Louis MASSA (1786 – 1869)
Louis errant sur le retour de la campagne de Russie en janvier 1813
Louis Massa voit le jour le 6 février 1786 à Linsmeau, dans la maison familiale de ses parents, une habitation qui occupait l'emplacement de l'actuel n°1 de la rue de l'Église. Il est le septième des neuf enfants de Laurent Massa (1731 – 1800) et Marie Anne Stapel (1748 – 1823).
La date exacte de sa conscription n'a pu être retrouvée. Au vu de son année de naissance, il est toutefois très probable qu'il ait été appelé sous les drapeaux au cours de l'année 1805, alors qu'il est âgé de dix-neuf ans. Les premières années de son parcours militaire demeurent mal connues, mais plusieurs registres permettent d'en reconstituer les grandes lignes. Louis est d'abord incorporé au 3e régiment de dragons, l'un des prestigieux régiments de cavalerie de l'armée impériale. Les dragons constituent alors une cavalerie polyvalente, capable de combattre aussi bien à cheval que, ponctuellement, à pied. Ils sont employés pour les charges, la reconnaissance, la poursuite de l'ennemi ou encore la protection des lignes de communication.
À une date inconnue, Louis déserte son régiment. Comme de nombreux soldats de l'époque, cette désertion a pu être motivée par les longues campagnes, les conditions de vie extrêmement éprouvantes, la maladie ou le désir de regagner sa famille. Arrêté par la suite, il bénéficie d'un décret d'amnistie du 27 mars 1811, mesure prise par Napoléon afin de réintégrer dans les rangs les nombreux déserteurs et réfractaires plutôt que de les priver définitivement de leur expérience militaire.
Le 1er avril 1811, il rejoint le régiment de l'île de Walcheren, en provenance du dépôt de Lille. Ce régiment est une unité créée après l'expédition britannique de Walcheren en 1809 afin d'assurer la défense de cette île stratégique située à l'embouchure de l'Escaut, dont la maîtrise est essentielle à la protection du grand port militaire d'Anvers. Il s'agit essentiellement d'une unité de garnison chargée de surveiller les côtes, de tenir les fortifications et de prévenir toute nouvelle tentative de débarquement britannique. Louis y est incorporé comme fusilier au 4e bataillon, 1re compagnie.
Le registre ne mentionne pas sa taille, mais le décrit comme un homme au visage ovale, au front court, aux yeux bleus, au nez long, à la grande bouche, au menton rond, avec les cheveux et sourcils châtains. Son séjour au régiment de Walcheren est toutefois très bref. Entre avril et mai 1811, il est peu probable qu'il ait participé à des combats, l'île ne connaissant alors plus d'opérations militaires majeures. Son service consiste essentiellement en des gardes, des exercices et l'entretien des fortifications.
Le 16 juin 1811, Louis est versé au 12e régiment d'infanterie de ligne, une unité d'élite de la Grande Armée alors en pleine préparation de la future campagne contre la Russie. Au sein de ce régiment, il change à plusieurs reprises de bataillon et de compagnie, réorganisations fréquentes dans une armée qui se prépare à une campagne d'une ampleur sans précédent. Durant les mois qui précèdent l'invasion, le régiment participe aux rassemblements de troupes et aux longues marches à travers l'Allemagne et la Pologne jusqu'aux rives du Niémen.
En 1812, Louis prend part à la campagne de Russie. Le 12e régiment de ligne combat notamment lors des batailles de Smolensk et de Borodino, avant d'entrer dans Moscou avec le reste de la Grande Armée. Comme tant d'autres soldats, Louis doit ensuite affronter la terrible retraite de Russie, marquée par le froid, la faim, les maladies et les attaques incessantes des troupes russes. Les pertes sont considérables. Les registres militaires le considèrent dès lors comme « perdu », et il est officiellement rayé des contrôles le 8 juillet 1813, faute de nouvelles.
