Voici le récit de la vie d’Édouard Tobac, enfant d’Opheylissem devenu prêtre, docteur en théologie et professeur à l’Université de Louvain. À travers son parcours, ses travaux et l’hommage qui lui fut rendu dans son village natal en 1908, découvrez l’itinéraire remarquable d’un Hélécinois dont la renommée dépassa largement les frontières de sa commune.
Édouard Tobac naît le 13 octobre 1877 à Opheylissem, dans une famille chrétienne de condition modeste. Il est le fils de Maximilien Tobac, garde particulier, et de Victoire Joséphine Dupont. Il appartient à une ancienne famille implantée dans la région depuis plusieurs générations. La généalogie conservée fait remonter cette lignée des Tobac, ou Toebac, jusqu’au XVIe siècle à Berg, avant qu’une branche ne gagne Neerheylissem, puis Opheylissem au début du XIXe siècle. Son grand-père Hubert Tobac était né à Opheylissem en 1811, et son père Maximilien y était né en 1841. Le patronyme lui-même a connu de nombreuses variantes au fil des siècles — Toebac, Toubac, Toeback, Touback, Toubackx ou Tobac — et un jugement rendu en 1889 avait ordonné que la forme « Toebac » soit employée dans les actes d’état civil, même si la graphie « Tobac » continua à être utilisée à Opheylissem.
Édouard est l'un des quatre enfants de Maximilien Tobac et de Victoire Dupont. Parmi les proches de sa famille figure notamment son neveu Georges Joseph Dupont, né à Opheylissem en 1893 et tombé à Wandre le 6 août 1914, dont le souvenir sera plus tard perpétué par une rue portant son nom. La famille Tobac est demeurée présente dans l'entité d'Hélécine au fil des générations ; le document généalogique mentionne encore, parmi les membres de la famille vivant dans l'entité à l'époque de sa rédaction, Marie Mouton, veuve d'Eugène Dupont, sa fille Jeannine Dupont et son époux Georges Kaisin, ainsi que leur descendance. Édouard Tobac, prêtre célibataire, n'a pas laissé de descendance directe ; c'est donc surtout à travers ses frères, sœurs, neveux, nièces et leurs descendants que sa famille s'est poursuivie
Lieu de naissance d’Édouard Tobac : Bien que son père soit originaire de la rue du Moulin, où se trouvait une petite habitation aujourd’hui disparue, à l’emplacement de l’ancienne maison communale, il semblerait que les parents d’Édouard se soient installés dans la maison de ses grands-parents maternels, Louis Dupont et Thérèse Renquet.
Il s’agit de la partie droite de l’actuel n° 18, rue Georges Dupont. La partie plus récente de la maison, visible au bout de la rue sur cette photographie datant d’environ 1935, devint par la suite le magasin Dupont-Kaisin, bien connu des habitants d’Hampteau. Cette extension figure déjà sur la carte du Dépôt de la Guerre (1865–1880) et aurait probablement été construite par les parents d’Édouard.
Ces éléments rendent plausible l’hypothèse qu’Édouard Tobac soit né en 1877 à l’étage de l’habitation visible sur cette photographie.
Édouard grandit dans le cadre rural d'Opheylissem-Hampteau, au sein d'une famille chrétienne où il reçoit une éducation fondée sur la foi, le sens du devoir et le goût du travail. Ses origines modestes ne constituent nullement un obstacle à son épanouissement intellectuel. Bien au contraire, son enfance semble avoir été marquée très tôt par une grande capacité de travail et par une curiosité intellectuelle exceptionnelle.
Il fréquente l'école primaire de Hampteau, où il rencontre celui qui jouera un rôle déterminant dans son orientation intellectuelle : l'instituteur Camille Pellegrin. Celui-ci est le premier à discerner les aptitudes particulières du jeune garçon et à éveiller en lui le goût du travail intellectuel. Des années plus tard, lorsqu'Édouard sera devenu docteur en théologie et professeur d'université, Pellegrin se souviendra encore avec émotion du « petit Tobac » qu'il avait vu s'asseoir pour la première fois sur les bancs de son école.
