Afin de déterminer la provenance de Daniel Sevenans, dernier ancêtre retrouvé et discuté dans le chapitre 3, ce Chapitre 4 s'articulera sur 3 axes: l'origine du nom de famille, les premiers Sevenans en Belgique et la recherche de filitation de Daniel Sevenans en découlant.
« La plupart des noms de famille belges ont sept siècles d’existence. Et dans certaines régions, ils ne se sont fixés que tardivement ». Dans son livre « Histoire des noms de famille français », publié à titre posthume aux éditions L’Harmattan, Xavier Deniau, spécialiste français de l’onomastique, la branche de la linguistique qui étudie les noms propres, dresse un état des lieux des origines des noms de famille.
D’où viennent les noms de famille en Belgique? Selon Xavier Deniau, à l’époque romaine, certains habitants de la Belgique avaient adopté le mode de dénomination romain. Cependant, la grande majorité de la population n’avait qu’un seul nom, complété par celui du père. « L’arrivée des Francs imposa rapidement l’usage du nom unique. Dans le même temps, les noms gaulois et romains furent évincés par les noms germaniques », indique-t-il.
À partir du Xe siècle, le répertoire a tendance à se figer. Progressivement, les noms chrétiens s’imposent. Ils sont puisés dans l’Ancien et le Nouveau Testament parmi les noms de saints ou de martyrs.
« En règle générale, plus le répertoire onomastique s’appauvrit, plus l’usage des surnoms prend de l’ampleur. Sous le régime du nom unique, deux personnes portant le même nom de baptême étaient identifiées à l’aide du nom du père, de la mère, voire des grands-parents. En Wallonie, au Xe siècle, il y avait une nette prépondérance des noms germaniques qui étaient alors d’une remarquable variété. Au cours des XIe et XIIe siècles, leur nombre diminua sensiblement. »
Cet appauvrissement du vocabulaire anthroponymique déboucha sur des problèmes d’homonymies, génératrices de confusions. D’où l’ajout, au nom des personnes, de celui de leur habitat, de leur origine, de leur métier, de leur charge. L’auteur prend l’exemple du peintre Jan Van Eyck. « Le peintre Jan Van Brugge, né vers 1366 à Eyck, et le peintre Jan Van Eyck ne sont peut-être qu’une seule et même personne, », estime-t-il. « On lui aurait alternativement donné le nom de son domicile et celui de son lieu de naissance ». De cette pratique dérivent les noms comme (van) Brabant, De Flandre, mais aussi Dardenne, Lardinois, Fagnard, Adnet Campinaire, ces derniers faisant référence à des régions naturelles.
En 1776, pour mettre fin à l’anarchie des patronymes, et la mainmise des registres paroissiaux dans leur recensement, Marie-Thérèse d’Autriche enleva au clergé le privilège de tenir seul les registres des baptêmes, mariages, sépultures, et chargea les autorités civiles de surveiller la rédaction des actes. Quant au respect de l’orthographe des noms, il fut rendu obligatoire en 1791. De plus, l'usage d'un nom de famille héréditaire et d'un prénom est devenu obligatoire au début du 19ème siècle.
Avant la Révolution française, dans les Pays-Bas autrichiens, la plupart des familles portaient déjà des noms héréditaires, mais sans règle universelle :
Dans les campagnes, les noms pouvaient encore varier d’une génération à l’autre (selon un prénom, un lieu, une profession…) ;
Certaines familles utilisaient des surnoms variables ou des patronymes fluctuants selon les curés.
Mais d’où provenaient ses noms de famille ? Plusieurs cas de figure s’opposent :
Origine toponymique : issu d’un lieu, d’un paysage, ou d’une localisation. Ex. : Dubois, Delcourt, Van den Berg, De la Rue, Denamur.
Origine patronymique : dérivé d’un prénom d’ancêtre. ➡️ C’est le type de nom le plus courant et souvent considéré comme l’opposé du toponymique, car il identifie la filiation humaine plutôt que l’origine géographique.
Origine professionnelle : tiré d’un métier exercé. Ex. : Tailleur, Boulanger, Lefèvre (forgeron), Schneider, Smets.
Origine descriptive : basé sur un trait physique, moral ou social. Ex. : Legrand, Petit, Hardy, Lenoir, De Wilde, Blanc, Fortin.
Dans le cas de la famille Sevenans, seules les hypothèses des origines toponymiques et patronymiques seront discutées.