Louis fait pourtant partie des rares survivants qui parviennent à regagner leur pays par leurs propres moyens. Après des mois d'errance et de captivité éventuelle ou de longues marches à travers l'Europe, il retrouve finalement Linsmeau et la maison familiale.
Redevenu civil, Louis exerce le métier de journalier, vivant de travaux agricoles saisonniers chez les cultivateurs de la région. Le 17 février 1819, il épouse à Linsmeau Catherine Lefrère (1793 – 1858), originaire de Waasmont. Le couple n'aura qu'une seule fille, Marie Josèphe Massa (1820 – 1886), situation relativement rare à une époque où les familles nombreuses sont la norme. Sur une partie du terrain de la maison familiale, Louis fait également construire une nouvelle habitation, aujourd'hui disparue, qui se situait à l'emplacement de l'actuel n°1A de la rue Commandant de Foestraets.
Malgré une carrière militaire mouvementée, marquée par une désertion, une amnistie puis la disparition présumée lors de la campagne de Russie, son parcours est finalement reconnu par les autorités impériales du Second Empire. En 1857, Napoléon III lui décerne la médaille de Sainte-Hélène, réservée aux survivants des campagnes de 1792 à 1815. Louis Massa s'éteint à Linsmeau le 5 janvier 1869, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Par sa fille unique, sa descendance s'est perpétuée et est toujours représentée aujourd'hui dans la région.
Pierre Joseph MASSON (1792 – 1876)
Pierre Joseph Masson voit le jour le 25 juin 1792 à Linsmeau, dans la maison familiale de ses parents, qui n’est autre que la forge du village. Le bâtiment existe toujours aujourd’hui et correspond à l’actuel n°16 de la rue du Centre. Son père originaire de Wange, Jean Nicolas Masson (1754 – 1821), est le premier maréchal-ferrant et forgeron d’une longue lignée de Masson, puis de Sterkendries, qui exerceront ce métier à Linsmeau jusqu’à la fermeture de la forge au XXe siècle. Sa mère, Marie Josèphe Minsart (1754 – 1822), est quant à elle la fille du mayeur de Linsmeau. Pierre Joseph est le sixième des sept enfants du couple.
Linsmeau rue du Centre, vers 1910. La forge est le bâtiment à droite.
La participation de Pierre Joseph Masson aux campagnes napoléoniennes est attestée par l’obtention, en 1857, de la médaille de Sainte-Hélène. Malheureusement, le registre de son unité n’a pas été retrouvé et son parcours militaire ne peut donc être reconstitué qu’à partir des quelques informations conservées. Il aurait été conscrit de la classe 1812, ce qui laisse supposer une incorporation à la fin de l’année 1811 ou au début de 1812, alors qu’il est âgé de dix-neuf ans.
D’après les informations recueillies, Pierre Joseph aurait été affecté à la 5e compagnie des sapeurs du Génie. Le Génie constitue une arme très particulière de l’armée impériale. Ses soldats sont chargés de construire et de réparer les fortifications, de réaliser des ponts et des routes, de préparer les passages de cours d’eau, de creuser des tranchées et, plus généralement, de permettre aux armées de se déplacer et de combattre dans des conditions difficiles. Les sapeurs sont donc des soldats dotés de compétences techniques et manuelles particulières. Leur travail nécessite notamment de savoir manier le bois, le fer et différents outils.
Dans le cas de Pierre Joseph, son origine familiale pourrait avoir joué un rôle dans cette affectation. Né et élevé dans une forge, formé dès son plus jeune âge au travail du métal et au maniement des outils, il disposait probablement de compétences particulièrement utiles au Génie. Il serait toutefois excessif d’affirmer que son métier de forgeron a directement déterminé son affectation : l’armée impériale sélectionnait également ses recrues en fonction des besoins des unités et des compétences déclarées lors du recrutement.