Vers 1910 - Camille Pellegrin (dans l'ouverture de la grille) et l'école communale des garçons d'Opheylissem.
Dans son discours prononcé en 1908 à la gare du tramway lors du retour triomphal du nouveau docteur, Camille Pellegrin décrit son ancien élève comme un élève modèle : assidu, attentif, appliqué dans ses devoirs, obéissant, respectueux et toujours au premier rang de sa classe. Il confie même n'avoir jamais rencontré, durant sa carrière d'instituteur, un élève lui ayant procuré autant de facilité, de satisfaction et d'encouragement.
Les capacités du jeune Édouard se manifestent particulièrement dans les disciplines scientifiques et religieuses. En 1891, alors qu'il n'a que quatorze ans, il obtient le premier prix en matières scientifiques lors du concours organisé entre les écoles primaires du canton. La même année, il décroche également, avec distinction, le diplôme d'honneur en religion. Ces résultats constituent déjà un témoignage remarquable de l'équilibre qui caractérisera toute sa vie : d'une part un esprit porté vers l'étude, la réflexion et la rigueur intellectuelle ; d'autre part une foi chrétienne profonde qui orientera son existence.
Cette réussite scolaire est également le résultat d'un environnement humain et religieux qui joue un rôle important dans sa formation. Parmi les personnes qui influencent son orientation figure notamment l'abbé Van Helmont, alors vicaire de Neerheylissem et qui deviendra plus tard curé de la paroisse. Édouard conservera longtemps le souvenir de l'influence que celui-ci exerça sur le choix de sa vocation sacerdotale. Le futur chanoine rappellera d'ailleurs en 1908 qu'il avait été enfant de chœur lorsque Van Helmont était encore vicaire à Neerheylissem
Après l'école primaire de Hampteau, Édouard poursuit ses études à l'École moyenne de Jodoigne. C'est durant cette période que sa vocation sacerdotale se précise définitivement. Ses brillants résultats scolaires se poursuivent et son orientation vers le sacerdoce apparaît désormais comme le prolongement naturel de l'éducation chrétienne reçue durant son enfance.
Vers 1910 - Ecole Moyenne de Jodoigne (grand bâtiment sur la gauche) : Actuel N°4 de la rue St Jean qui fut entre autre l'Athénée Royal aavnt son déménagement Ch d'Hannut.
Il poursuit ensuite sa formation au Petit Séminaire de Basse-Wavre, où il achève sa rhétorique, avant d'entrer au Grand Séminaire de Malines pour y entreprendre ses études de philosophie. Cette progression témoigne déjà d'un parcours particulièrement exigeant : après l'enseignement primaire et secondaire, il reçoit la formation philosophique et théologique qui doit le préparer au ministère sacerdotal et, bientôt, à une carrière scientifique dans le domaine de la théologie.
Vers 1920 - Petit Séminaire de Basse-Wavre (actuel Collège de Basse-Wavre)
Le 8 août 1901, Édouard Tobac est envoyé à l'Université catholique de Louvain afin d'y poursuivre des études supérieures. Quelques semaines plus tard, le 21 septembre 1901, il est ordonné prêtre par le cardinal Goossens, archevêque de Malines. À peine arrivé à Louvain, le jeune prêtre découvre le monde des études critiques et s'engage résolument dans une voie où sa vocation religieuse et ses aptitudes intellectuelles pourront se rejoindre.
La progression d'Édouard Tobac dans les études théologiques est rapide. Il obtient son baccalauréat en théologie en 1903, puis sa licence en 1905. Sa réputation scientifique grandit rapidement et ses qualités intellectuelles sont suffisamment reconnues pour que, dès 1906, le cardinal Mercier lui confie la chaire d'exégèse au Grand Séminaire de Malines.