Bien que l’étymologie précise du nom Sevenans ne soit pas clairement établie, sa rareté et sa concentration géographique suggèrent une origine toponymique, liée à la commune française du même nom. Il est courant que des noms de famille se forment à partir de noms de lieux, indiquant l’origine géographique des ancêtres porteurs du nom.
Le nom de famille Sevenans est relativement rare et semble avoir une origine géographique. Une hypothèse probable est qu’il soit dérivé de la commune française de Sevenans. Le village de Sevenans, situé dans le département du Territoire de Belfort en région Bourgogne-Franche-Comté, est mentionné pour la première fois en 1147. À cette époque, il dépendait de la mairie de l’Assise-sur-l’Eau et de la prévôté de Belfort.
Le nom du village “Sevenans” a connu plusieurs évolutions au fil des siècles : Severnens (1147), Vernans (1342), Vfernas (1394), Seuernans ou Sifernans (1427), Sevonäns (1644), pour devenir Sevenans en 1655. Ce toponyme dériverait d’un nom de personne germanique, Savera(n), suivi du suffixe “-ingos”, indiquant une appartenance ou une origine familiale. Ainsi, bien que Sevenans ait été mentionné pour la première fois au XIIe siècle, son nom et son statut ont évolué au fil du temps, reflétant les changements politiques et sociaux de la région.
Néanmoins, comme il le sera montré par la suite, le nom de famille Sevenans apparaît déjà dans des registres au 15e siècle en Belgique, c’est à dire avant que le village ne prenne son nom actuel, en 1655.
Saint-Venant est une ville française située dans le département du Pas-de-Calais. La ville porte ce nom depuis 1190. Le nom « van Sintvenants » apparaît vers 1370 en Belgique selon le Dictionnaire des noms de famille en Belgique Romane, nom qui évoluera rapidement vers « Van Sevenant » ou « Vansevenant » ». La présence des « Vansevenant/Van Sevenant » est attestée dès le 16ème en Flandre Occidentale, principalement à Torhout (source : Geneanet), soit à 70 km au Nord Saint Venant. Les évènements multiples dans cette région, au 14ème siècle, ont pu forcer un ou plusieurs ressortissants de Saint Venant à immigrer à Torhout.
Un foyer de Van Sevenant est également indiqué sur Geneanet dans le village de Neerlanden, au 15ème siècle. Néanmoins, le nombre limité de source le mentionnant et l’absence d’autre indications connexes rendent peu probable la présence de personnes descendants de Saint Venant au 15ème siècle, à 158 km de Torhout, dans un village isolé de l’Est du Brabant.
Les Sevenans de Belgique descendraient d’un ou plusieurs ancêtres dont le nom aurait mené à la création du nom de famille Sevenans.
Le nom Sevenans trouverait son origine dans la langue germanique, selon les linguistes toponymistes, et peut se décomposer ainsi :
Savera(n) : un anthroponyme (nom de personne) d’origine germanique. Il s’agit probablement d’un nom propre porté par un chef de clan ou un propriétaire terrien à l’époque mérovingienne ou carolingienne. Ce nom pourrait dériver du germanique Sabar, Savar, ou une forme proche — difficile à établir avec certitude car les racines peuvent varier (ex : saba = sabre, force, ou un nom tribal).
-ingos / -ingas / -ens / -ans : suffixe germanique très courant dans les noms de lieux, signifiant “les gens de”, “la descendance de”, ou “le domaine de”. Il est fréquent dans les régions anciennement soumises à l’influence franque ou alémanique.
Cette analyse est renforcée en partant du nom historique du village de Sevenans, Severnens :
1. Radical : Severn-
Il s’agit très vraisemblablement d’un anthroponyme germanique, comme Sabarinus, Savarinus, ou une forme latinisée d’un nom germanique (Severin, Savarin, etc.).
On peut aussi envisager une influence de Severus (sérieux, grave), nom latin courant, souvent adopté et modifié dans les régions d’influence gallo-romaine puis germanique. Mais dans ce contexte local (Franche-Comté, territoire d’influence franque), une origine germanique est plus probable.
2. Suffixe : -ens / -ens
Il s’agit d’une évolution écrite du suffixe germanique -ingen / -ingos, très répandu dans les toponymes, notamment :
-ens, -ans, -ens, -ans, -ens : formes romanisées ou francisées.
Signifie “les gens de” ou “l’appartenance à” une personne ou une famille.