S’il est bien incorporé à la fin de 1811 ou au début de 1812, Pierre Joseph aurait pu rejoindre les unités du Génie engagées dans la campagne de Russie de 1812. Les sapeurs y jouent un rôle essentiel, notamment dans la construction et la réparation des ponts permettant à l’immense armée française de franchir les nombreux cours d’eau rencontrés sur son itinéraire. Lors de la retraite, leur travail devient encore plus crucial : il faut rétablir les passages détruits, aménager les routes et permettre aux colonnes de soldats de progresser malgré le froid, la boue et la destruction des infrastructures. Les unités du Génie subissent elles aussi des pertes considérables durant cette campagne.
Il reste cependant impossible de déterminer avec certitude si Pierre Joseph a effectivement participé à la campagne de Russie ou s’il a servi dans une unité du Génie employée sur un autre théâtre d’opérations. Son retour à Linsmeau est en tout cas vraisemblablement intervenu en 1813 ou en 1814, à une époque où les anciens soldats étrangers de l’armée impériale sont progressivement congédiés. La médaille de Sainte-Hélène qui lui sera attribuée plusieurs décennies plus tard confirme qu’il a bien participé aux campagnes napoléoniennes, même si les circonstances exactes de son service demeurent inconnues.
De retour à Linsmeau, Pierre Joseph retrouve la forge familiale et travaille aux côtés de son père comme maréchal-ferrant. Il s’y marie en 1819 avec Marie Françoise Thise (1796 – 1889), elle aussi originaire de Linsmeau. Le couple aura onze enfants, dont huit atteindront l’âge adulte.
À la mort de son père, en 1821, Pierre Joseph reprend naturellement la direction de la forge familiale. Ses fils perpétueront à leur tour le métier de maréchal-ferrant, contribuant à faire de cette famille l’une des principales lignées de forgerons de la région. Certains exerceront à Linsmeau et à Neerwinden, tandis qu’une branche particulièrement importante s’installera à Orp-le-Grand, où le métier sera également transmis aux générations suivantes. Cette tradition familiale, commencée avec Jean Nicolas Masson et poursuivie ensuite par les Masson puis les Sterkendries, se maintiendra jusqu’au XXe siècle.
Médaille de Sainte-Hélène (exemple)
En 1857, Pierre Joseph reçoit de Napoléon III la médaille de Sainte-Hélène, ultime reconnaissance accordée aux survivants des armées napoléoniennes. Il a alors déjà derrière lui une longue vie consacrée à la forge familiale et à la transmission de son métier.
Pierre Joseph Masson s’éteint finalement à Linsmeau le 2 mai 1876, à l’âge de 83 ans. Il laisse derrière lui une descendance nombreuse, dont plusieurs branches ont perpétué pendant plusieurs générations le métier de maréchal-ferrant et dont les descendants sont encore présents dans la région.
Les frères MEUNIER
Philippe et Pierre Joseph Meunier voient le jour à Linsmeau, respectivement les 28 avril 1783 et 20 août 1789. Bien que leur maison natale n'ait pu être identifiée avec certitude, leur mère appartenant à l'importante famille Minsart de Linsmeau, il est très probable qu'ils soient nés dans l'une des habitations Minsart du hameau de la Ladrée, le long de la chaussée menant à Hannut. Ils sont les fils de Pierre Meunier (1756 – 1817), garde champêtre originaire de Racour, et de Marie Anne Minsart (1756 – 1832), fille du meunier et mayeur de Linsmeau, Philippe Jacques Minsart (1705 – 1786). Philippe et Pierre Joseph sont respectivement l'aîné et le cadet d'une fratrie de quatre enfants, les deux autres étant décédés en bas âge.