Cette nomination marque le début d'une carrière d'enseignant au cours de laquelle Édouard Tobac ne se contentera jamais de transmettre des connaissances. Il conçoit son rôle de professeur comme celui d'un maître et d'un initiateur au travail scientifique. Au Grand Séminaire de Malines déjà, il entreprend de former quelques étudiants particulièrement doués au travail de recherche, malgré les difficultés que représente une telle formation. Il conserve précieusement certains des travaux ainsi commencés, dont plusieurs seront réalisés par des étudiants appelés par la suite à honorer la faculté de théologie.
Lorsqu'il rejoint l'Université, il trouve un cadre qui lui permet de développer cette conception de l'enseignement sans les mêmes limitations. Il éprouve une grande satisfaction à constater la confiance que ses étudiants lui accordent. Ses anciens élèves seront unanimes à reconnaître que cette capacité à former des esprits et à transmettre une véritable méthode de travail intellectuel constitue probablement l'une des dimensions de sa carrière dans laquelle il a le mieux réussi.
Vers 1910 - Grand Séminaire de Malines
En 1908, Édouard Tobac atteint une nouvelle étape majeure de sa carrière en réussissant son doctorat en théologie. Il est alors déjà chanoine honoraire du Chapitre métropolitain de Malines.
Pour obtenir son doctorat, il défend 72 thèses et présente une dissertation consacrée au Problème de la Justification dans Saint Paul. La qualité de ce travail est immédiatement remarquée. L'un des savants professeurs de l'Alma Mater qualifiera cette dissertation de « coup de maître », alors qu'elle aurait pu n'être qu'un simple « coup d'essai ». Cette appréciation résume la place que Tobac commence alors à occuper dans le monde des études théologiques.
La soutenance publique suscite également les éloges de plusieurs personnalités ecclésiastiques et universitaires. L'abbé Van Helmont, curé d'Opheylissem, qui assiste à la défense des thèses, souligne dans son discours la netteté de la diction du candidat, l'étendue et la solidité de ses connaissances ainsi que sa capacité à répondre avec assurance aux objections de ses maîtres, de ses collègues et de religieux particulièrement réputés dans les différentes branches de la théologie. Il rapporte notamment que Don Laurent Janssens, personnalité importante des études bibliques et conseiller du pape Pie X, lui avait adressé un éloge particulièrement appuyé. Ces appréciations étaient encore confirmées par le doyen de la faculté de théologie et par le cardinal Mercier, qui lui avait confié la chaire d'Écriture Sainte au Grand Séminaire de Malines.
Le Cardinal Mercier - 1916
Le doctorat d'Édouard Tobac ne constitue pas seulement un événement universitaire. Pour Opheylissem, il devient un événement communal exceptionnel.
Le 26 juillet 1908, le nouveau docteur revient dans son village natal. La nouvelle de sa réussite a suscité une véritable effervescence. Le conseil communal s'est réuni et a voté à l'unanimité un cadeau destiné à l'illustre lauréat. Sur la proposition du curé, la commune lui offre un ouvrage d'une grande valeur scientifique : le Scripturae Sacrae Cursus, important ensemble d'études d'exégèse biblique. Un comité est constitué afin d'organiser les festivités, et la population se mobilise largement.
Le comité organisateur est présidé par J. Collon-Renson, assisté comme vice-présidents d'A. Mathieu et de Th. Van Marsenille. Camille Pellegrin, son ancien instituteur, en est le secrétaire, tandis que F. A. Gauthy en assume la trésorerie. Plusieurs commissaires participent également à l'organisation.
L'accueil réservé à Tobac dépasse largement une simple réception officielle. Les maisons sont ornées et pavoisées, des portiques fleuris sont dressés dans les rues, des guirlandes décorent les habitations et des visiteurs venus des communes voisines affluent pour participer aux festivités. Un cortège est organisé et conduit le nouveau docteur vers l'église paroissiale, où un Te Deum est chanté en action de grâce. La fête se poursuit notamment autour de la maison communale et du presbytère.