Severnens = le domaine ou le village des descendants (ou gens) de Severn(us)/Savar(in).
Ce nom a évolué phonétiquement au fil des siècles : Severnens → Vernans → Seuernans → Sevonäns → Sevenans.
Le nom Sevenans tire bien son origine d’un nom de personne germanique, suivi d’un suffixe marquant l’appartenance ou la descendance, typique de la toponymie médiévale dans l’est de la France. Le village et le nom de famille en Belgique ont pu apparaître selon le même processus toponymique, mais de manière indépendante vu les différences géographiques et temporelles.
Comme constaté dans la plupart des registres historiques, le nom Sevenans d’une même famille peut être orthographié Sevenans ou Sevenants et osciller d’une variante à l’autre sans explication écrite. Ce phénomène est visible dans les différents registres consultés en Belgique jusqu’au début du 20ème siècle. Les éléments pouvant expliquer ces observations sont expliqué dans le Lexique Généalogique.
Un exemple est disponible ci-dessous, émanant des registres des naissance d’Eliksem au début du 20ème siècle. Un dénommé François Sevenans y signe de 3 manières différentes pour déclarer 3 de ses enfants – Sevenant, Sevenants, Sevenans.
A noter que dans certains registres (exemple : Hasselt, 17ème siècle), d’autres variantes existent (Sevenanse, Sevenhans, Sevemans, Sevehans) – voir ci-dessous les extraits des registres paroissiaux de Sint-Quintinus (1661 – 1700). Tous les actes concernent les 2 mêmes familles de Théodore et Léonard Sevenans.
En Belgique, le nom Sevenans est principalement porté en Flandre. Selon une analyse Geneanet faite en 2025, environ 3 062 personnes portent ce nom en Belgique, ce qui en fait le pays où il est le plus répandu, devant la France (302 personnes). L’analyse détaillée ci-dessous a été réalisée à l’aide de Geneanet.
Cette première analyse montre également que la possibilité que le nom soit apparu indépendamment à différents endroit est peu probable (à l’opposé de noms de famille aux origines professionnelles par exemple).
Analysons maintenant la réparation géographique par période, à partir du 16ème siècle (peu ou pas de données fiables avant).
En se focalisant dans un premier temps sur les périodes 1500 à 1700, puis 1600 à 1800 (voir ci-dessous et ci-contre), on observe que la large majorité des Sevenans est localisée en Belgique, dans le Brabant. Vu la faible fiabilité des registres (pour des événements isolés) jusqu’au 18ème siècle, les présences avec de très faibles occurrences (<2) ne sont peut-être pas réelle. On constate également le premier foyer de Sevenans à origine toponymique du village du même nom, en France, à partir du 18ème siècle.
Pour terminer, la vue de 1900 à 2025 qui doit être considérée avec prudence vu le peu d’information généalogique disponible sur les 100 dernières années.
Les informations avancées dans ce chapitre permettent de rejeter plusieurs origines possibles possible aux Sevenans en Belgique :
Professionnelle et descriptive : non-applicable pour Sevenans
Toponymique – Sevenans (France) : le village de Sevenans a pris ce nom en 1655, alors que des Sevenans sont répertoriés en Belgique depuis le 15ème siècle (voir section suivante). Néanmoins, la manière dont le nom du village est apparu peut avoir suivi le même cheminement onomastique que pour le nom de famille belge.
Toponymique – Saint-Venant (France) : les Vansevenant/Van Sevenant sont resté concentrés dans en Flandre Occidentale jusqu’au 19ème siècle et il est très peu probable qu’une transhumance de 158 km de Torhout à l’Est du Brabant ait eu lieu au 15ème siècle.
Patronymique : Hypothèse la plus probable vu le foyer historique brabançon et la très faible distribution du nom de famille. Il s’agirait des descendants d’un Severus, ce qui aurait mené au nom « Severnens » puis « Sevenans ». Comme on le verra par la suite, les formes les plus ancienne du nom dans le duché de Brabant sont Sevenans et pas Sevenants. Sevenans serait donc bien l’orthographe originelle du nom.
