure notamment Désiré Orval, surnommé « Amon Pierrot », sobriquet hérité de son habitude de siffler continuellement comme un pierrot, nom wallon donné au moineau. Ce surnom est resté attaché à cette branche familiale pendant plusieurs générations.
Jean Baptiste ROUFFLART (1784 - e1813)
Jean Baptiste lors de la bataille de Wagram en Autriche, en 1809.
Jean Baptiste Roufflart voit le jour à Opheylissem le 6 mai 1784. Il est le huitième des neuf enfants de Jean Nicolas Roufflart (1741 – 1807) et de Marie Thérèse Hallet (1750 – 1794). La maison familiale où il naît est très probablement le moulin d'Opheylissem, où son grand-père maternel, Antoine Hallet (1716 – 1801), exerce la fonction de meunier. Outre ce dernier, la famille compte une autre personnalité marquante : l'oncle de Jean Baptiste, Jean François Roufflart (1738 – 1780), architecte de l'abbaye d'Heylissem, qui dirigea l'exécution des grands travaux de transformation de l'abbaye entre 1768 et 1772, d'après les plans de Laurent-Benoît Dewez.
Le patronyme de Jean Baptiste apparaît sous différentes orthographes selon les registres, notamment Rifflaert, forme sous laquelle il est inscrit dans les documents militaires. Conscrit de l'an XIII du calendrier républicain, il rejoint son régiment le 6 mars 1807 en remplacement d'Antoine Ditt, conscrit de la classe 1807 originaire de Bruxelles. Ce type de remplacement était fréquent dans l'armée impériale : lorsqu'un conscrit était réformé, décédait avant son incorporation, désertait ou obtenait un sursis, un autre homme était désigné pour compléter les effectifs du régiment sans modifier son organisation. Jean Baptiste est ainsi envoyé combler une vacance déjà existante au sein de l'unité.
Le registre le décrit comme un jeune homme de vingt-deux ans, mesurant 1,65 mètre, au visage plein, au front large, aux yeux bleus, au nez ordinaire, à la bouche moyenne, au menton rond et aux cheveux et sourcils châtains clairs.
Il est incorporé au 8e régiment d'infanterie de ligne, d'abord comme fusilier au 3e bataillon, 3e compagnie. Il est ensuite promu voltigeur au 4e bataillon, 3e compagnie. Les voltigeurs constituaient les compagnies d'infanterie légère intégrées aux régiments de ligne. Choisis parmi les soldats les plus vifs, les plus habiles au tir et les plus endurants, ils combattaient en tirailleurs en avant du gros des troupes, harcelaient l'ennemi et protégeaient les mouvements du régiment. Cette affectation témoigne donc des qualités militaires reconnues à Jean Baptiste.
Au cours des années 1807 à 1809, le 8e régiment d'infanterie de ligne participe aux campagnes de Prusse, de Pologne puis d'Autriche. Après les combats contre la Quatrième Coalition, il prend part en 1809 à la campagne menée contre la Cinquième Coalition. Le régiment combat notamment à Essling avant de participer, les 5 et 6 juillet 1809, à la bataille de Wagram, l'une des plus grandes batailles de l'Empire. C'est au cours de cette seconde journée de combats, le 6 juillet 1809, que Jean Baptiste est blessé d'un coup de feu au bras droit. Une telle blessure pouvait entraîner des fractures complexes, des lésions nerveuses ou de graves infections, à une époque où les moyens chirurgicaux demeuraient limités.
Le registre précise ensuite qu'il est à l'hôpital le 11 octobre 1812, puis qu'il est rayé des contrôles pour longue absence le 29 septembre 1813. Cette mention laisse penser que les séquelles de sa blessure, ou une maladie contractée durant sa convalescence, l'empêchèrent durablement de reprendre le service. Les soldats hospitalisés pendant de très longues périodes étaient fréquemment radiés administrativement lorsqu'aucune reprise de service n'était envisageable ou que leur décès n'avait pas encore été officiellement signalé au régiment.
Aucune autre trace de Jean Baptiste n'a pu être retrouvée par la suite. Il est donc très probable qu'il soit décédé entre son admission à l'hôpital, en octobre 1812, et sa radiation des contrôles en septembre 1813, des suites de sa blessure de Wagram, d'une infection ou d'une autre complication médicale non mentionnée dans les archives. Il disparaît ainsi loin de son village natal, sans laisser de descendance. Son souvenir se perpétue néanmoins à travers sa famille. Sa sœur Anne Josèphe Roufflart est en effet l'aïeule de tous les Branckotte de Hampteau. Quant à sa sœur Félicité Roufflart (1789 – 1862), elle est à l'origine de certaines branches des Ovart de Neerheylissem et d'Opheylissem, par son fils Jean Grégoire Ovart (1813 – 1880), qui s'établit à Opheylissem en 1842.