Vers 1905 - Opheylissem, l'église St Martin
La décoration du village comprend également de nombreux chronogrammes, installés sur différentes maisons et bâtiments. Ils célèbrent le nouveau docteur, son retour et son succès universitaire. On pouvait notamment lire au presbytère une formule latine adressée au docteur par le clergé et l'ensemble des habitants ; chez le bourgmestre, des acclamations saluaient « le si docte théologien » et le joyeux retour du lauréat à Hampteau. D'autres inscriptions, chez MM. Evrard, Hamels et Wauters, exprimaient les félicitations et l'allégresse de la population.
Le premier grand discours est prononcé à la gare du tramway par Camille Pellegrin, devenu instituteur émérite et secrétaire communal. Il rappelle que la réussite de Tobac est une source de joie pour toute la population, mais il parle aussi avec une émotion toute particulière puisqu'il fut son premier instituteur.
Il évoque le garçon qu'il avait connu vingt-quatre ans auparavant, lorsqu'il s'était assis pour la première fois sur les bancs de l'école primaire. Il rappelle son assiduité, son attention, son application, sa conduite exemplaire et ses succès aux concours cantonaux. Il se dit particulièrement fier de voir son ancien élève devenu « le grand Tobac », le docteur en théologie. Il associe à cette réussite les parents d'Édouard, sa famille et l'ensemble de la commune.
Édouard Tobac répond avec une profonde reconnaissance. Il remercie le comité et les habitants pour leur empressement à organiser cette réception et rappelle combien sa commune natale a toujours suivi avec intérêt la progression de ses études. Il insiste surtout sur son propre attachement à Opheylissem : il lui est toujours agréable d'y revenir et de partager la vie de ses habitants.
Puis il s'adresse personnellement à Pellegrin. Il lui attribue une part essentielle de sa réussite, rappelant que son ancien instituteur lui a appris à lire, lui a donné le goût de l'étude et l'a préparé, par l'éducation chrétienne dispensée à ses élèves, à sa vocation sacerdotale. Il lui déclare publiquement : « mes succès sont les vôtres », avant de le remercier de tout cœur.
Vers 1907 - Opheylissem - La Famille Pellegrin. De gauche à droite (en partant du haut):
1e rangée: Jeanne, qui deviendra sœur Marie Joseph (1887-1975), Armand (1884-1971),
2e rangée : Esther (1889-1983), Ernest (1885-1967), Camille (1848-1931), Blanche (1892-1982)
3e rangée : Berthe (1896-1967), Marthe (1894-1980), Julie Vire (1864 - 1942), Marguerite (1892-1957)
4ème rangée : Paul (1899-1949), Paula (1904-1990)
À l'entrée de l'église, c'est ensuite l'abbé Van Helmont, curé de la paroisse, qui prend la parole. Son discours insiste sur la rareté du titre obtenu par Tobac et sur l'importance de ses qualités scientifiques. Il loue son érudition, son jugement, ses dons intellectuels et sa capacité à dissimuler ceux-ci derrière une grande modestie.
Van Helmont rappelle également ses propres liens anciens avec Édouard. Il l'avait connu alors qu'il était encore vicaire à Neerheylissem et que le jeune Tobac était enfant de chœur. Il évoque ainsi le chemin parcouru entre l'enfant baptisé dans cette même église et le prêtre et docteur en théologie qui y revient avec les honneurs de l'Université.
Le curé attribue cependant avant tout à Dieu les dons et la réussite du nouveau docteur. Il invite la population à entrer dans l'église afin de rendre grâce pour cette réussite et souligne les liens particuliers qui unissent Tobac à ce lieu où il avait reçu le baptême, la première communion et, quelques années auparavant, ses « prémices » sacerdotales.
Édouard répond en remerciant profondément le curé, le clergé et toute la paroisse. Il affirme conservera toute sa vie un souvenir ému et reconnaissant de cette journée. Il rappelle également la sympathie dont les prêtres des paroisses voisines lui ont toujours témoigné. Enfin, il remercie personnellement Van Helmont pour l'intérêt qu'il lui avait porté depuis son enfance et pour les services qu'il lui avait rendus, notamment durant les années précédentes.