Toutes les informations partagées dans cette section font état des informations trouvées dans les archives en ligne et/ou Geneanet en 2025
Un des documents les plus anciens conservés est le registre d’admission de l’Université de Louvain (source) , créée en 1425, dont voici l'extrait quant aux Sevenans y étant référencés:
Les premiers Sevenans à apparaître dans les registres de Lubbeek sont Jacobus/Jacobi (≈1580 – 1653) et Job/Jobi Sevenans (≈1587 – 1651). Selon les informations disponibles, ils seraient frères et fils d’un certain « E. Sevenans » dont aucune trace n’a été retrouvée en ce jour. A noter que cette famille était étalée sur Lubbeek et Sint-Joris-Winge, où certains des enfants de Job et Jacobus se sont ensuite mariés. Premier acte référencé : Mariage de Job Sevenans, avec Catharina Roelants (≈1587 – 1669).
Traduction de l'acte ci-joint: Ont contracté mariage l’honorable Job Sevenans et Catharina Roelants, ils ont contracté [le mariage] en présence de Jacobus Sevenans et de Job Smets, greffier de l’église, alors de la paroisse de Lubbeek.
Des références plus anciennes aux Sevenans peuvent être trouvés dans les registres paroissiaux de Neerlanden (Landen) avec des mentions remontant jusqu’en 1562. A noter que la majorité de ces actes sont des retranscriptions manuscrites des actes originaux, considérés comme actes comme tels vu la perte/destruction des originaux.
Décryptage du lettrage
Une première interrogation intervient à a lecture de ces registres dû à la coexistence de « Sevenans » et de « Tzesevenans »
Cohérence linguistique et toponymique :
Le nom Sevenans est attesté historiquement comme patronyme dans la région concernée et est clairement mentionné dans certaines marges des registres.
Le mot « Tzevenans » n’existe pas en tant que nom ou toponyme indépendant, ce qui renforce l’idée d’une erreur d’interprétation due à l’écriture voir Annexe 2 (partie 2) à ce document).
Comparaison directe avec d’autres mots du texte :
Dans l’image ci-dessous issue du même registre paroissial, la lettres « S » de « seventich »est également très stylisées. Elles montrent bien que le scribe utilisait une majuscule décorative, parfois très proche de la forme de « Tz ». Cette observation est également présente dans beaucoup d’autres actes de ce registre.
Conclusion sur cet aspect : l’interprétation la plus probable est que toutes les mentions ressemblant à « Tzevenans » dans les registres de Neerlanden du 16e et 17e siècle fassent en fait mention à « Sevenans ». A noter de plus que les registres consultés sont des retranscriptions des registres initiaux.
Plus vieux actes
Acte de décès en 1559
Traduction de l'acte: Au début de l’année est décédé Mattheys Sevenans, alias Evelaer, en l’an de notre Seigneur 1559, le dixième jour de décembre, lequel a laissé une rente anniversaire d’une vat de grain (Mesure de grain (environ 30 litres) ou redevance issue d’un moulin).
Selon les registres, la famille Sevenans était principalement localisée dans le hameau de Wivelcoven. La localisation de ce hameau – aujourd’hui disparu - est brièvement énoncée dans cet acte de décès du 16ème siècle des registres paroissiaux de Neerlanden.
Traduction de cet acte de décès de Lambrecht Sevenans, 1531 : Le quinzième jour de septembre est décédé Lambrecht Sevenans, et il a laissé, de ses biens annuels en seigle, sur quatorze “wochen land” (≈ 14 journaux de terre), situés à Wivelcoven, le long de la chaussée du Seigneur (’s Heeren straete – la route où se situe la chapelle O-L-Vrouw van 't Eikske), près des “rijden” (terres en bandes, champs alignés), dont l’une des routes mène de Panbruggen à Velm, et l’autre de Wivelcoven à Halle et au couvent. De ces biens, le doyen (ou le chapelain) reçoit un tiers, et l’abbé de Saint-Geertruiden (de Louvain ) reçoit le quart.
Note: En 1578, durant les guerres de religion, le couvent de Halle près de Léau fut pillé et détruit par les troupes calvinistes. Le couvent ne fut jamais reconstruit à Halle. Une partie de ses terres et rentes furent reprises ensuite par l’abbaye de Saint-Gertrude de Louvain (Sint-Geertrui).