Philippe MEUNIER (1783 – 1809)
Représentation théorique de Philippe, blessé, en 1809
Pour l'aîné, Philippe Meunier, la participation aux guerres napoléoniennes est presque certaine, bien que son registre matricule n'ait pas été retrouvé. La preuve en est apportée par son décès à l'hôpital militaire de Saint-Quentin, le 2 octobre 1809, à l'âge de vingt-six ans. Compte tenu de son année de naissance, il est très vraisemblable qu'il ait été incorporé à la fin de l'année 1802 ou au début de 1803. Il aurait ainsi servi durant les premières grandes campagnes de l'Empire, période au cours de laquelle les régiments français combattent successivement en Allemagne, en Autriche puis en Prusse et en Pologne. Son décès dans un hôpital militaire situé loin des champs de bataille laisse penser qu'il n'est probablement pas tombé au combat, mais qu'il succomba à une maladie ou aux suites de blessures reçues au cours d'une campagne. Les établissements militaires de l'intérieur, comme celui de Saint-Quentin, accueillaient en effet de nombreux soldats évacués des armées pour y être soignés durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les épidémies de fièvre, de dysenterie ou de typhus y faisaient d'ailleurs presque autant de victimes que les combats eux-mêmes. Philippe s'éteint ainsi loin des siens, sans avoir eu le temps de fonder une famille.
Pierre Joseph MEUNIER (1789 – 1847)
Son frère Pierre Joseph connaît un parcours mieux documenté. Sa date initiale de conscription n'est pas connue, mais son registre militaire indique qu'il « retourne » dans l'armée impériale après un décret d'amnistie, le 25 mars 1810, avant de rejoindre le corps du 82e régiment d'infanterie de ligne le 17 juin suivant. Cette mention révèle qu'il avait auparavant quitté illégalement le service, très probablement comme réfractaire ou déserteur, avant d'être autorisé à réintégrer l'armée grâce à une mesure d'amnistie décidée par le gouvernement impérial. Napoléon recourut en effet à plusieurs reprises à ce type de décret afin de récupérer des milliers d'hommes devenus indispensables à la poursuite des guerres.
Pierre Joseph avec son régiment d'artillerie, Allemagne, 1813
Le registre décrit Pierre Joseph comme un jeune homme de vingt ans, mesurant 1,68 mètre, au visage rond, au front large, aux yeux bleus, au nez large, à la bouche grande, au menton rond, aux cheveux et sourcils châtains.
À son arrivée, il est affecté au 7e bataillon, 3e compagnie du 82e régiment d'infanterie de ligne. Le 1er décembre 1810, il est versé au 2e bataillon expéditionnaire. Ces bataillons étaient des formations provisoires constituées à partir de compagnies prélevées dans plusieurs régiments afin de fournir rapidement des renforts aux armées en campagne. Ils permettaient d'acheminer des soldats déjà instruits vers les fronts les plus actifs, avant leur réintégration dans leur régiment d'origine. Pierre Joseph rejoint ainsi de nouveau le 82e régiment le 24 avril 1811. Au cours des deux années suivantes, il suit vraisemblablement les campagnes de son unité, engagée dans la péninsule Ibérique où l'armée française lutte contre les forces britanniques, portugaises et espagnoles. Le 18 janvier 1813, il est transféré dans l'artillerie, changement qui pouvait répondre aux besoins croissants de cette arme après les lourdes pertes de la campagne de Russie. Son expérience de fantassin lui permet alors probablement de servir au sein d'une batterie, soit comme servant de pièce, soit dans les convois assurant le déplacement des canons et des munitions. Comme la plupart des soldats originaires des départements belges encore présents sous les drapeaux après la première abdication de Napoléon, il est très vraisemblablement congédié comme étranger au cours de l'année 1814 et renvoyé dans son village natal.
De retour à Linsmeau, Pierre Joseph exerce le métier de tisserand, profession alors très répandue dans les campagnes brabançonnes. Il épouse le 15 juillet 1822, à Linsmeau, Marie Catherine Mouillard (1798 – 1824). Le bonheur du couple est cependant de courte durée puisque Marie Catherine décède prématurément en août 1824, sans avoir donné naissance à un enfant. Pierre Joseph ne se remarie jamais et s'éteint à Linsmeau le 3 novembre 1847, à l'âge de cinquante-huit ans, sans laisser de descendance.