Tombe de l'Abbé Van Helmont - ancien cimetière d'Opheylissem (texte de la pierre tombale retravaillé pour le rendre visible)
La troisième étape importante de la réception se déroule à la maison communale (alors situé dans le bâtiment de l'cole des garçons à Hampteau), où le bourgmestre J. Prévinaire remet à Tobac le souvenir offert par la commune.
Le bourgmestre présente cette manifestation comme un hommage légitime aux mérites du jeune docteur et à la distinction que l'Université catholique de Louvain vient de lui accorder. Il insiste sur le fait que toute la commune a suivi avec intérêt ses études et ses succès. Pour les habitants, cette réussite n'est pas seulement celle d'un universitaire : elle est celle d'un enfant du pays qui a continué à rester profondément attaché à son village.
Le souvenir offert par la commune est décrit comme le don de tous : les plus humbles habitants ont voulu y contribuer. Le bourgmestre souligne également que les succès d'Édouard n'ont en rien altéré sa modestie ni la simplicité de son caractère. Il associe à l'hommage les parents du jeune docteur, qu'il félicite pour la réussite de leur fils. Enfin, il souhaite que l'exemple de ses vertus, de son activité et de la dignité de sa vie constitue un enseignement pour la jeunesse d'Opheylissem.
La réponse d'Édouard est à nouveau empreinte de reconnaissance. Il se dit particulièrement touché par la preuve d'attachement donnée par l'administration communale et accepte avec gratitude le magnifique ouvrage d'exégèse biblique, le Cursus Scripturae Sacrae, qui lui est offert.
Mais il donne immédiatement à ce cadeau une dimension qui correspond à sa conception du travail scientifique : il ne le considère pas comme une récompense destinée à célébrer son passé, mais comme un instrument de travail pour l'avenir. Il explique qu'il s'efforcera, grâce à cet ouvrage, de mieux comprendre les Saintes Écritures et de former les jeunes prêtres qui lui seront confiés afin qu'ils en développent la connaissance et l'amour. Il souhaite ainsi contribuer à la formation d'un clergé pieux et savant. Il remercie enfin le bourgmestre et formule pour son administration des vœux de réussite au service de la commune.
Vers 1910 – La Villa Prévinaire, vue depuis l’entrée de la rue du Brasseur, avec, à l’arrière, la ferme de la propriété. À l’époque du discours susnommé, Joseph Jean-Baptiste Prévinaire (1861–1915) est donc bourgmestre d’Opheylissem. C’est lui qui fit démolir l’arrière de la ferme Schoonaerts-Prévinaire afin de permettre, au début du XXᵉ siècle, l’édification de la « Villa Prévinaire ».
Ainsi, à chacun des grands hommages qui lui sont adressés — celui de son ancien instituteur, celui du curé et du clergé, puis celui de la commune — Édouard Tobac répond non par l'autocélébration, mais par la gratitude, la fidélité à ses origines et la volonté de mettre sa réussite au service de son enseignement et de sa vocation sacerdotale.
Les festivités de 1908 révèlent un aspect essentiel de la personnalité d'Édouard Tobac : malgré une carrière universitaire qui l'éloigne progressivement de son village, il conserve un attachement profond à sa terre natale.
Les discours prononcés ce jour-là insistent tous sur cette fidélité. Le bourgmestre souligne que son succès n'a pas modifié sa modestie ni son affection pour Opheylissem. Tobac lui-même confirme combien il apprécie de revenir parmi les siens et de partager leur vie.
Cet attachement n'est pas seulement sentimental. Le village représente pour lui le lieu de ses premières récompenses, celles qui lui furent accordées pour son travail scolaire et scientifique. Il conserve ainsi une relation particulière avec les personnes qui ont contribué à son éducation et avec les lieux de son enfance. Son retour de 1908, dans un village entièrement décoré pour l'accueillir, constitue probablement l'une des manifestations publiques les plus éclatantes de cette relation réciproque entre l'enfant devenu savant et la communauté qui l'a vu grandir.