Ces lieux n’apparaissent plus sur la carte de Ferrarris dressée entre 1770 et 1780, mais ils apparaissent bien sur la carte de la bataille de Neerwinden (1693) ci-dessous. Un extrait des écrits de la bataille le mentionne : « La cavalerie des Alliés, déployée le long de la Molenbeek, mit le hameau de Wivelcoven, dépendant de Neerlanden, en feu ; et, à couvert derrière l’écran de fumée, elle se retira par Orsmaal. » (source: Histoire de Landen et sa région)
Légende de cette carte: Carte de la bataille de Neerwinden, 29 juillet 1693, opposant le Royaume de France (en rouge sur la carte) à l’alliance des Provinces Unies et du Royaume d’Angleterre (en gris sur la carte). Au prix d’une des batailles les plus sanglantes du 17ème siècle, les Français furent victorieux. Voir aussi la section spécfique du site sur le sujet.
A partir de la fin du 16ème siècle, on ne trouve plus aucune trace des Sevenans dans les registres de Neerlanden
Bien que les registres paroissiaux d’Attenhoven du début du 17ème siècle soient disponibles, ils sont difficilement déchiffrables. Néanmoins, quelques informations importantes ressortent :
Il n’y a plus d’entrée dans les registres de Neerlanden pour le 17ème siècle et les registres de Attenhoven (village voisin) rapportent la prise en charge des actes de Neerlanden par la paroisse de Attenhoven.
Les actes auraient pu être déchiffrés par un généalogiste au siècle dernier (source : Geneanet), identifiant deux générations de Sevenans (Renier puis son fils Gaspard) comme ayant résidés à Attenhoven avant que leur descendance parte à Wommersom.
La Révolte des gueux (1566 – 1568) puis la Guerre de 80 ans (1568 – 1648, ayant également été un vecteur de la peste de 1599 attestée dans le registre paroissial de Neerlanden) ont fortement impacté la région, menant à une forte instabilité, une transhumance et une forte chute de la population (certaines paroisses comptent à peine la moitié de leurs habitants d’avant 1560).
Ces éléments peuvent expliquer l’absence de trace de Sevenans à Neerlanden fin du 18ème (village très rural et pas protégé) et leur déplacement pour Attenhoven (petit fief seigneurial local au 16e-17e siècle).
Vue Neerlanden, Rumsdorp et Attenhoven sur la carte de Ferraris (1770-80). Les limites du territoire féodal de la seigneurie de Attenhoven sont illustrées par un trait gris épais avec des pointillés noirs.
L'épitaphe d’Anna Sevenans († 26 septembre 1676) est inscrite sur une pierre se situant à l'extérieur de l'église protestante de Rumsdorp. Ci-dessous: Photo (août 2025) de la pierre où figure l'épitaphe, aujourd'hui difficilement lisible.
Explications:
Source primaire : Épitaphe latine et contexte du monument
L’épitaphe funéraire d’Anna Sevenans, décédée le 26 septembre 1676 à Landen, a été retrouvée sur une pierre tumulaire au milieu de la chapelle de Rumsdorp (ancienne seigneurie près de Landen, en région limbourgeoise). Cette inscription latine figure sur le monument commun d’Ægidius (Gilles) Everaerts, écuyer, et de ses deux épouses : Catherine Dijckx (première femme) et Anna Sevenans (seconde femme). Le texte exact de l’épitaphe est le suivant :
D.O.M. Monumentum hoc poni curavit, stemmatis aviti memor, D† Ægidius EVERAERTS, qui obiit XX sept. MDC LIV, hic sepultus cum D† Catharina DIJCK, prima conjuge, et Anna SEVENANT, secunda; decessit hæc XXVI sept. MDC LXXVI, illa vero XXI mart. MDC XXIII. R.I.P.
En français : « A la plus grande gloire de Dieu. Ce monument a été fait placer, en mémoire de ses aïeux, par Messire Gilles Everaerts, qui mourut le 20 septembre 1654, et qui repose ici avec Dame Catherine Dijck, sa première épouse, et Dame Anna Sevenant, sa seconde épouse ; cette dernière décéda le 26 septembre 1676, la première le 21 mars 1623. Qu’ils reposent en paix. ». Ce témoignage indique qu’Anna Sevenans fut inhumée aux côtés de son époux (décédé en 1654) dans la chapelle seigneuriale de Rumsdorp.
Source secondaire : Contexte familial et héraldique
D’après un recueil généalogique et héraldique du XIXe siècle, Anna Sevenans était la deuxième épouse de Gilles de Velpen dit Everaerts, écuyer, seigneur d’Outbrenge. Le même ouvrage précise que l’épitaphe transcrite ci-dessus concerne bien ce Gilles Everaerts (Ægidius) et sa famille. La famille Sevenans (ou Sevenant) était d’ancienne noblesse locale, et ses armoiries sont décrites ainsi : « d’hermine au chevron de gueules, chargé en chef d’une couronne d’or ». Les informations concordent pour situer Anna Sevenans dans la noblesse brabançonne/limbourgeoise du XVIIe siècle, liée par mariage à la maison de Velpen dit Everaerts. Son épitaphe, conservée dans la chapelle familiale de Rumsdorp, constitue la source primaire confirmant sa date de décès (26 septembre 1676) et son lieu de sépulture aux côtés de son mari et de sa belle-famille. Les publications généalogiques et héraldiques belges (notamment le recueil précité) apportent un éclairage supplémentaire en retraçant la filiation et les armoiries de ces familles nobles, validant ainsi le contexte familial d’Anna Sevenans.
Armoirie de Anna et Joannes Sevenans ( Sources : L. de Herckenrode, Collection de tombes, épitaphes et blasons... (Hesbaye, 1867) p. 375-377 ; Notes généalogiques du même ouvrage sur la famille Everaerts (Velpen) et Sevenans).
Anna aurait eu un frère, Joannes et tous deux seraient nés à Rumsdorp d’un certain Henri. Néanmoins, aucune trace n’a été retrouvée sur leur filiation et les raisons de leur anoblissement.
Comme à Neerlanden, la majorité des actes paroissiaux de Wommersom du 17ème sièlce sont des retranscriptions manuscrites des actes originaux, considérés comme actes comme tels vu la perte/destruction des originaux.
Au moins deux familles Sevenans étaient établies à Wommersom au milieu du 17ème siècle :
Celle de Joannes/Jan Sevenans, marié le 15/2/1656 avec Gertrude Minten et décédé à Wommersom le 6 mars 1691. D’après les registres de Wommersom, ils auraient eu au moins 4 enfants de 1656 à 1671.
Celle de Daniel Sevenans, né en 1633 à Wommersom, marié avec Catharina Swinnen le 28 octobre 1653 et décédé à Wommersom le 14 juillet 1686. D’après les registres de Wommersom, ils auraient eu au moins 3 enfants de 1654 à 1659.
Ces deux familles descendraient des Sevenans de Attenhoven, parti à 8,7 km au Nord-Ouest pour une région probablement mieux protégée (plus boisée, près de Tirlemont, ville fortifiée). Voir aussi Wommersom sur la carte de Ferraris ci-contre.
Il est intéressant de noter que malgré le grand nombre de descendants dans les générations qui ont suivi, plus aucun Sevenans n’apparait au registre de Wommersom dès le milieu du 18ème siècle jusqu’à l’arrivée en 1852 de Felix Sevenans lors de son mariage avec Rosalia Loyaerts.
Des Sevenans (enregistrés sous un grand nombre d’orthographe différent – voir chapitre précédent), apparaissent dans les registres paroissiaux d’Hasselt dès le début du 17ème siècle.
Plusieurs familles de Sevenants apparaissent dans les registres paroissiaux de Saint-Trond, avec les premiers actes en 1585.
La présence de Sevenans est attestée en Belgique, dans le Brabant, depuis le 15ème siècle. Pour rappel, l’absence de trace de Sevenans avant (que ça soit dans ces endroits ou dans d’autres) ne témoignent pas d’une certitude absolue qu’il n’y en avait pas à cette époque (cf. explication sur les registres au chapitre Lexique Généalogique).
Les quatre foyers principaux sont Lubbeek, Hasselt, Saint-Trond et la région de Landen & Linter.
Etant donné que les références les plus anciennes concernent l’inscription à l’Université de Louvain de Sevenans (sans t) provenant de la région de Léau/Landen, il est fort probable que la famille prenne racine dans cette région. La famille de Lubbeek (16ème siècle) pourrait provenir d’un homme s’étant installé dans cette région après avoir étudié à l’Université de Louvain (10 km entre les deux entités).
Quant aux deux autres familles (Saint-Trond, Hasselt), elles pourraient provenir de Sevenans ayant quitté le Duché de Brabant au 16ème siècle (à cause de l’instabilité) pour se réfugier dans la Principauté de Liège, déclarée neutre durant la Guerre de 80 ans.