Après son doctorat, Édouard Tobac poursuit une double activité de professeur et de chercheur, consacrée principalement à l’étude et à l’enseignement de l’Écriture Sainte. Sa conception de la fonction professorale dépasse la simple transmission d’un programme de cours : il souhaite être un maître et un initiateur au travail intellectuel, transmettant à ses étudiants non seulement des connaissances, mais aussi une méthode scientifique et le goût de la recherche. Cette vocation pédagogique est déjà présente lorsqu’il enseigne au Grand Séminaire de Malines, où il forme des étudiants au travail scientifique et conserve certains de leurs premiers travaux. À l’Université de Louvain, il peut développer davantage cette activité de formation et trouve une véritable satisfaction dans la confiance que lui accordent ses étudiants. Plusieurs de ceux qu’il a formés connaîtront ensuite eux-mêmes des carrières importantes dans le domaine de la théologie. Son œuvre scientifique s’articule principalement autour de l’étude du Nouveau Testament, de l’enseignement de l’Écriture Sainte et des études bibliques. Sa dissertation consacrée au Problème de la Justification dans Saint Paul constitue l’une de ses premières grandes contributions scientifiques. Il publie ensuite Les Prophètes d’Israël, dans lequel il étudie les prophètes, leurs écrits et leurs principaux passages, notamment ceux à caractère messianique. En 1926, il fait paraître une Introduction aux cinq Livres de Salomon. Plusieurs autres travaux restent cependant inachevés, notamment sur Esther et Tobie, tandis que ses cours consacrés aux Évangiles, à l’Apocalypse et aux Épîtres Catholiques semblent également destinés à donner naissance à de nouvelles publications. Ainsi, l’enfant d’Opheylissem qui avait découvert le goût de l’étude auprès de son instituteur Camille Pellegrin devint à son tour celui qui chercha à transmettre ce goût à une nouvelle génération de futurs prêtres et théologiens.
Le Chanoine Edouard Tobac, vers 1920.
Cette œuvre de professeur et de chercheur, encore en plein développement, fut brutalement interrompue par son décès inattendu à Opheylissem le 4 mai 1930, à l’âge de 52 ans.
Après son décès inattendu à Opheylissem le 4 mai 1930, Édouard Tobac est inhumé dans son village natal à l’issue d’obsèques solennelles célébrées le 8 mai dans l’église paroissiale. Un second service est également organisé à Louvain, ainsi qu’une cérémonie par la confrérie du Saint-Rosaire à Opheylissem. Ces cérémonies rendent compte des différents milieux auxquels il était désormais lié, de sa communauté d’origine au monde universitaire et ecclésiastique.
Le faire-part rappelle les différents titres qui avaient marqué sa carrière : abbé Édouard Tobac, docteur et maître en théologie, chanoine honoraire du Chapitre métropolitain de Malines, professeur à l'Université de Louvain, chevalier de l'Ordre de Léopold et officier de la Couronne. Il le présente avant tout comme un frère, beau-frère, neveu, oncle et cousin bien-aimé, rappelant ainsi que derrière le professeur et le dignitaire ecclésiastique demeurait l'homme appartenant à une famille et à une communauté.
Le parcours d’Édouard Tobac reste celui d’un enfant d’Opheylissem dont la formation débute à l’école de Hampteau auprès de Camille Pellegrin, avant de le conduire à Jodoigne, Basse-Wavre, Malines et Louvain. Devenu prêtre, professeur et spécialiste des études bibliques, il poursuit une activité scientifique et pédagogique qui sera interrompue avant l’achèvement de plusieurs de ses travaux. Malgré cette carrière universitaire, il conserve un lien étroit avec son village natal, comme en témoignent les relations entretenues avec ses anciens maîtres, les habitants et sa famille. Il repose aujourd’hui encore dans le cimetière d’Opheylissem.
Tombe d'Edouard Tobac - ancien cimetière d'Opheylissem (texte de la pierre tombale retravaillé pour le rendre visible)