Pour terminer, la branche orpheline de Rumsdorp, considérée comme noble, et l’inscription de Sevenans à l’université de Louvain (où la maitrise de l’écriture et du latin, ainsi que des droits d’inscription, étaient demandés), laisse à penser qu’une origine noble ou bourgeoise est probable pour la famille Sevenans au 14-15ème siècle. Parmi les villes brabançonnes abritant des bourgeois, seul Léau apparait dans notre analyse et pourrait être le berceau des Sevenans. Une étude plus approfondie des registres des bourgeois de Léau serait nécessaire pour approfondir ce sujet.
Daniel Sevenans est l’ancêtre des Seveans d'Hélécine le plus lointain traçable dans les registres. Il est décédé à Eliksem (Landen) en 1712 où il s’était marié et établi. Il n’y avait à priori pas de Sevenans à Eliksem avant son arrivée. Malheureusement aucun écrit ne parle de ses parents ni de son lieu de naissance.
Cette section vise à déterminer son origine la plus probable sur base des éléments présentés tout au long des précédentes parties.
Sur Geneanet, notre ancêtre apparait sous 2 prénoms possibles : David ou Daniel.
Dans les registres de l’époque, Daniel apparaissait souvent comme suit :
Ce qui pourrait être lu et interprété comme David.
D’un autre côté là où le prénom Daniel est parfois visible dans les registres de la région de Landen, celui de David n’apparaît jamais. Pour finir, une analyse Geneanet montre une occurrence de 0.20% pour le prénom Daniel à cette époque dans cette région, contre 0.05% pour le prénom David.
L’hypothèse qui sera donc considérée ici (vu l’absence de registre conservé mentionnant cette personne) est que le prénom de l'ancêtre des Sevenans d'Hélécine était « Daniel ».
Une première hypothèse défendue par Jean Sevenans (Neerheylissem, né en 1903) était qu’un soldat français ayant participé à la bataille de Neerwinden (Landen) en juillet 1693 était à la base de la famille Sevenans (d’Hélécine). Ce soldat aurait rencontré une femme dans la région et y aurait fondé famille en choisissant le nom de son village comme nom de famille.
Or il a été tracé que le fils de Daniel nommé Guillaume avait 75 ans lors de son décès à Eliksem vers 1754, rapportant sa naissance vers 1680, soit 13 ans avant la bataille. Ce qui rend ce scénario peu probable. Néanmoins, vu que les registres ont été perdus et qu’une naissance Guillaume Sevenans (fils de de Daniel) en 1694 reste plausible, cette hypothèse sera évaluée ici.
D’un point de vue des archives du territoire de Belfort et donc, du village de Sevenans, les infos suivantes sont disponibles:
Registres paroissiaux et d’état civil (Archives du Territoire de Belfort)
Les registres paroissiaux de Sevenans couvrant le XVIIᵉ siècle ont été microfilmés puis numérisés par les Archives départementales du Territoire de Belfort. La base en ligne de ces archives indique cependant que les fonds accessibles pour Sevenans concernent surtout l’état civil révolutionnaire : tables décennales et registres de 1793 1803 (cote 1 E 94, naissances, mariages, décès). Aucun acte antérieur (baptême, mariage) ne figure explicitement dans les inventaires consultés en ligne. Dans ces registres numérisés, nous n’avons décelé aucune mention d’un individu prénommé Daniel (ou David) né vers 1660. En l’absence d’indexation par prénom sur le portail, l’examen exhaustif des registres paroissiaux originaux (conservés en fonds communaux) devrait être fait en salle de lecture, mais les notices consultées ne signalent pas de baptême ni de mariage d’un « Daniel » (ou « David ») à Sevenans autour de 1660.
Archives militaires et états de troupes
La guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688–1697) – dite aussi guerre de Neuf Ans – a mobilisé de vastes forces françaises et coalisées. Elle inclut notamment la bataille de Neerwinden du 29 juillet 1693, où les armées de Louis XIV battirent les Alliés. Pour cette période, les archives françaises (Service historique de la Défense à Vincennes) conservent des registres de réformation et de troupes (séries ministérielles XVIIᵉ siècle), mais ils ne sont pas librement consultables en ligne. Aucune base accessible (aucun registre matricule ni liste nominative disponible sur Internet) ne signale un soldat « David ou Daniel de Sevenans » dans un régiment du roi pour les années 1688 1697. De même, la bibliographie militaire en ligne ne cite pas de ressortissant de Sevenans dans la liste des officiers ou soldats engagés à Neerwinden. En l’état, aucune source numérique consultée (SHD, Mémoire des hommes, etc.) n’a fourni de mention d’un tel Daniel (ou David).
3. Registres de recrutement et passages de troupes
Au XVIIᵉ siècle, la conscription et la levée des troupes se faisaient souvent par provinces. Les Territoires de Belfort/Montbéliard n’ont pas de registre de recrutement numérisé connu pour cette époque. Les documents de recrutement (états de conscription, commissions militaires locales) sont absents du portail numérique départemental. Nous n’avons trouvé ni registres d’appel militaire, ni « états nominatifs » incluant un Daniel (ou David) de Sevenans. De même, aucun journal de casernement ni édits de levée publiés à Belfort ou en Franche-Comté n’évoque cet individu.
4. Sources historiques et locales numérisées
Aucun travail historique accessible n’identifie de Daniel (ou David) né vers 1660 à Sevenans. Les bases de données généalogiques du Territoire de Belfort (par exemple LISA 90) ne recensent pas de personne Daniel issue de cette commune au XVIIᵉ siècle. Les archives notariales ou d’Ancien Régime (minutes, aveux, rôles) relatives à Sevenans en ligne ne citent pas de témoin ou partie prénommé Daniel dans la période concernée. En résumé, malgré les registres d’état civil consultés en ligne et la documentation militaire disponible, aucune mention d’un homme nommé Daniel, né vers 1660 à Sevenans et ayant participé à la bataille de Neerwinden, n’a été trouvée.
Sources : Registres numérisés des Archives départementales du Territoire de Belfort ; données historiques en ligne (guerre de la Ligue d’Augsbourg, bataille de Neerwinden).
5. Conclusion sur l’origine française
Cette hypothèse est historiquement plausible, mais documentairement non démontrée. De plus, au vu de la présence forte de Sevenans (de Belgique) dans la même région, ce hasard de circonstances est fort peu probable alors que les seuls Sevenans originaires de la région de Belfort sont des « de Sevenans », une lignée noble locale crée au début du 18ème siècle.
C’est l’hypothèse la plus probable sur base des références de Sevenans dans le brabant au 17e siècle. Daniel Sevenans serait né à Wommerson vers le milieu du 17ème siècle. La probabilité qu’il vienne de Lubbeek est plus faible. En effet, Daniel s’est probablement déplacé vers un village voisin (Wommersom étant à 3km d’Eliksem – voir aussi la topographie sur la carte ci-contre plutôt que de venir de Lubbeek à 18 km de là. De plus, Daniel était d’origine modeste (en témoigne le milieu social de ses descendants) alors que les Sevenans de Lubbeek étaient des notables.
Au regard du registre paroissial de Wommersom au 17ème siècle, deux Daniel Sevenans s’y trouvent :
Le premier, né le 23 février 1659, fils de Daniel Sevenans et de Catherine Swinnen.
Le second, né le 1er mai 1664, fils de Jean Sevenans et Gertrude Mintens.
Mais comment déterminer lequel des deux est celui qui a donné naissance à la lignée de Neerheylissem ?
Lorsqu’on regarde le registre des mariages de Wommersom pour la fin du 17ème siècle, on voit deux mariages de Daniel Sevenans qui pourrait correspondre aux deux personnes ci-dessus :
Daniel S avec Anna Uyttenbroeck, le 9 février 1689.
Daniel S avec Anna Matthys, le 17 novembre 1692.
Du second mariage naitrons deux enfants, avant le décès de Daniel Sevenans le 13 juin 1696, suivi du remariage de Anna Matthys le 14 août 1696 avec Gerard Rowie. Du premier mariage ne naitrons pas d’enfant, probablement à cause du décès d’Anne Uyttenbroeck en 1690.
Dernier élément : le registre des décès ne référence que deux décès de Daniel Sevenans dans la période analysée. L’un étant Daniel Sevenans père (mari de Catherine Swinnen), décédé en 1686. L’autre étant le décès de Daniel Sevenans de 1696 mentionné ci-dessus.
Tous ces éléments s’accordent sur l’hypothèse plausible que le Daniel Sevenans marié vers 1679-80 à Eliksem serait celui né en 1659 à Wommersom (celui de 1664 étant trop jeune pour se marier à ce moment-là).
C’est donc sur le postulat que Daniel Sevenans, ancêtre des Sevenans d'Hélécine, est né le 23 février 1659 à Wommersom, que nous continuerons l’analyse d’ascendance.
Route de Wommersom à Eliksem, 18ème siècle